Ateliers

Atelier

La richesse des livres

Oral

Quels sont les trois livres que vous emporteriez sur une île déserte ? Pourquoi ?

Lecture

À votre avis, que dit le texte suivant sur les livres ?

Prolongement

Comparez le texte de Borges et la citation de Barthes.

"Ecrire, c'est ébranler le sens du monde, y disposer une interrogation indirecte, à laquelle l'écrivain, par un dernier suspens, s'abstient de répondre. La réponse, c'est chacun de nous qui la donne, y apportant son histoire, son langage, sa liberté ; mais comme histoire, langage et liberté changent infiniment, la réponse du monde à l'écrivain est infinie : on ne cesse jamais de répondre à ce qui a été écrit hors de toute réponse : affirmés, puis mis en rivalité, puis remplacés, les sens passent, la question demeure."

R. Barthes, Sur Racine, éd. du Seuil, 1963 (première édition 1960)

Le livre de sable

... thy rope of sands...

George Herbert (1593-1633)

La ligne est composée d'un nombre infini de points ; le plan, d'un nombre infini de lignes ; le volume, d'un nombre infini de plans ; l'hypervolume, d'un nombre infini de volumes... Non, décidément, ce n'est pas là, more geometrico, la meilleure façon de commencer mon récit. C'est devenu une convention aujourd'hui d'affirmer de tout conte fantastique qu'il est véridique ; le mien, pourtant, est véridique.

Je vis seul, au quatrième étage d'un immeuble de la rue Belgrano. II y a de cela quelques mois, en fin d'après-midi, j'entendis frapper à ma porte. J'ouvris et un inconnu entra. C'était un homme grand, aux traits imprécis. Peut-être est-ce ma myopie qui me les fit voir de la sorte. Tout son aspect reflétait une pauvreté décente. II était vêtu de gris et il tenait une valise à la main. Je me rendis tout de suite compte que c'était un étranger. Au premier abord, je le pris pour un homme âgé ; ensuite je constatai que j'avais été trompé par ses cheveux clairsemés, blonds, presque blancs, comme chez les Nordiques. Au cours de notre conversation, qui ne dura pas plus d'une heure, j'appris qu'il était originaire des Orcades.

Je lui offris une chaise. L'homme laissa passer un moment avant de parler. II émanait de lui une espèce de mélancolie, comme il doit en être de moi aujourd'hui.

- Je vends des bibles, me dit-il.

Non sans pédanterie, je lui répondis :

- II y a ici plusieurs bibles anglaises, y compris la première, celle de Jean Wiclef. J'ai également celle de Cipriano de Valera, celle de Luther, qui du point de vue littéraire est la plus mauvaise, et un exemplaire en latin de la Vulgate. Comme vous voyez, ce ne sont pas précisément les bibles qui me manquent.

Après un silence, il me rétorqua :

- Je ne vends pas que des bibles. Je puis vous montrer un livre sacré qui peut-être vous intéressera. Je l'ai acheté à la frontière du Bikanir.

Il ouvrit sa valise et posa l'objet sur la table. C'était un volume in-octavo, relié en toile. Il avait sans aucun doute passé par bien des mains. Je l'examinai ; son poids insolite me surprit. En haut du dos je lus Holy Writ et en bas Bombay.

- Il doit dater du dix-neuvième siècle, observai-je.

- Je ne sais pas. Je ne l'ai jamais su, me fut-il répondu.

Je l'ouvris au hasard. Les caractères m'étaient inconnus. Les pages, qui me parurent assez abîmées et d'une pauvre typographie, étaient imprimées sur deux colonnes à la façon d'une bible. Le texte était serré et disposé en versets. A l'angle supérieur des pages figuraient des chiffres arabes. Mon attention fut attirée sur le fait qu'une page paire portait, par exemple, le numéro 40514 et l'impaire, qui suivait, le numéro 999. Je tournai cette page; au verso la pagination comportait huit chiffres. Elle était ornée d'une petite illustration, comme on en trouve dans les dictionnaires : une ancre dessinée à la plume, comme par la main malhabile d'un enfant.

L'inconnu me dit alors:

- Regardez-la bien. Vous ne la verrez jamais plus.

Il y avait comme une menace dans cette affirmation, mais pas dans la voix.

Je repérai sa place exacte dans le livre et fermai le volume. Je le rouvris aussitôt. Je cherchai en vain le dessin de l'ancre, page par page. Pour masquer ma surprise, je lui dis :

- Il s'agit d'une version de l'Ecriture Sainte dans une des langues hindoues, n'est-ce pas ?

- Non, me répondit-il.

Puis, baissant la voix comme pour me confier un secret :

- J'ai acheté ce volume, dit-il, dans un village de la plaine, en échange de quelques roupies et d'une bible. Son possesseur ne savait pas lire. Je suppose qu'il a pris le Livre des Livres pour une amulette. II appartenait à la caste la plus inférieure; on ne pouvait, sans contamination, marcher sur son ombre. II me dit que son livre s'appelait le livre de sable, parce que ni ce livre ni le sable n'ont de commencement ni de fin.

II me demanda de chercher la première page.

Je posai ma main gauche sur la couverture et ouvris le volume de mon pouce serré contre l'index. Je m'efforçai en vain : il restait toujours des feuilles entre la couverture et mon pouce. Elles semblaient sourdre du livre.

- Maintenant cherchez la dernière.

Mes tentatives échouèrent de même; à peine pus-je balbutier d'une voix qui n'était plus ma voix :

- Cela n'est pas possible.

Toujours à voix basse le vendeur de bibles me dit :

- Cela n'est pas possible et pourtant cela est. Le nombre de pages de ce livre est exactement infini. Aucune n'est la première, aucune n'est la dernière. Je ne sais pourquoi elles sont numérotées de cette façon arbitraire. Peut-être pour laisser entendre que les composants d'une série infinie peuvent être numérotés de façon absolument quelconque.

Jorge Luis Borges, Le Livre de sable, in Le Livre de sable, Gallimard, 1978 (première publication : 1975)

