L'Ecole des Femmes

Objet d'étude : La tragédie et la comédie au XVIIème siècle : le classicisme

Problématique générale : L'école des femmes, farce triviale ou grande comédie ?

Support : Molière, L'école des femmes, éd. Pocket.

Séance 01

Le contexte

Cette séance est consacrée à situer la pièce étudiée dans son contexte

Observation

D'après les titres des pièces, quels sont les thèmes récurrents dans les pièces de Molière ?

Pistes

1659 : Les Précieuses ridicules

1660 : Sganarelle ou le cocu imaginaire

1661 : L'Ecole des maris

1662 : L'Ecole des femmes

1664 : Le Tartuffe

1665 : Dom Juan

1666 : Le Misanthrope

1668 : George Dandin

1668 : L'Avare

1669 : Monsieur de Pourceaugnac

1670 : Le Bourgeois Gentilhomme

1671 : Les Fourberies de Scapin

1672 : Les Femmes savantes

1673 : Le Malade imaginaire

Séance 02

L'éducation des filles

Cette séance est consacrée à une étude comparée de deux mises en scène

Notion : Les moments de l'action dramatique

Observation

Comparez les deux mises en scène suivantes.

Pistes

L'Ecole des femmes, I, 1, mise en scène de J. Lasalle, Théâtre de l'Athénée, Paris, 2001 (9'-14') L'Ecole des femmes, I, 1, mise en scène de D. Bezace, festival d'Avignon, 2001 (10'-15')

Corpus

1. Comment ces jeunes filles sont-elles traitées par leur entourage ?

2. Comment réagissent-elles ? Comment vivent-elles leur situation ?

Pistes

Document A

Dans L'Ecole des femmes, Molière met en scène un homme qui, par crainte que son épouse ne le trompe, fait élever dans la plus complète ignorance celle qu'il veut épouser.

Chrysalde.

Je ne vous dis plus mot.

Arnolphe.

Chacun a sa méthode.

En femme, comme en tout, je veux suivre ma mode.

Je me vois riche assez pour pouvoir, que je croi,

Choisir une moitié qui tienne tout de moi,

Et de qui la soumise et pleine dépendance

N'ait à me reprocher aucun bien ni naissance.

Un air doux et posé, parmi d'autres enfants,

M'inspira de l'amour pour elle dès quatre ans ;

Sa mère se trouvant de pauvreté pressée,

De la lui demander il me vint la pensée ;

Et la bonne paysanne, apprenant mon désir,

À s'ôter cette charge eut beaucoup de plaisir.

Dans un petit couvent, loin de toute pratique,

Je la fis élever selon ma politique,

C'est-à-dire ordonnant quels soins on emploirait

Pour la rendre idiote autant qu'il se pourrait.

Dieu merci, le succès a suivi mon attente ;

Et grande, je l'ai vue à tel point innocente,

Que j'ai béni le Ciel d'avoir trouvé mon fait,

Pour me faire une femme au gré de mon souhait.

Je l'ai donc retirée ; et comme ma demeure

À cent sortes de monde est ouverte à toute heure,

Je l'ai mise à l'écart, comme il faut tout prévoir,

Dans cette autre maison où nul ne me vient voir ;

Et pour ne point gâter sa bonté naturelle,

Je n'y tiens que des gens tout aussi simples qu'elle.

Vous me direz : Pourquoi cette narration ?

C'est pour vous rendre instruit de ma précaution.

Le résultat de tout est qu'en ami fidèle

Ce soir je vous invite à souper avec elle ;

Je veux que vous puissiez un peu l'examiner,

Et voir si de mon choix on me doit condamner.

Chrysalde.

J'y consens.

Arnolphe.

Vous pourrez, dans cette conférence,

Juger de sa personne et de son innocence.

Chrysalde.

Pour cet article-là, ce que vous m'avez dit

Ne peut...

Arnolphe.

La vérité passe encor mon récit.

Dans ses simplicités à tous coups je l'admire,

Et parfois elle en dit dont je pâme de rire.

L'autre jour (pourrait-on se le persuader ?),

Elle était fort en peine, et me vint demander,

Avec une innocence à nulle autre pareille,

Si les enfants qu'on fait se faisaient par l'oreille.

Molière, L'Ecole des femmes, 1662.

Document B

Fénelon, homme d'église, est l'auteur d'un Traité de l'éducation des filles dans lequel il prend position en faveur d'une plus grande attention quant à l'instruction des femmes.

Rien n'est plus négligé que l'éducation des filles. La coutume et le caprice des mères y décident souvent de tout: on suppose qu'on doit donner à ce sexe peu d'instruction. L'éducation des garçons passe pour une des principales affaires par rapport au bien public; et quoiqu'on n'y fasse guère moins de fautes que dans celle des filles, du moins on est persuadé qu'il faut beaucoup de lumières pour y réussir. Les plus habiles gens se sont appliqués à donner des règles dans cette matière. Combien voit-on de maîtres et de collèges! combien de dépenses pour des impressions de livres, pour des recherches de sciences, pour des méthodes d'apprendre les langues, pour le choix des professeurs! Tous ces grands préparatifs ont souvent plus d'apparence que de solidité; mais enfin ils marquent la haute idée qu'on a de l'éducation des garçons. Pour les filles, dit-on, il ne faut pas qu'elles soient savantes, la curiosité les rend vaines et précieuses; il suffit qu'elles sachent gouverner un jour leurs ménages, et obéir à leurs maris sans raisonner. On ne manque pas de se servir de l'expérience qu'on a de beaucoup de femmes que la science a rendues ridicules: après quoi on se croit en droit d'abandonner aveuglément les filles à la conduite des mères ignorantes et indiscrètes.

Il est vrai qu'il faut craindre de faire des savantes ridicules. Les femmes ont d'ordinaire l'esprit encore plus faible et plus curieux que les hommes; aussi n'est-il point à propos de les engager dans des études dont elles pourraient s'entêter. Elles ne doivent ni gouverner l'Etat, ni faire la guerre, ni entrer dans le ministère des choses sacrées; ainsi elles peuvent se passer de certaines connaissances étendues, qui appartiennent à la politique, à l'art militaire, à la jurisprudence, à la philosophie et à la théologie. La plupart même des arts mécaniques ne leur conviennent pas: elles sont faites pour des exercices modérés. Leur corps aussi bien que leur esprit, est moins fort et moins robuste que celui des hommes; en revanche, la nature leur a donné en partage l'industrie, la propreté et l'économie, pour les occuper tranquillement dans leurs maisons.