Atelier

Ce que 'lire' veut dire

Lecture

1. Lisez le texte suivant, puis écrivez un texte, de la longueur que vous voulez, en rapport avec cette lecture.

Tu te déshabilles, il reprend, si tu veux pas que je te foute à l'eau comme ça, tu te déshabilles, dépêche-toi. Il surjoue la scène, c'est évident, la voix mâle, la pose inflexible, le regard dur, quand pourtant il a peut lui aussi, une trouille bleue, sa posture pèse sur ses épaules comme manteau de peau gorgé de pluie. Que va-t-il faire si la fille se désape ? Si elle se fout à poil ? Autre déferlante brisée contre la base du Cap, bouillons secs, un oiseau gravite solitaire autour du promontoire, le soleil touche la ligne d'horizon qui se précise violette, solide, presque noire. La fille grimace, déchausse ses sandales, sa robe tombe sur ses pieds c'est une robe à bretelles, coupée aux genoux, un tissu léger qui accompagne les mouvements. Redressée, elle répète lentement je te dis que j'ai le vertige, je ne peux pas regarder en bas. T'as pas besoin de regarder en bas, justement, tu te places ici - de la pointe du pied, il trace une croix sur le calcaire, trace de poudre blanche sur son orteil - et tu t'élances direct, tu regardes devant toi, facile. Il s'est radouci, relève la tête, enfin la voit, plus précisément la reçoit en pleine figure - et il ne la voyait pas comme ça, il n'avait rien vu, la pensait plus fille, plus fine, la taille marquée, les épaules frêles, des cuisses de poulet, au lieu de quoi, celle-là dégage une impression de force qui étonne : vêtue d'un maillot deux pièces rouge, elle ramasse ses fringues qu'elle range tête baissée dans son sac, elle est massive mais découplée, plutôt grande, fesses hautes, longues cuisses bombées, grands bras déliés, le torse très ouvert, un beau cou. Eddy lui fait signe de s'approcher vers le rebord du plongeoir, orteils au frais dans le vide, mets-toi là. Elle s'avance, s'immobilise à un pas. Vas-y ! Je compte jusqu'à trois et t'y vas : un... deux... trois.

La fille s'avance, regarde en bas, puis oscille d'avant en arrière, et répète, ouais ouais, qu'on en finisse, un... deux... trois. Ne saute pas, au dernier moment fait un tout sur elle-même. Recommence une fois cette figure, conclut je peux pas, je peux pas y aller, j'ai le vertige. C'est quoi cette histoire ? il demande. C'est rien, elle réplique, j'ai peur, c'est tout. À cet instant, par mégarde, il croise son regard, en oscille aussitôt de tout son corps, une oscillation inconnue : jamais il n'aurait cru, pas même imaginé, qu'il serait un jour contenu dans un tel flot de douceur et de brusquerie. Interdit par cette tête, les traits rudes, le front haut et large, le nez long, busqué, poussé depuis le haut du front comme sur une statue grecque, les yeux fendus, les cheveux épais blonds coupés court accusant une mâchoire baraquée et fougueuse comme le reste, moche, belle, moche, belle, moche, belle il ne sait pas, trancherait plutôt moche s'il n'y avait cet étonnement qu'il éprouve à la voir - et qu'elle soit si près de lui.

M. de Kerangal, Corniche Kennedy, coll. Folio, éd. Gallimard, 2008.

Atelier

Comment parler des livres

Oral

1. Quelle différence faites-vous entre 'lire un livre' et 'connaître un livre' ?

2. Quels conseils peut-on donner à un élève qui se trouverait dans une situation similaire à celle évoquée par Pierre Bayard ?

3. Préparez des stratégies et des formules "prêtes à l'emploi" pour aider les élèves à parler des livres qu'ils doivent connaître.

L'étude des différentes manières de ne pas lire un livre, des situations délicates où l'on se retrouve quand on doit en parler et des moyens à mettre en œuvre pour se sortir d'affaire montre que, contrairement aux idées reçues, il est tout à fait possible d'avoir un échange passionnant à propos d'un livre que l'on n'a pas lu, y compris, et peut-être surtout, avec quelqu'un qui ne l'a pas lu non plus.

Né dans un milieu où on lisait peu, ne goûtant guère cette activité et n'ayant de toute manière pas le temps de m'y consacrer, je me suis fréquemment retrouvé, suite à ces concours de circonstances dont la vie est coutumière, dans des situations délicates où j'étais contraint de m'exprimer à propos de livres que je n'avais pas lus.

Enseignant la littérature à l'université, je ne peux en effet échapper à l'obligation de commenter des livres que, la plupart du temps, je n'ai pas ouverts. Il est vrai que c'est aussi le cas de la majorité des étudiants qui m'écoutent, mais il suffit qu'un seul ait eu l'occasion de lire le texte dont je parle pour que mon cours en soit affecté et que je risque à tout moment de me trouver dans l'embarras.

Par ailleurs, je suis appelé régulièrement à rendre compte de publications dans le cadre de mes livres et de mes articles qui, pour l'essentiel, portent sur ceux des autres. Exercice encore plus difficile, puisque, au contraire des interventions orales qui peuvent sans conséquence donner lieu à des imprécisions, les commentaires écrits laissent des traces et peuvent être vérifiés.

En raison de ces situations devenues pour moi familières, j'ai le sentiment d'être assez bien placé, sinon pour délivrer un véritable enseignement, du moins pour communiquer une expérience approfondie de non-lecteur et engager une réflexion sur ce sujet tabou, réflexion qui demeure souvent impossible en raison du nombre d'interdits qu'elle doit enfreindre.

Pierre Bayard, Comment parler des livres qu'on n'a pas lus ?, Les éditions de minuit, 2007.

Écriture

Lectures cursives choisies dans une liste en rapport avec les problématiques étudiées.

Première partie

1. Pensez-vous que vous avez bien choisi votre livre dans la liste proposée ? Justifiez votre réponse.

2. Quand vous repensez à ce livre, quels souvenirs vous reviennent spontanément en mémoire (passages, personnages, phrases... ) ? Citez-en au moins trois.

3. Comment s'est déroulée cette lecture ? Rapidement ou lentement ? De façon régulière ou non ? Dans quels lieux et pendant quels moments ?

4. Quelle valeur ce roman possède-t-il, selon vous ? Que vous a-t-il apporté ?

Seconde partie

Un patrimoine, c'est un bien que l'on transmet, de génération en génération, parce qu'il a de la valeur pour soi et pour les autres. Si l'on vous demandait votre avis, transmettriez le livre que vous avez lu aux générations futures ? Justifiez votre point de vue en trois paragraphes argumentés qui prendront appui sur des éléments du livre (passages, personnages, phrases... ).

Atelier

Comment les livres nous parlent

Oral

1. Dans le Discours de la méthode, Descartes écrit que "la lecture de tous les bons livres est comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés, qui en ont été les auteurs". Partagez-vous cette opinion ?

2. Comparez les deux livres évoqués par J. K. Rowling, le journal intime de Tom Jedusor et Les Contes de Beedle le barde. Comment chacun de ces livres 'parle-t-il' au lecteur ?

3. Le critique Roland Barthes écrit : "La naissance du lecteur doit se payer de la mort de l'Auteur". Qu'en pensez-vous ?

Pistes

Prolongement

1. Faites la liste de tous les livres lus ou étudiés cette année.

2. Lesquels vous ont le plus marqués ? Pour quelles raisons ?

3. Un patrimoine, c'est un bien que l'on transmet, de génération en génération, parce qu'il a de la valeur pour soi et pour les autres. Si l'on vous demandait votre avis, quels sont les livres que vous transmettriez aux générations futures ?

Document A

Dans le deuxième tome de la série Harry Potter, le jeune héros entre en possession d'un journal intime apparemment vierge. En écrivant dans ce journal, il constate qu'il peut dialoguer avec son ancien propriétaire.

Ce soir là, Harry alla se coucher avant les autres, pour examiner à nouveau le journal de Jedusor. [...]

Assis sur son lit à baldaquin, il prit une plume et un encrier et laissa tomber une goutte d'encre sur la première page du petit livre noir. Pendant un instant, la tâche d'encre brilla sous ses yeux, puis elle disparut soudain, comme aspirée par le papier. D'un geste fébrile, Harry reprit alors sa plume et écrivit : "Je m'appelle Harry Potter."

Tout comme la tâche, les mots tracés sur le papier brillèrent un instant, puis disparurent à leur tour.

Mais un instant plus tard, d'autres lettres se formèrent sur la page, comme si elle suintaient du papier, et la phrase suivante, écrite avec la même encre, apparut sous les yeux de Harry :

Bonjour, Harry Potter. Je m'appelle Tom Jedusor. Comment as-tu trouvé mon journal ?

Ces mots disparurent également, mais Harry eut le temps d'écrire :

"Quelqu'un a essayé de le jeter dans les toilettes."

Il attendit avec impatience la réponse qui ne tarda pas à apparaître :

Heureusement que j'ai consigné mes souvenirs avec quelque chose de plus durable que l'encre. Mais j'ai toujours su que certaines personnes feraient tout pour que ce journal ne soit jamais lu.

"Que voulez-vous dire ?" écrivit Harry dans une écriture tremblante d'excitation.

Je veux dire que ce journal contient le souvenir d'évènements horribles qui se sont produits au collège Poudlard et qui sont restés cachés.

J. K. Rowling, Harry Potter et la chambre des secrets, éd. Gallimard, 1998.

Document B

Dans le dernier tome de la série, Dumbledore lègue un livre pour enfants à Hermione Granger, Les Contes de Beedle le barde. Dans cet extrait, les trois amis lisent l'un des contes.

Elle ouvrit le livre et Harry vit que le symbole dont ils recherchaient le sens figurait précisément en haut de la page où débutait le conte. Hermione toussota et commença la lecture.

Il était une fois trois frères qui voyageaient au crépuscule, le long d'une route tortueuse et solitaire...

- Quand elle le racontait, maman disait que ça se passait à minuit, fit remarquer Ron qui avait allongé les jambes, ses bras derrière la tête, pour écouter.

Hermione lui jeta un regard agacé.

- Désolé, je pense simplement que c'était un peu plus effrayant si ça se passe à minuit ! insista Ron.

- Justement, ça tombe bien il n'y a pas assez de choses effrayantes dans notre vie, coupa Harry sans avoir pu s'en empêcher.

Xenophilius ne semblait pas leur prêter grande attention. Il regardait par la fenêtre, les yeux levés vers le ciel.

- Vas-y Hermione, dit Harry.

Après avoir longtemps cheminé, ils atteignirent une rivière trop profonde pour la traverser à gué et trop dangereuse pour la traverser à la nage. Les trois frères, cependant, connaissaient bien l'art de la magie. Aussi, d'un simple mouvement de baguette, ils firent apparaître un pont qui enjambait les eaux redoutables de la rivière. Ils étaient arrivés au milieu du pont lorsqu'une silhouette encapuchonnée se dressa devant eux en leur interdisant le passage.

C'était la Mort et elle leur parla...

- Excuse-moi ? l'interrompit Harry. La Mort leur parla ?

- Il s'agit d'un conte de fées, Harry !

- D'accord, désolé. Continue.

- C'était la Mort et elle leur parla. Elle était furieuse d'avoir été privée de trois victimes car, d'habitude, les voyageurs se noyaient dans la rivière. Mais elle était rusée. Elle fit semblant de féliciter les trois frères pour leurs talents de magiciens et leur annonça que chacun d'eux avait droit à une récompense pour s'être montré si habile à lui échapper.

Le plus âgé des frères, qui aimait les combats, lui demanda une baguette magique plus puissante que toutes les autres, une baguette qui garantirait la victoire à son propriétaire, dans tous les duels qu'il livrerait, une baguette digne d'un sorcier qui avait vaincu la Mort ! La Mort traversa alors le pont et s'approcha d'un sureau, sur la berge de la rivière. Elle fabriqua une baguette avec l'une des branches et en fit don à l'aîné.

Le deuxième frère, qui était un homme arrogant, décida d'humilier la Mort un peu plus et demanda qu'elle lui donne le pouvoir de rappeler les morts à la vie. La Mort ramassa alors une pierre sur la rive et la donna au deuxième frère en lui disant que cette pierre aurait le pourvoir de ressusciter les morts.

Elle demanda ensuite au plus jeune des trois frères ce qu'il désirait. C'était le plus jeune mais aussi le plus humble et le plus sage des trois, et la Mort ne lui inspirait pas confiance. Aussi demanda-t-il quelque chose qui lui permettrait de quitter cet endroit sans qu'elle puisse le suivre. A contrecœur, la Mort lui tendit alors sa propre Cape d'Invisibilité.

- La Mort a une cape d'invisibilité ? l'interrompit Harry.

- Pour s'approcher des gens sans être vue, expliqua Ron. Parfois, elle en a assez de se précipiter sur ses victimes en agitant les bras et en poussant des cris... Désolé, Hermione.

- Puis elle s'écarta et autorisa les trois frères à poursuivre leur chemin, ce qu'ils firent, s'émerveillant de l'aventure qu'ils venaient de vivre et admirant les présents que la Mort leur avait offerts.

Au bout d'un certain temps, les trois frères se séparèrent, chacun se dirigeant vers sa propre destination.

L'aîné continua de voyager pendant plus d'une semaine et arriva dans un lointain village. Il venait y chercher un sorcier avec lequel il avait eu une querelle. A présent, bien sûr, grâce à la Baguette de Sureau, il ne pouvait manquer de remporter le duel qui s'ensuivit. Laissant son ennemi mort sur le sol, l'aîné se rendit dans une auberge où il se vanta haut et fort de posséder la puissante baguette qu'il avait arrachée à la Mort en personne, une baguette qui le rendait invincible, affirmait-il.

Cette même nuit, un autre sorcier s'approcha silencieusement du frère aîné qui dormait dans son lit, abruti par le vin. Le voleur s'empara de la baguette et, pour faire bonne mesure, trancha la gorge du frère aîné.

Ainsi la Mort prit-elle le premier des trois frères.

Pendant ce temps, le deuxième frère rentra chez lui où il vivait seul. Là, il sortit la pierre qui avait le pouvoir de ramener les morts et la tourna trois fois dans sa main. A son grand étonnement et pour sa plus grande joie, la silhouette de la jeune fille qu'il avait un jour espéré épouser, avant qu'elle ne meure prématurément, apparut aussitôt devant ses yeux.

Mais elle restait triste et froide, séparée de lui comme par un voile. Bien qu'elle fût revenue parmi les vivants, elle n'appartenait pas à leur monde et souffrait de ce retour. Alors, le deuxième frère, rendu fou par un désir sans espoir, finit par se tuer pour pouvoir enfin la rejoindre véritablement.