Mais que s'ensuit-il de la faiblesse naturelle des femmes? Plus elles sont faibles, plus il est important de les fortifier. N'ont-elles pas des devoirs à remplir, mais des devoirs qui sont les fondements de toute la vie humaine? Ne sont-ce pas les femmes qui ruinent ou qui soutiennent les maisons, qui règlent tout le détail des choses domestiques, et qui, par conséquent, décident de ce qui touche de plus près à tout le genre humain? Par là, elles ont la principale part aux bonnes ou aux mauvaises moeurs de presque tout le monde. Une femme judicieuse, appliquée, et pleine de religion, est l'âme de toute une grande maison; elle y met l'ordre pour les biens temporels et pour le salut. Les hommes mêmes, qui ont toute l'autorité en public, ne peuvent par leurs délibérations établir aucun bien effectif, si les femmes ne leur aident à l'exécuter.

Fénelon, De l'éducation des filles, 1681.

Document C

Les Liaisons dangereuses est un roman épistolaire qui raconte les manoeuvres de deux libertins pour séduire et corrompre des jeunes gens innocents. Le livre commence par la lettre d'une jeune fille élevée au couvent.

Cécile Volanges à Sophie Carnay, aux Ursulines de…

Tu vois, ma bonne amie, que je te tiens parole, et que les bonnets et les pompons ne prennent pas tout mon temps ; il m'en restera toujours pour toi. J'ai pourtant vu plus de parures dans cette seule journée que dans les quatre ans que nous avons passés ensemble, et je crois que la superbe Tanville aura plus de chagrin à ma première visite, où je compte bien la demander, qu'elle n'a cru nous en faire toutes les fois qu'elle est venue nous voir dans son in fiocchi. Maman m'a consultée sur tout, et elle me traite beaucoup moins en pensionnaire que par le passé. J'ai une femme de chambre à moi ; j'ai une chambre et un cabinet dont je dispose, et je t'écris à un secrétaire très joli, dont on m'a remis la clef, et où je peux renfermer tout ce que je veux. Maman m'a dit que je la verrais tous les jours à son lever ; qu'il suffisait que je fusse coiffée pour dîner, parce que nous serions toujours seules, et qu'alors elle me dirait chaque jour l'heure où je devrais l'aller joindre l'après-midi. Le reste du temps est à ma disposition, et j'ai ma harpe, mon dessin, et des livres comme au couvent ; si ce n'est que la mère Perpétue n'est pas là pour me gronder, et qu'il ne tiendrait qu'à moi d'être toujours sans rien faire : mais comme je n'ai pas ma Sophie pour causer ou pour rire, j'aime autant m'occuper.

Il n'est pas encore cinq heures, et je ne dois aller retrouver maman qu'à sept : voilà bien du temps, si j'avais quelque chose à te dire ! Mais on ne m'a encore parlé de rien ; et sans les apprêts que je vois faire, et la quantité d'ouvrières qui viennent toutes pour moi, je croirais qu'on ne songe pas à me marier, et que c'est un radotage de plus de la bonne Joséphine. Cependant maman m'a dit si souvent qu'une demoiselle devait rester au couvent jusqu'à ce qu'elle se mariât, que puisqu'elle m'en fait sortir, il faut bien que Joséphine ait raison.

Il vient d'arrêter un carrosse à la porte, et maman me fait dire de passer chez elle, tout de suite. Si c'était le monsieur ? Je ne suis pas habillée, la main me tremble et le cœur me bat. J'ai demandé à ma femme de chambre si elle savait qui était chez ma mère : Vraiment, m'a-t-elle dit, c'est M. Ch.** Et elle riait ! Oh ! je crois que c'est lui. Je reviendrai sûrement te raconter ce qui se sera passé. Voilà toujours son nom. Il ne faut pas se faire attendre. Adieu, jusqu'à un petit moment.

Comme tu vas te moquer de la pauvre Cécile ! Oh ! j'ai été bien honteuse ! Mais tu y aurais été attrapée comme moi. En entrant chez maman, j'ai vu un monsieur en noir, debout auprès d'elle. Je l'ai salué du mieux que j'ai pu, et je suis restée sans pouvoir bouger de ma place. Tu juges combien je l'examinais ! Madame, a-t-il dit à ma mère, en me saluant, voilà une charmante demoiselle, et je sens mieux que jamais le prix de vos bontés. À ce propos si positif, il m'a pris un tremblement, tel que je ne pouvais me soutenir ; j'ai trouvé un fauteuil, et je m'y suis assise, bien rouge et bien déconcertée. J'y étais à peine, que voilà cet homme à mes genoux. Ta pauvre Cécile alors a perdu la tête ; j'étais, comme a dit maman, tout effarouchée. Je me suis levée en jetant un cri perçant… tiens, comme ce jour du tonnerre. Maman est partie d'un éclat de rire, en me disant : "Eh bien ! qu'avez-vous ? Asseyez-vous, et donnez votre pied à monsieur." En effet, ma chère amie, le monsieur était un cordonnier. Je ne peux te rendre combien j'ai été honteuse : par bonheur il n'y avait que maman. Je crois que, quand je serai mariée, je ne me servirai plus de ce cordonnier-là. Ce récit est bien différent de celui que je comptais te faire.

Conviens que nous voilà bien savantes ! Adieu. Il est près de six heures, et ma femme de chambre dit qu'il faut que je m'habille. Adieu, ma chère Sophie ; je t'aime comme si j'étais encore au couvent.

P.S : Je ne sais par qui envoyer ma lettre : ainsi j'attendrai que Joséphine vienne.

Paris, ce 3 août 17…

C. de Laclos, Les Liaisons dangereuses, I, 1782.

Les Liaisons dangereuses est un roman épistolaire. À travers les lettres que s'échangent la marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont, le lecteur découvre les manoeuvres des deux libertins. Dans cette lettre, la marquise explique la formation de son caractère et de sa pensée.

Mais moi, qu'ai-je de commun avec ces femmes inconsidérées1 ? Quand m'avez-vous vue m'écarter des règles que je me suis prescrites et manquer à mes principes ? je dis mes principes, et je le dis à dessein : car ils ne sont pas, comme ceux des autres femmes, donnés au hasard, reçus sans examen et suivis par habitude ; ils sont le fruit de mes profondes réflexions ; je les ai créés, et je puis dire que je suis mon ouvrage.

Entrée dans le monde dans le temps où, fille encore, j'étais vouée par état au silence et à l'inaction, j'ai su en profiter pour observer et réfléchir. Tandis qu'on me croyait étourdie ou distraite, écoutant peu à la vérité les discours qu'on s'empressait de me tenir, je recueillais avec soin ceux qu'on cherchait à me cacher. [...]

Cette utile curiosité, en servant à m'instruire, m'apprit encore à dissimuler : forcée souvent de cacher les objets de mon attention aux yeux qui m'entouraient, j'essayai de guider les miens à mon gré ; j'obtins dès lors de prendre à volonté ce regard distrait que depuis vous avez loué si souvent. Encouragée par ce premier succès, je tâchai de régler de même les divers mouvements de ma figure. Ressentais-je quelque chagrin, je m'étudiais à prendre l'air de la sécurité, même celui de la joie ; j'ai porté le zèle jusqu'à me causer des douleurs volontaires, pour chercher pendant ce temps l'expression du plaisir. Je me suis travaillée avec le même soin et plus de peine pour réprimer les symptômes d'une joie inattendue. C'est ainsi que j'ai su prendre sur ma physionomie cette puissance dont je vous ai vu quelquefois si étonné.

J'étais bien jeune encore, et presque sans intérêt : mais je n'avais à moi que ma pensée, et je m'indignais qu'on pût me la ravir ou me la surprendre contre ma volonté. Munie de ces premières armes, j'en essayai l'usage : non contente de ne plus me laisser pénétrer, je m'amusais à me montrer sous des formes différentes ; sûre de mes gestes, j'observais mes discours ; je réglais les uns et les autres, suivant les circonstances, ou même seulement suivant mes fantaisies : dès ce moment, ma façon de penser fut pour moi seule, et je ne montrai plus que celle qu'il m'était utile de laisser voir.

Ce travail sur moi-même avait fixé mon attention sur l'expression des figures et le caractère des physionomies ; et j'y gagnai ce coup d'œil pénétrant, auquel l'expérience m'a pourtant appris à ne pas me fier entièrement ; mais qui, en tout, m'a rarement trompée.

Je n'avais pas quinze ans, je possédais déjà les talents auxquels la plus grande partie de nos politiques doivent leur réputation, et je ne me trouvais encore qu'aux premiers éléments de la science que je voulais acquérir.

Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, lettre 81, 1782.

Document C

Évoquant sa jeunesse et son éducation, Simone de Beauvoir se souvient du moment où ses études supérieures l'éloignent de ses parents, incapables de la comprendre.

Même avec mon père, je renonçai à discuter ; je n'avais pas la moindre chance d'influencer ses opinions, mes arguments s'écrasaient contre un mur : une fois pour toutes, et aussi radicalement que ma mère, il m'avait donné tort ; il ne cherchait même plus à me convaincre, mais seulement à me prendre en faute. Les conversations les plus innocentes recelaient des pièges ; mes parents traduisaient mes propos dans leur idiome et m'imputaient des idées qui n'avaient rien de commun avec les miennes [...]. Dès que j'ouvrais la bouche, je donnais barre sur moi, et on m'enfermait à nouveau dans ce monde dont j'avais mis des années à m'évader, où chaque chose a sans équivoque son nom, sa place, sa fonction, où la haine et l'amour, le mal et le bien sont aussi tranchés que le noir et le blanc, où d'avance tout est classé, catalogué, connu, compris et irrémédiablement jugé, ce monde aux arêtes coupantes, baigné d'une implacable lumière, que n'effleure jamais l'ombre d'un doute. Je préférais garder le silence. Seulement mes parents ne s'en accommodaient pas, ils me traitaient d'ingrate. J'avais le cœur beaucoup moins sec que mon père ne le croyait et je me désolais ; le soir dans mon lit je pleurais ; il m'arriva même d'éclater en sanglots sous leurs yeux ; ils s'en offusquèrent et me reprochèrent de plus belle mon ingratitude. J'envisageai une parade : faire des réponses apaisantes, mentir ; je m'y résignai mal : il me semblait me trahir moi-même. Je décidai de "dire la vérité, mais brutalement, sans commentaires" : ainsi éviterais-je à la fois de travestir ma pensée et de la livrer. Ce n'était guère adroit, car je scandalisais mes parents sans calmer leur curiosité. En fait, il n'existait pas de solution, j'étais coincée ; mes parents ne pouvaient supporter ni ce que j'avais à leur dire, ni mon mutisme ; quand je me risquais à leur en donner, mes explications les atterraient. "Tu vois la vie à côté, la vie n'est pas si compliquée", disait ma mère. Mais si je rentrais dans ma coquille, mon père se lamentait : je me desséchais, je n'étais plus qu'un cerveau. On parlait de m'envoyer à l'étranger, on demandait des conseils à la ronde, on s'affolait. J'essayais de me blinder ; je m'exhortais à ne plus craindre le blâme, le ridicule, ni les malentendus : peu importait l'opinion qu'on avait de moi, ni qu'elle fût ou non fondée. Quand j'atteignais à cette indifférence, je pouvais rire sans en avoir envie et approuver tout ce qui se disait. Mais alors je me sentais radicalement coupée d'autrui ; je regardai dans la glace celle que leurs yeux voyaient : ce n'était pas moi ; moi, j'étais absente ; absente de partout ; où me retrouver ? Je m'égarais. "Vivre, c'est mentir", me disais-je avec accablement.

Simone de Beauvoir, Mémoires d'une jeune fille rangée, Gallimard, 1958.

Document D

Beaucoup de peintres hollandais ont mis en scène les leçons de musique comme des moments de séduction. Derrière du maître de musique, le tableau au fond représente Cupidon, mettant en garde les amants. La cage sur le mur à gauche est un ajout postérieur.

J. Vermeer, La leçon de musique interrompue, vers 1660.

Séance 03

Une scène de farce

Cette séance est consacrée à l'étude des différentes formes de comédie

Oral

Indications de mise en scène

Donnez les indications nécessaires à la mise en scène de I, 2.

Vous veillerez à proposer

  • un plan de scène indiquant disposition du décor et déplacements des personnages
  • des indications précises quant au jeu des acteurs, aux jeux de scène, etc.