Ainsi la Mort prit-elle le deuxième des trois frères.

Pendant de nombreuses années, elle chercha le troisième frère et ne put jamais le retrouver. Ce fut seulement lorsqu'il eut atteint un grand âge que le plus jeune des trois frères enleva sa Cape d'Invisibilité et la donna à son fils. Puis il accueillit la Mort comme une vieille amie qu'il suivit avec joie et, tels des égaux, ils quittèrent ensemble cette vie.

Hermione referma le livre. Xenophilius mit un certain temps à s'apercevoir qu'elle avait fini de lire. Il détourna alors son regard de la fenêtre et dit :

- Voilà, c'est ça.

- Pardon ? demanda Hermione, perplexe.

- Ce sont les Reliques de la Mort, répondit Xenophilius.

J. K. Rowling, Harry Potter et les Reliques de la Mort, éd. Gallimard, 2007.

Atelier

Est-ce que l'auteur a pensé à tout ça ?

Observation

Comparez les deux tableaux.

Pablo Picasso, Maternité, 1905.

Pablo Picasso, Claude dessinant Françoise et Paloma, 1954.

Atelier

Les procédés littéraires

Cette fiche est consacrée aux procédés littéraires

Observation

1. Identifiez les figures de style utilisées dans les expressions suivantes : Maigre comme un clou ; les pieds de la chaise ; c'est bonnet blanc et blanc bonnet ; verser toutes les larmes de son corps ; jeux de mains, jeux de vilains ; être dans de beaux draps ; mourir d'une longue et douloureuse maladie ; boire un verre ; un conte à dormir debout.

2. Dans les images ci-contre, indiquez quelle figure de style est utilisée.

3. Inventez des slogans publicitaires en tenant compte des contraintes suivantes :

- un parallélisme et une hyperbole pour un téléviseur ;

- une gradation et une anaphore pour une fédération sportive ;

- une antithèse et une métaphore pour une campagne de prévention routière (alcool, vue, fatigue).

NESCAFÉ.

VIKING. Elle s'arrête seulement quand vous le voulez.

CN. Vos meubles vous disent : je n'en peux plus.

Trouver une aiguille dans une botte de foin. ROBERTO HADDAD, commissaire-priseur.

BOSE. Casque suppresseurs de bruits.

RSF. Merde à la démocratie. Partez en vacances en Thaïlande.

MARTEL Cognac. Le même plaisir depuis 1715.

CASA. Quand il contrôle votre vie, ce n'est plus votre vie.

ALLIANZ. Ça sonne tellement bien, j'adoooore...

LEGO. Imaginez.

DHL Express. Vos colis plus rapidement.

RIPOSA matelas suisses. Rechargez vos batteries.

Atelier

Les procédés littéraires

Cette fiche est consacrée aux procédés littéraires

Observation

1. Identifiez les figures de style utilisées dans les expressions suivantes : c'est du propre ! ; aimable comme une porte de prison ; être dans le pétrin ; le meilleur ami de l'homme ; les maths ne sont pas son fort ; un verre de champagne ; se noyer dans un verre d'eau ; un malentendant.

2. Dans les images ci-contre, indiquez quelle figure de style est utilisée.

3. Inventez des slogans publicitaires en tenant compte des contraintes suivantes :

- un parallélisme et une hyperbole pour un téléviseur ;

- une gradation et une anaphore pour une fédération sportive ;

- une antithèse et une métaphore pour une campagne de prévention routière (alcool, vue, fatigue).

Journée mondiale contre la maladie d'Alzheimer.

Sans.

Halloween vient au zoo d'Adélaïde.

Rester ensemble. Goodyear.

E. Leclerc obscur.

Nous avons besoin de plus de guides. Soutenez le centre belge de chiens guides.

Weightwatchers

Payez moins, voyagez plus. Promovacances.

Plus coupant que vous ne pensez. Le couteau Grand Gourmet WMF avec lame en acier damas.

Beijing Sports Radio. Écoutez-le en direct.

Moderne depuis 1963. Andy dessiné en 1962.

Vous rêvez de vacances ? Voyages Kielo.

Tout le monde mange végétarien. HILTL.

Un angle n'est pas suffisant. Caméra avec zone de vision à 360° Volkswagen.

Atelier

Brouillons

Observation

1. D'après les exemples ci-contre, quels sont les différents types de brouillons qui existent ?

2. Quelle est l'utilité de ces types de brouillons ?

Georges Perec, "Cahier des charges" de La Vie mode d'emploi (paru en 1978).

Georges Bataille, Les Larmes d'Éros, Notes, avant 1962.

Émile Zola, notes prises en préparation de L'Assommoir (paru à partir de 1876).

Blaise Pascal, Pensées, Manuscrit autographe, 1656-1662

Émile Zola, généalogie des Rougon-Macquart.

Gustave Flaubert, plan général de Madame Bovary, 1851.

Gustave Flaubert, manuscrit de La Légende de saint Julien l'Hospitalier (1875-1877).

Louis Aragon, manuscrit d'Aurélien (paru en 1944).

Honoré de Balzac, La Femme supérieure, 1re partie, Manuscrit autographe et épreuves corrigées, mai-juin 1837

Atelier

Prises de notes

Oral

Lorsqu'on parle de prise de notes, à quoi pensez-vous ?

Pistes

Observation

1. Quels types de prise de notes pouvez-vous distinguer ?

2. À quoi servent, selon vous, ces différents types de prise de notes ?

Application

1. A partir d'un support audiovisuel d'une dizaine de minutes, par exemple un journal télévisé, prenez des notes sur une feuille volante.

2. Prenez des notes sur le support écrit qui vous est donné.

Atelier

Sketchnoting

Observation

Le sketchnoting est une technique récente qui permet une prise de notes plus agréable et plus efficace.

À l'aide de quelques outils simples (typographie, structure, pictogrammes, couleur, bannières et puces), il permet de mettre en forme visuellement les notes.

Application

1. Dessinez le mot 'typographie' de quatre façons différentes.

2. Encadrez le mot 'BANNIÈRE' avec une bannière.

3. Créez des pictogrammes simples en vous inspirant d'objets ordinaires (v. tableau ci-contre).

4. Dictée : dessinez des pictogrammes à partir des mots qui vous sont proposés.

Pistes

Image originale Image simplifiée Image originale Image simplifiée

5. Illustrez par des pictogrammes chacun des points suivants :

I. Le sketchnoting, pourquoi ?

Le sketchnoting permet

- de visualiser ce qu'on doit retenir

- de renouer avec une activité manuelle

- de s'amuser et d'être actif

6. Hiérarchisez visuellement les éléments suivants :

II. Le sketchnoting, comment ?

1. La typographie et les bannières

2. La structure

3. Les illustrations

a. Les flèches et les puces

b. Les pictogrammes

c. Les ombres et les couleurs

III. Le sketchnoting, où et quand ?

1. En cours, pour prendre des notes

2. Pendant les exercices, pour réfléchir

3. Chez soi, pour faire des fiches de révision

Atelier

Exercices théâtraux

Pratique

Les exercices suivants visent à aider les joueurs à pratiquer la voix, les gestes, les déplacements, en groupe, à deux, seuls.