Pistes

Observation

Une scène de farce (13'45-17'15)

Notion

Les formes de comique ; les formes de comédie ; la commedia dell'arte

Séance 04

Le quiproquo

Cette séance est consacrée à l'étude d'un procédé comique

Oral

1. Quelle est l'origine et la définition du mot 'quiproquo'?

2. Proposez un exemple de quiproquo.

Quiproquo : méprise qui fait qu'on prend une personne ou une chose pour une autre.

Pistes

Recherche

1. En quoi consiste le malentendu dans chacun de ces documents ?

2. Quel est l'effet produit ?

Sur le dernier document :

1. En quoi consiste selon l'auteur le principe du quiproquo ?

2. Quel document ne fonctionne pas selon ce principe ?

Prolongement

Etudiez la scène de confidence de L'Ecole des femmes (document A).

Vous montrerez

- comment ce dialogue complète l'exposition

- en quoi ce récit est comique

Document A

Arnolphe est un bourgeois, qui se fait désormais appeler Monsieur de la Souche. Pour s'assurer de n'être jamais trompé, Arnolphe fait élever une jeune fille à l'écart de tous. Près de la maison de campagne où il retient la jeune fille, il rencontre Horace, le fils d'un vieil ami, qu'il n'a pas vu depuis des années.

Horace.

À ne vous rien cacher de la vérité pure,

J'ai d'amour en ces lieux eu certaine aventure,

Et l'amitié m'oblige à vous en faire part.

Arnolphe.

Bon ! voici de nouveau quelque conte gaillard ;

Et ce sera de quoi mettre sur mes tablettes.

Horace.

Mais, de grâce, qu'au moins ces choses soient secrètes.

Arnolphe.

Oh !

Horace.

Vous n'ignorez pas qu'en ces occasions

Un secret éventé rompt nos prétentions.

Horace.

Je vous avouerai donc avec pleine franchise

Qu'ici d'une beauté mon âme s'est éprise.

Mes petits soins d'abord ont eu tant de succès,

Que je me suis chez elle ouvert un doux accès ;

Et sans trop me vanter ni lui faire une injure,

Mes affaires y sont en fort bonne posture.

Arnolphe, riant.

Et c'est ?

Horace, lui montrant le logis d'Agnès.

Un jeune objet qui loge en ce logis

Dont vous voyez d'ici que les murs sont rougis ;

Simple, à la vérité, par l'erreur sans seconde

D'un homme qui la cache au commerce du monde,

Mais qui, dans l'ignorance où l'on veut l'asservir,

Fait briller des attraits capables de ravir ;

Un air tout engageant, je ne sais quoi de tendre,

Dont il n'est point de cœur qui se puisse défendre.

Mais peut-être il n'est pas que vous n'ayez bien vu

Ce jeune astre d'amour de tant d'attraits pourvu :

C'est Agnès qu'on l'appelle.

Arnolphe, à part.

Ah ! je crève !

Horace.

Pour l'homme,

C'est, je crois, de la Zousse ou Souche qu'on le nomme :

Je ne me suis pas fort arrêté sur le nom ;

Riche, à ce qu'on m'a dit, mais des plus sensés, non ;

Et l'on m'en a parlé comme d'un ridicule.

Le connaissez-vous point ?

Arnolphe, à part.

La fâcheuse pilule !

Horace.

Eh ! vous ne dites mot ?

Arnolphe.

Eh ! oui, je le connoi.

Horace.

C'est un fou, n'est-ce pas ?

Arnolphe.

Eh...

Horace.

Qu'en dites-vous ? quoi ?

Eh ? c'est-à-dire oui ? Jaloux à faire rire ?

Sot ? Je vois qu'il en est ce que l'on m'a pu dire.

Enfin l'aimable Agnès a su m'assujettir.

C'est un joli bijou, pour ne point vous mentir ;

Et ce serait péché qu'une beauté si rare

Fût laissée au pouvoir de cet homme bizarre.

Horace

Il le faut avouer, l'amour est un grand maître :

Ce qu'on ne fut jamais il nous enseigne à l'être ; [...]

Et souvent de nos mœurs l'absolu changement

Devient, par ses leçons, l'ouvrage d'un moment ;

De la nature, en nous, il force les obstacles,

Et ses effets soudains ont de l'air des miracles ;

D'un avare à l'instant il fait un libéral,

Un vaillant d'un poltron, un civil d'un brutal ;

Il rend agile à tout l'âme la plus pesante,

Et donne de l'esprit à la plus innocente.

Oui, ce dernier miracle éclate dans Agnès ;

Car, tranchant avec moi par ces termes exprès :

"Retirez-vous : mon âme aux visites renonce ;

Je sais tous vos discours, et voilà ma réponse,"

Cette pierre ou ce grès dont vous vous étonniez

Avec un mot de lettre est tombée à mes pieds ;

Et j'admire de voir cette lettre ajustée

Avec le sens des mots et la pierre jetée.

D'une telle action n'êtes-vous pas surpris ?

L'amour sait-il pas l'art d'aiguiser les esprits ? [...]

Trouvez-vous pas plaisant de voir quel personnage

A joué mon jaloux dans tout ce badinage ?

Dites.

Arnolphe.

Oui, fort plaisant.

Horace.

(Arnolphe rit d'un ris forcé.)

Riez-en donc un peu.

Cet homme, gendarmé d'abord contre mon feu,

Qui chez lui se retranche, et de grès fait parade,

Comme si j'y voulois entrer par escalade ; [...]

Pour moi, je vous l'avoue, encor que son retour

En un grand embarras jette ici mon amour,

Je tiens cela plaisant autant qu'on saurait dire,

Je ne puis y songer sans de bon cœur en rire :

Et vous n'en riez pas assez, à mon avis.

Arnolphe, avec un ris forcé.

Pardonnez-moi, j'en ris tout autant que je puis.

Horace.

Mais il faut qu'en ami je vous montre la lettre.

Tout ce que son cœur sent, sa main a su l'y mettre,

Mais en termes touchants et tous pleins de bonté,

De tendresse innocente et d'ingénuité,

De la manière enfin que la pure nature

Exprime de l'amour la première blessure.

Arnolphe, bas.

Voilà, friponne, à quoi l'écriture te sert ;

Et contre mon dessein l'art t'en fut découvert.

Horace lit.

"Je veux vous écrire, et je suis bien en peine par où je m'y prendrai. J'ai des pensées que je désirerais que vous sussiez ; mais je ne sais comment faire pour vous les dire, et je me défie de mes paroles. Comme je commence à connaître qu'on m'a toujours tenue dans l'ignorance, j'ai peur de mettre quelque chose qui ne soit pas bien, et d'en dire plus que je ne devrais. En vérité, je ne sais ce que vous m'avez fait ; mais je sens que je suis fâchée à mourir de ce qu'on me fait faire contre vous, que j'aurai toutes les peines du monde à me passer de vous, et que je serais bien aise d'être à vous. Peut-être qu'il y a du mal à dire cela ; mais enfin je ne puis m'empêcher de le dire, et je voudrais que cela se pût faire sans qu'il y en eût. On me dit fort que tous les jeunes hommes sont des trompeurs, qu'il ne les faut point écouter, et que tout ce que vous me dites n'est que pour m'abuser ; mais je vous assure que je n'ai pu encore me figurer cela de vous, et je suis si touchée de vos paroles, que je ne saurais croire qu'elles soient menteuses. Dites-moi franchement ce qui en est ; car enfin, comme je suis sans malice, vous auriez le plus grand tort du monde, si vous me trompiez ; et je pense que j'en mourrais de déplaisir."

Arnolphe.

Hon ! chienne !

Horace.

Qu'avez-vous ?

Arnolphe.

Moi ? rien. C'est que je tousse.

Molière, L'Ecole des femmes, I, 4, 1662.

Document B

Lorsqu'Agamemnon, roi des grecs, tente de lancer la flotte grecque vers les côtes de Troie, les vents restent défavorables. Calchas le devin révèle que seule la mort de sa fille Iphigénie apaisera la colère d'Artémis qu'il a autrefois offensée. Agammemnon fait donc venir sa fille, mais ne lui révèle pas tout de suite pour quelle raison.

Iphigénie

Seigneur, où courez-vous ? et quels empressements

Vous dérobent sitôt à nos embrassements ? [...]

À qui dois-je imputer cette fuite soudaine ?

Mon respect a fait place aux transports de la reine ;

Un moment à mon tour ne vous puis-je arrêter ?

Et ma joie à vos yeux n'ose-t-elle éclater ?

Ne puis-je...

Agamemnon

Eh bien, ma fille, embrassez votre père ;

Il vous aime toujours.

Iphigénie

Que cette amour m'est chère !

Quel plaisir de vous voir et de vous contempler

Dans ce nouvel éclat dont je vous vois briller !

Quels honneurs ! Quel pouvoir ! Déjà la renommée

Par d'étonnants récits m'en avait informée ;

Mais que voyant de près ce spectacle charmant,

Je sens croître ma joie et mon étonnement !

Dieux ! avec quel amour la Grèce vous révère !

Quel bonheur de me voir la fille d'un tel père !

Agamemnon

Vous méritiez, ma fille, un père plus heureux.

Iphigénie

Quelle félicité peut manquer à vos vœux ? [...]

À de plus grands honneurs un roi peut-il prétendre ?

J'ai cru n'avoir au ciel que des grâces à rendre.

Agamemnon

Grands dieux ! à son malheur dois-je la préparer ?

Iphigénie

Vous vous cachez, Seigneur, et semblez soupirer ;

Tous vos regards sur moi ne tombent qu'avec peine.

Avons-nous sans votre ordre abandonné Mycène ?

Agamemnon

Ma fille, je vous vois toujours des mêmes yeux ;

Mais les temps sont changés, aussi bien que les lieux.

D'un soin cruel ma joie est ici combattue.

Iphigénie

Hé ! mon père, oubliez votre rang à ma vue,

Je prévois la rigueur d'un long éloignement.

N'osez-vous sans rougir être père un moment ? [...]

Vous n'avez devant vous qu'une jeune princesse

À qui j'avais pour moi vanté votre tendresse.

Cent fois lui promettant mes soins, votre bonté,

J'ai fait gloire à ses yeux de ma félicité.

Que va-t-elle penser de votre indifférence ?

Ai-je flatté ses vœux d'une fausse espérance ?

N'éclaircirez-vous point ce front chargé d'ennuis ?

Agamemnon

Ah ! ma fille !

Iphigénie

Seigneur, poursuivez.

Agamemnon

Je ne puis. [...]

Iphigénie

Périsse le Troyen auteur de nos alarmes !

Agamemnon

Sa perte à ses vainqueurs coûtera bien des larmes.

Iphigénie

Les dieux daignent surtout prendre soin de vos jours !

Agamemnon

Les dieux depuis un temps me sont cruels et sourds.

Iphigénie

Calchas, dit-on, prépare un pompeux sacrifice ?

Agamemnon

Puissé-je auparavant fléchir leur injustice !

Iphigénie

L'offrira-t-on bientôt ?

Agamemnon

Plus tôt que je ne veux.

Iphigénie

Me sera-t-il permis de me joindre à vos vœux ?

Verra-t-on à l'autel votre heureuse famille ?

Agamemnon

Hélas !

Iphigénie

Vous vous taisez !

Agamemnon

Vous y serez, ma fille.

Adieu.

J. Racine, Iphigénie, II, 2, 1674.

Document C

M. et Mme Smith ont une discussion sur le cas de la veuve de Bobby Watson, mort deux ans auparavant.

Mme Smith. – C'est triste pour elle d'être demeurée veuve si jeune.

M. Smith. – Heureusement qu'ils n'ont pas eu d'enfants.

Mme Smith. – Il ne leur manquait plus que cela ! Des enfants ! Pauvre femme, qu'est-ce qu'elle en aurait fait !

M. Smith. – Elle est encore jeune. Elle peut très bien se remarier. Le deuil lui va si bien.

Mme Smith. – Mais qui prendra soin des enfants ? Tu sais bien qu'ils ont un garçon et une fille. Comment s'appellent-ils ?

M. Smith. – Bobby et Bobby comme leurs parents. L'oncle de Bobby Watson, le vieux Bobby Watson est riche et il aime le garçon. Il pourrait très bien se charger de l'éducation de Bobby.