Le corps et les gestes

LES MIMES : Les joueurs doivent faire deviner les personnages/les lieux/les objets/les animaux/les émotions qui sont notés sur des morceaux de papier.

LE TABLEAU : Les différents joueurs tentent de reproduire une image célèbre en adoptant les positions des personnages.

Les déplacements

LA DÉAMBULATION : les joueurs déambulent dans l'espace. L'animateur donne des indications : marcher comme un vieillard, comme un aveugle, comme un pingouin, comme un chat, sur un fil, dans la neige, blessé, en touriste, perdu, pressé, sous une chaleur de plomb, dans le froid, etc.

LA STATUE DE SEL : les joueurs déambulent dans l'espace. Au signal, ils se figent, ils s'organisent (en formant un dégradé de couleur, par taille croissante, etc.)

LES ENTRÉES : Les personnages entrent dans une salle en mimant les émotions ou les sensations indiquées.

LA SALLE D'ATTENTE : les joueurs arrivent un à un dans une salle d'attente. Chaque joueur, en entrant, prend le temps de regarder autour de lui, et de choisir une place. Les joueurs déjà assis échangent des regards.

La voix

Les VIRE-LANGUES permettent de travailler l'articulation.

LE TEXTE ÉMU : quelques lignes seront lues en variant le volume, le débit, l'intonation (triste, révolté, inquiet, content).

LE DIALOGUE DE SOURDS : deux lecteurs lisent chacun un texte différent. Chaque fois que l'un a fini une phrase, l'autre prend la parole.

Improvisation

Une fois le groupe à l'aise, on peut passer à des exercices d'improvisation, en faisant accepter deux principes :

- accepter l'erreur ; en improvisation, "it's fun to fail"

- rester à l'écoute : "50% sur soi, 50% sur autrui"

À PLUSIEURS À DEUX SEUL
LE CORPS ET LES GESTES

LE BALLON : Les joueurs sont en cercle. L'animateur fait mine de lancer une balle à l'un des joueurs en disant son nom. À chaque passe, on lance en disant le nom de la personne. On peut faire un match de Volley.

LE MIROIR : Un joueur fait ce qui lui passe par la tête. L'autre est son reflet dans le miroir.

LE PANTIN : un marionnettiste fait bouger sa marionnette.

LA PAROLE

LE DOUBLAGE : pendant qu'un film est projeté, les élèves font la bande-son, et en particulier les dialogues.

L'INTERROGATOIRE : Un policier inflige un interrogatoire à un suspect. Les questions sont sans rapport les unes avec les autres. Le suspect doit répondre de façon convaincante.

LE VENDEUR : l'animateur donne un objet quelconque au joueur, qui doit s'improviser camelot.

LES GESTES ET LA PAROLE

LE DOUBLAGE 'LIVE' : les joueurs font le son et l'image. Chaque joueur sur scène est doublé par un autre joueur assis au bord chargé d'être sa voix.

LES PHOTOS DE VACANCES : Un joueur prend la pose pour qu'on voit une photo de vacances. L'autre raconte le contexte de la photo. Un son marque le passage d'une photo à une autre.

Ressources

Vire-langues

Son sage chat, son sage chien, son sage singe.

Trois petites truites cuites, trois petites truites crues.

Que lit Lili sous ces lilas-là ? Lili lit l’Iliade.

Je veux et j’exige d’exquises excuses du juge. Du juge, j‘exige et je veux d‘exquises excuses.

Aglaé glisse gracieusement sur la glace glauque du Groenland.

Donnez-lui à minuit huit fruits cuits ou huit fruits crus.

Trois très gras rats gris dans trois très gros trous creux.

Ces saucissons-ci sont si secs qu’on ne sait si c’en sont !

Je veux et j'exige du jasmin et des jonquilles.

Je vais chez ce Serge si sage et si chaste.

Doit-on dire : seize sèches chaises ou bien seize chaises sèches ?

Le fisc fixe et exige chaque taxe fixe et excessive exclusivement au luxe et à l'exquis.

Mimes
la peur la douleur le bonheur la colère
la tristesse la gentillesse la haine le mépris
le vendeur le plombier le cuisinier le chirurgien
le serveur la danseuse la secrétaire l'éboueur
à l'hôpital au cirque dans une cellule de prison dans un stade
au supermarché dans l'ascenseur sur la lune sur un bateau
une veste de smoking une machine à laver une pizza des patins à glace
une noix de coco un dictionnaire un flipper un four à micro-onde
un hippopotame un pigeon une pieuvre un crabe
un loup un caméléon une coccinelle un crapaud
Tableaux

Ressources

Vers l'écriture

Mise en place

Le nombre de participants : pas plus de 15, pour avoir un temps d'écoute.

La disposition des places : contrainte, un garçon / une fille (on est plus libre avec des inconnus autour de soi).

Les règles de base : jamais d'attaque personnelle. Aucun dialogue pendant le temps d'écriture. Chacun est libre de lire ou pas, d'écrire ou pas. L'enseignant doit écrire lui aussi.

1. Textes à démarreur.

Définition

"Je me souviens de Reda Caire". Ainsi commence le livre de Georges Perec, Je me souviens. Suivent près de cinq cents souvenirs. Ce livre est donc une longue liste, et aussi un long poème. La liste est exploratoire, systématique, mais jamais exhaustive.

Systématisation : Tous les démarreurs sont autorisés. Citons-en quelques-uns :

Je me souviens...

Je sais que...

Je me demande si...

Ce dont je suis fier, c'est...

La première fois que...

www.oulipo.net

2. Descriptions.

Faites circuler une photo en noir et blanc (un cliché de Doisneau, par exemple) et demandez aux participants d'écrire ce qui leur passe par la tête au sujet de cette photo.

Vous pouvez proposer de commencer par : "Ce qui m'étonne/me touche dans cette photo, c'est..."

Variante : Décrivez un objet que vous avez devant vous (trousse, crayon, table, etc.).

3. Réincarnation

Demandez à chacun de choisir quelque chose ou quelqu'un qu'il va habiter : humain, animal, végétal, insecte, bactérie, corps céleste, objet...

Je vis dans un puits. Je vis comme une fumée dans un puits, comme un souffle dans une gorge de pierre. Je ne bouge pas. Je ne fais rien, qu'attendre. Au-dessus de ma tête j'aperçois les froides étoiles de la nuit et les étoiles du matin et je vois le soleil. Parfois je chante de vieux chants de ce monde au temps de sa jeunesse. Comment dire ce que je suis, quand je l'ignore ? J'attends, c'est tout. Je suis brume, clair de lune, et souvenir. Je suis triste et je suis vieux. Parfois je tombe vers le fond comme des gouttes de pluie. Alors des toiles d'araignées tressaillent à la surface de l'eau. J'attends dans le silence glacé ; un jour viendra où je n'attendrai plus.