Mme Smith. – Ce serait naturel. Et la tante de Bobby Watson, la vieille Bobby Watson pourrait très bien, à son tour, se charger de l'éducation de Bobby Watson, la fille de Bobby Watson. Comme ça, la maman de Bobby Watson, Bobby, pourrait se remarier. Elle a quelqu'un en vue ?

M. Smith. – Oui, un cousin de Bobby Watson.

Mme Smith. – Qui ? Bobby Watson ?

M. Smith. – De quel Bobby Watson parles-tu ?

Mme Smith. – De Bobby Watson, le fils du vieux Bobby Watson l'autre oncle de Bobby Watson, le mort.

M. Smith. – Non, ce n'est pas celui-là, c'est un autre. C'est Bobby Watson, le fils de la vieille Bobby Watson la tante de Bobby Watson, le mort.

Mme Smith. – Tu veux parler de Bobby Watson, le commis-voyageur ?

M. Smith. – Tous les Bobby Watson sont commis-voyageurs.

E. Ionesco, La Cantatrice chauve, 1, 1950.

Document D

Dans La Mort aux trousses, le publicitaire Roger Thornhill est confondu avec George Kaplan et poursuivi par des espions étrangers.

A. Hitchcock, La Mort aux trousses, 1959.

Dans son ouvrage sur le rire, le philosophe H. Bergson propose une réflexion sur le principe du quiproquo.

Mais nous avons assez parlé de la répétition et de l'inversion. Nous arrivons à l'interférence des séries. C'est un effet comique dont il est difficile de dégager la formule, à cause de l'extraordinaire variété des formes sous lesquelles il se présente au théâtre. Voici peut-être comme il faudrait le définir : Une situation est toujours comique quand elle appartient en même temps à deux séries d'événements absolument indépendantes, et qu'elle peut s'interpréter à la fois dans deux sens tout différents.

On pensera aussitôt au quiproquo. Et le quiproquo est bien en effet une situation qui présente en même temps deux sens différents, l'un simplement possible, celui que les acteurs lui prêtent, l'autre réel, celui que le public lui donne. Nous apercevons le sens réel de la situation, parce qu'on a eu soin de nous en montrer toutes les faces ; mais les acteurs ne connaissent chacun que l'une d'elles : de là leur méprise, de là le jugement faux qu'ils portent sur ce qu'on fait autour d'eux comme aussi sur ce qu'ils font eux-mêmes. Nous allons de ce jugement faux au jugement vrai ; nous oscillons entre le sens possible et le sens réel ; et c'est ce balancement de notre esprit entre deux interprétations opposées qui apparaît d'abord dans l'amusement que le quiproquo nous donne. On comprend que certains philosophes aient été sur­tout frappés de ce balancement, et que quelques-uns aient vu l'essence même du comique dans un choc, ou dans une superposition, de deux jugements qui se contredisent. Mais leur définition est loin de convenir à tous les cas ; et, là même où elle convient, elle ne définit pas le principe du comique, mais seulement une de ses conséquences plus ou moins lointaines. Il est aisé de voir, en effet, que le quiproquo théâtral n'est que le cas particulier d'un phé­nomène plus général, l'interférence des séries indépendantes, et que d'ailleurs le quiproquo n'est pas risible par lui-même, mais seulement comme signe d'une interférence de séries.

H. Bergson, Le Rire, Essai sur la signification du comique, éd. PUF, 1900.

Séance 05

Une scène scandaleuse

Cette séance est destinée à étudier une scène comique et provocante de L'Ecole des femmes

Oral

Lecture à deux voix

Sur la scène 5 de l'acte II, de "Outre tous ces discours..." à "... je veux bien qu'on m'affronte." et de "Oui. C'est un grand plaisir que toutes ces tendresses..." à "vous rompiez tout commerce".

Lisez la scène à deux voix, en vous efforçant de souligner le comique de la scène.

Pistes

Recherche

1. En quoi cette scène est-elle comique ?

2. Montrez que la jeune fille commence à s'émanciper.

Prolongement

1. Mécène des arts, un grand seigneur de la cour souhaite accorder une pension à un jeune dramaturge prometteur. Mais il hésite entre un auteur de comédies, et un auteur de tragédies. Il demande leur avis à deux de ses amis : quelles sont les oeuvres les plus dignes d'être soutenues ?

2. Comparant la tragédie et la comédie, Molière affirme, dans la Critique de l'Ecole des femmes : "La tragédie, sans doute, est quelque chose de beau quand elle est bien touchée ; mais la comédie a ses charmes, et je tiens que l'une n'est pas moins difficile à faire que l'autre." Pensez-vous, comme Molière, qu'une bonne comédie est plus difficile à faire et plus riche qu'une bonne tragédie ?

Séance 06

Une "précaution inutile"

Recherche

1. Combien de temps dure l'action de la pièce ? Où se déroule-t-elle ?

2. La pièce est inspirée d'une nouvelle de P. Scarron intitulée La Précaution inutile. Comment la construction de la pièce illustre-t-elle cette idée de "la précaution inutile" ?

3. Que pensez-vous du caractère d'Arnolphe ? d'Agnès ?

Pistes

Observation

Commentez les scénographies suivantes.

Notion : Le classicisme

Mise en scène de J. Lasalle, Théâtre de l'Athénée, Paris, 2001 (reprise du décor imaginé par C. Bérard pour la mise en scène de L. Jouvet en 1936).

Mise en scène d'Eric Vigner à la Comédie-Française, Paris, 1999.

Mise en scène de D. Bezace, festival d'Avignon, 2001.

Mise en scène de J. Liermier, Théâtre d'Angoulême, 2011.

Séance 07

Deux sermons

Cette séance est consacrée à l'étude d'un corpus

Lecture

Analyse

1. Identifiez, dans le corpus, les caractéristiques du genre du sermon.

2. Quel est la visée de chacun de ces sermons ?

Pistes

Recherche

Vous commenterez l'extrait de L'Ecole des femmes, en vous appuyant sur le parcours de lecture suivant :

- la conception du mariage que développe Arnolphe

- une scène comique et provocatrice

Notes

1. Pompe : déploiement de luxe, de splendeur. Dans le vocabulaire religieux, gloire du monde.

2. Substance : nature.

3. Recrue : croissance, renouvellement.

4. Subalterne : inférieur hiérarchiquement.

5. Fredaine : débauche.

6. Languir : dépérir.

7. Avilir : Affablir, corrompre.

8. Lettre d'Etat : lettre du roi qui attribue un bien ou un droit à quelqu'un.

9. Sédition : révolte.

10. Emotion : (ici) émeute, mouvement de foule.

6. Méphitique : dont l'exhalaison est toxique et puante.

7. Miasme : émanation, gaz putride, issu de substances en décomposition.

8. Fosse d'aisance : fosse destinée à recevoir les matières fécales.

9. Galetas : logement misérable et sordide.

10. Scrofule : lésion de la peau, des os, des ganglions ayant tendance à s'ouvrir.

Ophtalmie : Affection inflammatoire de l'oeil.

Idiotisme : Arriération mentale.

11. Filetier : artisan qui confectionne des filets de pêche.

12. Phtisique : atteint de phtisie (tuberculose pulmonaire).

Document A

Qu'est-ce que cent ans, qu'est-ce que mille ans, puisqu'un seul moment les efface ? Multipliez vos jours, comme les cerfs, que la fable ou l'histoire de la nature fait vivre durant tant de siècles ; durez autant que ces grands chênes sous lesquels nos ancêtres se sont reposés, et qui donneront encore de l'ombre à notre postérité ; entassez dans cet espace, qui paraît immense, honneurs, richesses, plaisirs : que vous profitera cet amas, puisque le dernier souffle de la mort, tout faible, tout languissant, abattra tout à coup cette vaine pompe1 avec la même facilité qu'un château de cartes, vain amusement des enfants ? Que vous servira d'avoir tant écrit dans ce livre, d'en avoir rempli toutes les pages de beaux caractères, puisque enfin une seule rature doit tout effacer ? Encore une rature laisserait-elle quelques traces du moins d'elle-même ; au lieu que ce dernier moment, qui effacera d'un seul trait toute votre vie, s'ira perdre lui-même, avec tout le reste, dans ce grand gouffre du néant. Il n'y aura plus sur la terre aucun vestige de ce que nous sommes : la chair changera de nature ; le corps prendra un autre nom. [...]

Qu'est-ce donc que ma substance2, ô grand Dieu ? J'entre dans la vie pour en sortir bientôt ; je viens me montrer comme les autres ; après, il faudra disparaître. Tout nous appelle à la mort : la nature, presque envieuse du bien qu'elle nous a fait, nous déclare souvent et nous fait signifier qu'elle ne peut pas nous laisser longtemps ce peu de matière qu'elle nous prête, qui ne doit pas demeurer dans les mêmes mains, et qui doit être éternellement dans le commerce : elle en a besoin pour d'autres formes, elle la redemande pour d'autres ouvrages. Cette recrue3 continuelle du genre humain, je veux dire les enfants qui naissent, à mesure qu'ils croissent et qu'ils s'avancent, semblent nous pousser de l'épaule, et nous dire : retirez-vous, c'est maintenant notre tour. Ainsi, comme nous en voyons passer d'autres devant nous, d'autres nous verront passer, qui doivent à leurs successeurs le même spectacle. ô Dieu ! Encore une fois, qu'est-ce que de nous ? Si je jette la vue devant moi, quel espace infini où je ne suis pas ! Si je la retourne en arrière, quelle suite effroyable où je ne suis plus ! Et que j'occupe peu de place dans cet abîme immense du temps ! Je ne suis rien : un si petit intervalle n'est pas capable de me distinguer du néant ; on ne m'a envoyé que pour faire nombre ; encore n'avait-on que faire de moi, et la pièce n'en aurait pas été moins jouée, quand je serais demeuré derrière le théâtre.

Bossuet, Sermon sur la mort, in Sermons du Carême du Louvre, 1662.

Document B

Le mariage, Agnès, n'est pas un badinage :

À d'austères devoirs le rang de femme engage,

Et vous n'y montez pas, à ce que je prétends,

Pour être libertine et prendre du bon temps.

Votre sexe n'est là que pour la dépendance :

Du côté de la barbe est la toute-puissance.

Bien qu'on soit deux moitiés de la société,

Ces deux moitiés pourtant n'ont point d'égalité :

L'une est moitié suprême et l'autre subalterne4 ;

L'une en tout est soumise à l'autre qui gouverne ;

Et ce que le soldat, dans son devoir instruit,

Montre d'obéissance au chef qui le conduit,

Le valet à son maître, un enfant à son père,

À son supérieur le moindre petit Frère,

N'approche point encor de la docilité,

Et de l'obéissance, et de l'humilité,

Et du profond respect où la femme doit être

Pour son mari, son chef, son seigneur et son maître.

Lorsqu'il jette sur elle un regard sérieux,

Son devoir aussitôt est de baisser les yeux,

Et de n'oser jamais le regarder en face

Que quand d'un doux regard il lui veut faire grâce.

C'est ce qu'entendent mal les femmes d'aujourd'hui ;

Mais ne vous gâtez pas sur l'exemple d'autrui.

Gardez-vous d'imiter ces coquettes vilaines

Dont par toute la ville on chante les fredaines5,

Et de vous laisser prendre aux assauts du malin,

C'est-à-dire d'ouïr aucun jeune blondin.

Songez qu'en vous faisant moitié de ma personne,

C'est mon honneur, Agnès, que je vous abandonne ;

Que cet honneur est tendre et se blesse de peu ;

Que sur un tel sujet il ne faut point de jeu ;

Et qu'il est aux enfers des chaudières bouillantes

Où l'on plonge à jamais les femmes mal vivantes.

Ce que je vous dis là ne sont pas des chansons ;

Et vous devez du cœur dévorer ces leçons.

Si votre âme les suit, et fuit d'être coquette,

Elle sera toujours, comme un lis, blanche et nette ;

Mais s'il faut qu'à l'honneur elle fasse un faux bond,

Elle deviendra lors noire comme un charbon ;

Vous paraîtrez à tous un objet effroyable,

Et vous irez un jour, vrai partage du diable,

Bouillir dans les enfers à toute éternité :

Dont vous veuille garder la céleste bonté !

Molière, L'Ecole des femmes, III, 2, 1662.

Document C

Fénelon, homme d'église, précepteur et écrivain, adresse de façon anonyme cette lettre à Madame de Maintenon, épouse secrète de Louis XIV. Il y dénonce l'état désastreux du royaume.