R. Bradbury, Chroniques martiennes, 1950.

Il s'agit d'écrire, étape par étape, en se plaçant à l'intérieur de l'être choisi, et en essayant de brouiller un peu les pistes, de ne pas faire trop vite deviner l'être choisi :

  • qu'est-ce que je perçois où je suis ?
  • qu'est-ce que je fais ?
  • qu'est-ce que je vais faire ?

4. Notice explicative

a. Rédigez une notice explicative permettant de réaliser quelque chose (recette de cuisine, didacticiel, etc.).

b. Variante : Rédigez une notice explicative permettant de rater à coup sûr quelque chose, comme le livre de P. Watzlawick, Faites vous-même votre malheur, parodie des livres de conseils pratiques.

Atelier

Les genres de la presse

Oral

1. a. Suivez-vous plutôt l'actualité à la télé/à la radio/sur Internet/sur papier ?

b. Lisez vous souvent/quelquefois/rarement la presse ?

c. Préférez-vous les journaux régionaux/nationaux/internationaux ?

2. Quels sont les différents genres de la presse ? Nommez-les et indiquez leurs caractéristiques

3. Dans le tableau ci-contre, identifiez les genres évoqués et justifiez votre choix.

Recherche

1. Trouvez, dans la presse récente, un exemple de trois de ces genres.

2. En rassemblant les exemples de chaque genre, indiquez de façon précise la façon dont ce type d'article est écrit.

Prolongement

Imaginez et écrivez un article (reportage, interview, portrait) en vous appuyant sur un personnage ou une situation d'un roman lu récemment.

L'énigme d'un virtuose du piano qui ne parle pas

LONDRES - Un homme élégamment habillé, qui a été retrouvé errant dans un costume trempé près d'une plage anglaise, a déconcerté la police et les médecins par son silence énigmatique et sa virtuosité au piano.

L'homme, vêtu d'un costume-cravate noir de soirée, a été retrouvé le 8 avril dernier par la police du Kent et transféré dans une unité psychiatrique où il a été impossible de l'identifier à cause de son silence persistant. C'est seulement après qu'on lui a remis un stylo et une feuille de papier que les médecins ont décelé un indice troublant sur son passé quand il a dessiné une image complexe d'un piano à queue. Il a ensuite été conduit à la chapelle de l'hôpital où il a joué de la musique classique au piano pendant des heures.

Cependant, en dépit du fait que son signalement ait été publié sur le National Missing Persons Helpline (NMPH), le site web des personnes disparues, personne n'est venu l'identifier.

"Très peu de choses sont connues sur lui puisqu'il ne parle pas au personnel médical de l'hôpital où il a été admis, mais il est doué pour jouer de la musique classique au piano", a déclaré un porte-parole de NMPH.

Selon les journaux, les autorités ont été contactées par des gens qui ont signalé avoir vu l'homme donner des concerts à travers l'Europe.

Le Daily Telegraph a indiqué que l'homme, âgé de 20 à 30 ans et qui souffre probablement d'un traumatisme mental, pourrait être anglais. Son histoire rappelle celle du film "Shine", récompensé par un Oscar en 1996 et dans lequel l'acteur australien Geoffrey Rush incarne le pianiste David Helfgott, qui a surmonté une attaque nerveuse pour rejouer sur scène.

lundi 16 mai 2005 (Reuters - 17:47)

Joseph Stiglitz : "L'Union européenne est en train de détruire son avenir"

Propos recueillis par Marie Charrel.

Pourfendeur des politiques d'austérité en Europe, le Prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz travaille depuis des années sur les causes des inégalités économiques aux Etats-Unis et sur leurs conséquences, à la fois politiques et sociales. Le 2 septembre, il publie un nouvel ouvrage sur le sujet, La Grande Fracture, aux éditions Les liens qui libèrent. Rencontre.

Vous expliquez dans votre ouvrage que les inégalités sont à l'origine de la crise de 2007. Pourquoi freinent-elles aujourd'hui la reprise ?

D'abord, parce qu'elles sont souvent le résultat de rentes et de monopoles paralysant l'économie. Mais, surtout, parce que les inégalités forment un terrible piège. Pour les Américains des classes populaires disposant d'une mauvaise couverture santé et qui ont difficilement accès à l'éducation, l'ascenseur social ne fonctionne plus. Ils ont peu de chance de voir leurs revenus augmenter. Or, sans hausse des revenus, il n'y a pas de hausse de la consommation, ce qui affaiblit la croissance.

Avant la crise des subprimes, les dépenses des ménages américains étaient artificiellement — et dramatiquement — gonflées par le crédit. Maintenant que ce levier a disparu, nous constatons les ravages provoqués par les inégalités. Elles sont incompatibles avec une croissance saine.

Le Monde | 01.09.2015.

Charniers de Tchétchénie

Le 2 octobre 1999, Les troupes russes entraient dans la petite République rebelle. Trois ans plus tard, la guerre continue et les fosses communes livrent leur horrible secret.

Les femmes, en longues jupes et foulards, s'étreignent, en pleurs. Un sanglot déchirant s'élève au-dessus du hameau de Krasno stepnovskoe, sovkhoze laitier blotti au creux de la steppe ondulante qui s'étire à l'ouest de Grozny. Les corps de quatre hommes du village, enlevés par des soldats russes à 3 heures du matin, le 13 mai 2002, viennent d'être retrouvés. Torturés, ensanglantés, méconnaissables.

Le charnier, qui contiendrait une quinzaine de dépouilles, a été trouvé à la frontière avec l'Ingouchie, près du village de Goragorsk, à proximité d'un poste de l'armée russe. Des paysans tchétchènes, le visage figé, arrivés dans un minibus brinquebalant, se joignent à la famille pour la veillée funéraire. Debout, les mains tournées vers le visage, dans le geste de la prière musulmane, les habitants se recueillent.

Le 8 septembre, la découverte du charnier a été rendue publique. Des corps étaient identifiés. Dans cette guerre qui dure depuis trois ans, avec l'entrée des troupes russes dans la République indépendantiste le 2 octobre 1999, la diffusion d'une telle information ne va pas de soi. Une chape de silence recouvre la plupart des événements en Tchétchénie, territoire de la taille de deux départements français, fermé au monde extérieur, où ni les journalistes ni les membres d'organisations humanitaires n'ont le droit de circuler librement. Les autorités russes veulent strictement limiter l'accès de témoins indésirables.

Natalie Nougayrède, Article paru dans Le Monde du 1er octobre 2002

"Les Mille et Une Nuits, vol. 3, L'Enchanté " : la nuit tombe sur le Portugal de Miguel Gomes

L'avis du "Monde" – à ne pas manquer

C'est le troisième volet d'un feuilleton cinématographique estival qui constitue une des expériences les plus singulières dans l'histoire du cinéma. L'Enchanté vient clore une tentative unique, une manière de demander au cinéma le meilleur de ce qu'il peut donner, lorsqu'il refuse de s'enfermer dans des catégories existantes, essayant plutôt de toucher au cœur de sa nature essentielle : une vision, des histoires et un enregistrement du monde.

Le film calque son principe sur celui des Mille et Une Nuits, soit un enchevêtrement de récits narrés, guidé par l'urgence et la survie. Shéhérazade (Crista Alfaiate) ne doit, sous peine de succomber, cesser de raconter tous les jours un récit nouveau, continuer celui de la veille ou s'engouffrer dans une digression qui prolonge le pur plaisir de la fiction.

C'est l'état du monde réel, celui d'un Portugal confronté à la crise économique et à une politique d'austérité, qui a déterminé ce projet de Miguel Gomes, un contexte que l'auteur de Tabou, sorti en 2012, va commenter d'une manière très particulière. Car le présent de l'histoire contemporaine du Portugal en particulier, et de l'Europe du Sud en général, y est soumis à un traitement original.

Moment magique

Récits légendaires, chroniques, plongée documentaire, phrases écrites s'inscrivant sur l'image, tout cela, qui nourrit six heures de projection, ne se réduit pas, justement, à des figures de rhétorique qui diraient, de manière...

Jean-François Rauger, Le Monde | 25.08.2015.

Réfugiés : une photo pour ouvrir les yeux

Il s'appelle Aylan Kurdi, il est âgé de 3 ou 4 ans. Un petit corps sans vie échoué sur une plage turque. C'est un enfant syrien qui fuyait la guerre, avec sa famille. Ils voulaient gagner l'Europe, en l'espèce la Grèce, par la Turquie. Leur embarcation comptait au moins onze personnes à bord. Elle a sombré quelque part au large de l'île de Kos. La mer a rejeté certains des corps sur une plage turque. Et, un peu à part, tout seul, celui de ce petit bonhomme en tee-shirt rouge et pantalon bleu, qui restera comme l'emblème de cet afflux migratoire sans précédent que nous ne voulons pas voir. Ou pas assez.

Le Monde a déjà publié des photos d'enfants morts, notamment lors de l'attaque chimique d'un quartier de Damas par la soldatesque de Bachar Al-Assad en 2013. Nul voyeurisme, nul sensationnalisme, ici. Mais la seule volonté de capter une part de la réalité du moment.

Cette photo, celle de l'enfant, témoigne très exactement de qui se passe. Une partie du Proche-Orient s'effondre à nos portes. Des Etats qui étaient des piliers de la région se décomposent – la Syrie et l'Irak, notamment. Les pays voisins immédiats croulent sous une masse de réfugiés qui représentent souvent près du quart de leur population – en Jordanie et au Liban. Ces Etats-là, si l'on n'y prend garde, vont commencer à vaciller à leur tour.

Jérôme Fenoglio, directeur du "Monde", Le Monde | 03.09.2015.

Liberté de la presse
Nécessité

Il en va des journalistes comme des canaris que les combattants gardaient avec eux dans les tranchées de la Première Guerre mondiale pour déceler l'arrivée de gaz toxiques. Qu'ils s'arrêtent de chanter, c'est le signe certain que la liberté est en train d'être asphyxiée ou étranglée.

Le rapport annuel de Reporters sans frontières montre que la situation ne s'améliore pas sur la planète médias, à l'aune de la liberté d'informer. La carte qu'ils dressent de la répression contre les journalistes est aussi celle du non-droit, de l'absence de liberté et de démocratie dans le monde.

Le développement des médias et la mondialisation de l'information, en accroissant le nombre des journalistes et de situations qu'ils couvrent, entraînent mécaniquement toujours plus de victimes dans la profession. D'autant que l'information est perçue, encore plus que par le passé, comme un enjeu de pouvoir. Et que ceux qui la transmettent sont traités comme des pions dans les conflits où ils plongent pour donner une voix à ceux qui n'en ont pas, et établir les faits que dissimulent les nuées de la propagande et le brouillard de la guerre.

Par Patrick SABATIER, mardi 03 mai 2005, Liberation

William Blacker, gentleman tsigane

Tombé amoureux d'une tsigane et d'une campagne qui lui rappelle les romans du XIXème siècle, l'écrivain et journaliste britannique William Blacker vit la moitié de l'année avec les paysans de Transylvanie. Portrait d'un homme entre deux mondes.

Dans un village de Transylvanie, près de Sighisoara, les gens se rassemblent chaque soir dans la seule taverne du coin, attendant le retour du bétail des pâturages. Des Roumains, quelques Saxons et plusieurs Tsiganes se prélassent sur des caisses de bière vides. Quelques jeunes dansent sur une mélodie qu'on entend en sourdine. Soudain, les petits arrêtent de jouer et courent vers un homme qui s'approche sur un vélo: "M'sieu Uiliameeee m'sieu Uiliameeee !!!". L'homme, qui porte un béret blanc et des lunettes rondes, leur sourit. Un murmure s'échappe : "L'Anglais est venu voir sa Tsigane". Le nom du nouvel arrivant est William Blacker. Il est né il y a 46 ans quelque part dans le sud de l'Angleterre, mais s'est profondément enraciné en Transylvanie, région qu'il a connue par hasard. Il y vit depuis neuf ans et a un enfant âgé de 3 ans et demi qu'il a eu avec une jeune Tsigane du village.

Il fait depuis longtemps partie des lieux, parle le roumain presque sans faute. Une journée de sa vie à la campagne n'est pas du tout semblable à celle de ses amis en Angleterre. Il travaille le champ parmi les Tsiganes, coupe l'herbe à la faux ou répare la chaux des anciennes maisons saxonnes. Le soir, il joue aux échecs avec les anciens du village. Parfois, Blacker rend visite à son ex-petite amie, Marishka, la petite Tsigane pour laquelle il a emménagé ici : "Au retour d'un voyage en Angleterre, je l'ai trouvée enceinte. Au début je pensais qu'il n'était pas de moi, mais comme vous le voyez, nous nous ressemblons comme deux gouttes d'eau", dit William en enlaçant Constantin, qui a hérité de son sourire et de ses yeux bleus. Le petit vit avec sa mère dans la maison de cette famille de musiciens, à quelques minutes de la maison de Blaker.

De Berlin à Satu Mare

"J'ai foulé pour la première fois le sol roumain quelques jours seulement après la révolution de décembre 1989. J'avais quitté l'Angleterre avec le projet de visiter Berlin, le Mur venait de tomber", raconte l'Anglais. Les informations à la télé sur la révolution roumaine et la lecture d'articles sur les célèbres monastères peints de Moldavie ont suffi à l'attirer plus à l'est : la Tchécoslovaquie, la Hongrie et, de là, la Roumanie. Il passe la nuit à Satu Mare [grande ville de la région de Maramures, dans le nord du pays], dans un hôtel sans électricité. "Il y avait des chevaux et des charrettes sur la place centrale de la ville. J'ai pensé que le monde devrait ressembler à cela". En tant que journaliste et écrivain, le Britannique avait déjà connu l'Inde et des pays d'Amérique du Sud, mais la Roumanie l'a fasciné comme aucun autre pays. "J'avais lu les romans de Thomas Hardy et Tolstoï et quand je suis arrivé en Roumanie, je me suis dit:"Wow, je peux maintenant voir tout cela de mes propres yeux".