Cependant vos peuples, que vous devriez aimer comme vos enfants et qui ont été jusqu'ici si passionnés pour vous, meurent de faim. La culture des terres est presque abandonnée, les villes et la campagne se dépeuplent ; tous les métiers languissent2 et ne nourrissent plus les ouvriers. Tout commerce est anéanti. Par conséquent, vous avez détruit la moitié des forces réelles du dedans de votre Etat, pour faire et pour défendre de vaines conquêtes au dehors. Au lieu de tirer de l'argent de ce pauvre peuple, il faudrait lui faire l'aumône et le nourrir. La France entière n'est plus qu'un grand hôpital désolé et sans provision. Les magistrats sont avilis3 et épuisés. La noblesse, dont tout le bien est en décret, ne vit que de lettres d'Etat4. Vous êtes importuné de la foule des gens qui demandent et qui murmurent. C'est vous-même, Sire, qui vous êtes attiré tous ces embarras ; car, tout le royaume ayant été ruiné, vous avez tout entre vos mains, et personne ne peut plus vivre que de vos dons. Voilà ce grand royaume si florissant sous un roi qu'on nous dépeint tous les jours comme les délices du peuple, et qui le serait en effet si les conseils flatteurs ne l'avaient point empoisonné.

Le peuple même (il faut tout dire), qui vous a tant aimé qui a eu tant de confiance commence à perdre l'amitié, la confiance et le respect. Vos victoires et vos conquêtes ne le réjouissent plus; il est plein d'aigreur et de désespoir. La sédition s'allume peu à peu de toutes parts. Ils croient que vous n'avez aucune pitié de leurs maux, que vous n'aimez que votre autorité, votre gloire. Si le roi, dit-on, avait un cœur de père pour son peuple, ne mettrait-il pas plutôt sa gloire à leur donner du pain et à les faire respirer après tant de maux, qu'à garder quelques places de la frontière qui causent la guerre ? Quelle réponse à cela, Sire ? Les émotions populaires5, qui étaient inconnues depuis si longtemps, deviennent fréquentes. Paris même, si près de vous, n'en est pas exempt. Les magistrats sont contraints de tolérer l'insolence des mutins et de faire couler sous main quelque monnaie pour les apaiser ; ainsi on paye ceux qu'il faudrait punir.

Vous êtes réduit à la honteuse et déplorable extrémité ou de laisser la sédition impunie et de l'accroître par cette impunité, ou de faire massacrer avec inhumanité des peuples que vous mettez au désespoir en leur arrachant, par vos impôts pour cette guerre, le pain qu'ils tâchent de gagner à là sueur de leurs visages.

F. de Fénelon, Lettre à Louis XIV, 1694.

Document C

V. Hugo évoque sa découverte des quartiers ouvriers dans un discours à l'Assemblée Nationale dont il est alors député.

Figurez-vous ces caves dont rien de ce que je vous ai dit ne peut donner l'idée ; figurez-vous ces cours qu'ils appellent des courettes, resserrées entre de hautes masures, sombres, humides, glaciales, méphitiques6, pleines de miasmes7 stagnants, encombrées d'immondices, les fosses d'aisance8 à côté des puits !

Hé mon Dieu ! ce n'est pas le moment de chercher des délicatesses de langage !

Figurez-vous ces maisons, ces masures habitées du haut en bas, jusque sous terre, les eaux croupissantes filtrant à travers les pavés dans ces tanières où il y a des créatures humaines. Quelquefois jusqu'à dix familles dans une masure, jusqu'à dix personnes dans une chambre, jusqu'à cinq ou six dans un lit, les âges et les sexes mêlés, les greniers aussi hideux que les caves, des galetas9 où il entre assez de froid pour grelotter et pas assez d'air pour respirer !

Je demandais à une femme de la rue du Bois-Saint-Sauveur : Pourquoi n'ouvrez-vous pas les fenêtres ? Elle m'a répondu : - parce que les châssis sont pourris et qu'ils nous resteraient dans les mains. J'ai insisté : - Vous ne les ouvrez-donc jamais ? - Jamais, monsieur !

Figurez-vous la population maladive et étiolée2, des spectres au seuil des portes, la virilité retardée, la décrépitude précoce, des adolescents qu'on prend pour des enfants, de jeunes mères qu'on prend pour de vieilles femmes, les scrofules, le rachis, l'ophtalmie, l'idiotisme10, une indigence inouïe, des haillons partout, on m'a montré comme une curiosité une femme qui avait des boucles d'oreilles d'argent !

Et au milieu de tout cela le travail sans relâche, le travail acharné, pas assez d'heures de sommeil, le travail de l'homme, le travail de la femme, le travail de l'âge mûr, le travail de la vieillesse, le travail de l'enfance, le travail de l'infirme, et souvent pas de pain, et souvent pas de feu, et cette femme aveugle, entre ses deux enfants dont l'un est mort et l'autre va mourir, et ce filetier11 phtisique12 agonisant, et cette mère épileptique qui a trois enfants et qui gagne trois sous par jour ! Figurez-vous tout cela et si vous vous récriez, et si vous doutez, et si vous niez...

Ah ! Vous niez ! Eh bien, dérangez-vous quelques heures, venez avec nous, incrédules, et nous vous ferons voir de vos yeux, toucher de vos mains, les plaies, les plaies saignantes de ce Christ qu'on appelle le peuple !

Victor Hugo, Discours à l'Assemblée, 30 juin 1850

Séance 08

En scène

Oral

1. SITUATION À 3 JOUEURS : Soit la scène 4 de l'acte V. Imaginez et interprétez, sous forme de scène théâtrale, le dialogue entre un metteur en scène et ses comédiens, pendant la répétition.

2. SITUATION À 4 JOUEURS : Au sortir d'une représentation, plusieurs personnes parlent à propos de la pièce. Parmi les interlocuteurs, une jeune femme, un vieil homme, un homme d'église, un jeune écrivain.

3. SITUATION À X JOUEURS : Dans sa Lettre modérée sur la chute et la critique du Barbier de Séville, Beaumarchais écrit : "Un vieillard amoureux prétend épouser demain sa pupille : un jeune amant plus adroit le prévient, et ce jour même en fait sa femme, à la barbe et dans la maison du tuteur. Voilà le fond, dont on eût pu faire avec un égal succès une tragédie, une comédie, un drame, un opéra, et cætera." A partir d'une des scènes de L'Ecole des femmes, imaginez et interprétez une scène tragique.

Pistes