En 1996, ne voulant plus seulement observer la vie des paysans, mais vivre comme l'un d'eux, William Blaker emménage près de Satu Mare, "avant que l'Occident n'arrive ici aussi." Durant les quatre années de vie au milieu de paysans de Maramures, il assiste aux mariages, aux funérailles, aux fêtes, à la mise à mort des cochons: "J'ai souffert, j'ai pleuré, j'ai ri". Blacker a toujours été attiré par la vie des Tsiganes de Transylvanie. Dans son livre, qui vient de paraître en Angleterre, Along the Enchanted Way: A Romanian Story [Sur la route enchantée : une histoire roumaine; éd. John Murray], il décrit les Tsiganes comme le peuple du "dolce far niente", des gens qui savent divinement chanter et danser et qui considèrent que la vie est trop courte pour la passer à suer sans relâche. Pendant un bon moment, l'Anglais a fait de nombreux allers-retours entre Maramures et le village de Transylvanie où il vit aujourd'hui. Sa vie dans le village Halma (nom fictif qui paraît dans le livre) a des relents de feuilleton télé. Il a écrit un article sur la situation dramatique des maisons saxonnes laissées à l'abandon par des habitants d'origine allemande partis dans les années 1990 et a obtenu des dons pour leur rénovation. A cette époque il dirigeait la fondation de protection du patrimoine "Mihai Eminescu", [du nom d'un grand poète roumain] financée par le prince Charles.

Ce n'est que plus tard qu'il a connu Marishka et qu'ils ont emménagé dans une maison saxonne. Marishka n'avait fait que ses classes de primaires et lui est diplômé d'une prestigieuse université d'Angleterre mais peu importe. Il l'a encouragée à lire. "Je lui ai donné une copie en roumain d'Orgueil et Préjugés. Après quelques jours, elle faisait déjà des commentaires : 'Ce Darcy est si arrogant !' me disait-elle. Mais le volume s'amincissait chaque jour. Elle utilisait les pages lues pour allumer le feu !" Marishka et William ne se sont jamais mariés. Mais ils se sont heurtés à la méchanceté de certains habitants du village roumain qui ont tenté d'éloigner Blacker de la "racaille de la société". Aujourd'hui, ces jours semblent être oubliés. Les esprits se sont calmés et tous parlent de lui en bien. "C'est un homme merveilleux. Il ne s'est jamais méfié des Tsiganes", dit de lui Marishka.

Vingt ans après, son choix de vivre dans un pays de l'ex bloc communiste ne semble plus excentrique. Blacker se demande parfois ce que sera la vie de son fils parmi les Tsiganes : "Mon fils est moitié Tsigane, moitié Anglais. Je suis heureux qu'il vive ici, pour l'instant". Il se souvient de la réaction de ses parents quand il a décidé de vivre avec les Tsiganes : "Ils n'étaient pas transportés de joie. J'avais 30 ans et ils voulaient que j'aie un emploi décent. J'ai dû expliquer plusieurs fois que je me sentais bien ici, tout simplement. C'est le bon endroit pour moi. Mon enfance dans le sud de l'Angleterre, à la campagne explique peut-être ce choix. Je voulais vivre de nouveau dans un bel endroit."

Andreea Pocotila, Romania Libera (Bucarest), 21 juillet 2009.

Ressources

Pour réviser en fin d'année

Time's up

Les joueurs sont par équipes de 3-4. Quand c'est leur tour, un des joueurs essaie de faire deviner au reste de l'équipe. Les autres équipes ne disent rien. Chaque carte devinée vaut un point.

Première manche

On parle*.

On peut proposer des réponses jusqu'à ce qu'on trouve la bonne.

On ne passe pas de cartes.

Deuxième manche

On dit un mot*.

Une seule réponse autorisée.

On peut passer.

Troisième manche

On mime.

Une seule réponse autorisée.

On peut passer.

* Interdiction de dire le mot, un mot de la même famille, un mot qui se prononce de la même façon.

Les figures de style

métaphore métonymie antiphrase périphrase
euphémisme hyperbole litote allégorie
personnification antithèse oxymore chiasme
répétition accumulation gradation parallélisme
paronomase assonance comparaison allitération

Fiche

Matrices

Exemple de plan pour la lecture analytique

"Analyse : action de décomposer un tout en ses éléments constitutifs. Examen souvent minutieux qui tente de dégager les éléments propres à expliquer une situation, un sentiment, une idée."

Le commentaire littéraire est une forme rédigée de lecture analytique.

Note

* Comment l'auteur a-t-il formulé son propos : on attend des connaissances linguistiques ou littéraires.

** Pourquoi a-t-il choisi cette forme ?

I. ...

Argument (une phrase complète) 0.5 point Explications (non rédigées, phrases incomplètes) 0.5 point Citations + analyse* + interprétation** (non rédigées) 1.5 point
1.

C :


A :


I :


2.

C :


A :


I :


3.

C :


A :


I :


II. ...

Argument (une phrase complète) 0.5 point Explications (non rédigées, phrases incomplètes) 0.5 point Citations + analyse* + interprétation** (non rédigées) 1.5 point
1.

C :


A :


I :


2.

C :


A :


I :


3.

C :


A :


I :


Exemple de plan pour la réflexion littéraire

La dissertation est une forme rédigée de réflexion littéraire.

I. ...

Argument (une phrase complète) Explications (non rédigées, phrases incomplètes) Références précises / contexte / commentaire (non rédigées)
1.
2.
3.

II. ...

Argument (une phrase complète) Explications (non rédigées, phrases incomplètes) Références précises / contexte / commentaire (non rédigées)
1.
2.
3.

Atelier

Scénographies

Invention

Imaginez une scénographie possible soit sous forme d'esquisse, soit sous forme de maquette, en vous inspirant des exemples ci-contre.

Vos choix seront justifiés.

Marguerite Rousseau, projet de scénographie pour Intérieur, de Maurice Maeterlinck, 1999-2001.

Marguerite Rousseau, projet de scénographie pour Homme et galant homme, de Eduardo de Filippo, 1999-2001.

Adolphe Appia, scénographie pour Orphée et Euridyce de Glück, Hellerau, 1912.

Lucio Fanti, scénographie pour En attendant Godot de Samuel Beckett, Théâtre de Gennevilliers, 2002.

Samuel Poncet, scénographie pour La Leçon de Ionesco, TNP de Villeurbanne, 2014.

Jacques Gabel, scénographie pour Chat en poche, Théâtre Le Quai, Angers, 2015.

Fiche

Suggestions de lecture

Les livres suivants sont en général assez courts, très variés, et agréables à lire.

XVI XVII XVIII XIX XX XXI