Les Fables de La Fontaine

Objet d'étude : Genres et formes de l'argumentation : XVIIème et XVIIIème siècle

Problématique générale : Les Fables, petits contes pour enfants ou grande oeuvre poétique et philosophique ?

Support : Jean de la Fontaine, Fables, coll. Libretti, éd. de Sabine Gruffat, Livre de poche.

Séance 01

Les recueils de fables

Observation

Quelle couverture vous paraît le mieux représenter le recueil de La Fontaine ?

Pistes

Recherche

Documentez-vous sur La Fontaine, sa vie et son oeuvre, en particulier les différents recueils de fables.

Séance 02

Le corps et l'âme

Oral

1. Préparez la lecture orale d'un des deux poèmes.

2. En quoi ces fables sont-elles surprenantes ?

Pistes

Notion : La Fable, histoire et formes d'un genre

Invention

Remplacez les six derniers vers de la seconde fable par une morale de votre invention.

Notion : La versification

La Cigale et la Fourmi

La Cigale, ayant chanté

Tout l'été,

Se trouva fort dépourvue

Quand la bise fut venue :

Pas un seul petit morceau

De mouche ou de vermisseau.

Elle alla crier famine

Chez la Fourmi sa voisine,

La priant de lui prêter

Quelque grain pour subsister

Jusqu'à la saison nouvelle.

"Je vous paierai, lui dit-elle,

Avant l'Oût, foi d'animal,

Intérêt et principal. "

La Fourmi n'est pas prêteuse :

C'est là son moindre défaut.

Que faisiez-vous au temps chaud ?

Dit-elle à cette emprunteuse.

- Nuit et jour à tout venant

Je chantais, ne vous déplaise.

- Vous chantiez ? j'en suis fort aise.

Eh bien! dansez maintenant.

Jean de La Fontaine, Fables, I, 1, 1668.

Le Chat et les deux Moineaux

Un Chat contemporain d'un fort jeune Moineau

Fut logé près de lui dès l'âge du berceau.

La Cage et le Panier avaient mêmes Pénates.

Le Chat était souvent agacé par l'Oiseau ;

L'un s'escrimait du bec, l'autre jouait des pattes.

Ce dernier toutefois épargnait son ami.

Ne le corrigeant qu'à demi

Il se fût fait un grand scrupule

D'armer de pointes sa férule.

Le Passereau moins circonspect

Lui donnait force coups de bec ;

En sage et discrète personne

Maître Chat excusait ces jeux.

Entre amis il ne faut jamais qu'on s'abandonne

Aux traits d'un courroux sérieux.

Comme ils se connaissaient tous deux dès leur bas âge,

Une longue habitude en paix les maintenait ;

Jamais en vrai combat le jeu ne se tournait.

Quand un Moineau du voisinage

S'en vint les visiter, et se fit compagnon

Du pétulant Pierrot, et du sage Raton.

Entre les deux Oiseaux il arriva querelle ;

Et Raton de prendre parti.

Cet inconnu, dit-il, nous la vient donner belle

D'insulter ainsi notre ami ;

Le Moineau du voisin viendra manger le nôtre ?

Non, de par tous les Chats. Entrant lors au combat,

Il croque l'étranger : Vraiment, dit maître Chat,

Les Moineaux ont un goût exquis et délicat.

Cette réflexion fit aussi croquer l'autre.

Quelle Morale puis-je inférer de ce fait ?

Sans cela toute Fable est un œuvre imparfait.

J'en crois voir quelques traits ; mais leur ombre m'abuse,

Prince, vous les aurez incontinent trouvés :

Ce sont des jeux pour vous, et non point pour ma Muse ;

Elle et ses Sœurs n'ont pas l'esprit que vous avez.

Jean de La Fontaine, Fables, XII, 2, 1694.

Séance 03

La vie de cour

Invention

Quelle fable pourrait-on écrire en s'inspirant de cette anecdote ?

Il faut que je vous conte une petite historiette, qui est très vraie et qui vous divertira. Le Roi se mêle depuis peu de faire des vers ; MM. de Saint-Aignan et Dangeau lui apprennent comme il s'y faut prendre. Il fit l'autre jour un petit madrigal, que lui-même ne trouva pas trop joli. Un matin, il dit au maréchal de Gramont : « Monsieur le maréchal, je vous prie lisez ce petit madrigal, et voyez si vous en avez jamais vu un si impertinent. Parce qu'on sait que depuis peu j'aime les vers, on m'en apporte de toutes les façons. » Le maréchal, après avoir lu, dit au Roi : « Sire, Votre Majesté juge divinement bien de toutes choses ; il est vrai que voilà le plus sot et le plus ridicule madrigal que j'aie jamais lu. » Le Roi se mit à rire, et lui dit : "N'est-il pas vrai que celui qui l'a fait est bien fat ? - Sire, il n'y a pas moyen de lui donner un autre nom. - Oh bien ! dit le Roi, je suis ravi que vous m'en ayez parlé si bonnement ; c'est moi qui l'ai fait. - Ah ! Sire, quelle trahison ! Que Votre Majesté me le rende ; je l'ai lu brusquement. - Non, monsieur le maréchal ; les premiers sentiments sont toujours les plus naturels." Le Roi a fort ri de cette folie, et tout le monde trouve que voilà la plus cruelle petite chose que l'on puisse faire à un vieux courtisan. Pour moi, qui aime toujours à faire des réflexions, je voudrais que le Roi en fît là-dessus, et qu'il jugeât par là combien il est loin de connaître jamais la vérité.

Madame de Sévigné, Lettres, 1er décembre 1664.

Lecture

1. Les deux textes racontent-ils la même histoire ?

2. La morale qui est en tirée est-elle la même ?

Invention

Rédigez à votre tour une fable pour dénoncer de façon plaisante un aspect de notre société qui vous révolte.

- vous emploierez des animaux personnifiés (en pensant à leurs connotations) et/ou des humains ;

- vous proposerez un récit dynamique incluant du dialogue ;

- la morale de votre récit sera explicite.

Vous pouvez, comme dans l'exemple ci-dessus, partir d'une anecdote insolite.

Pistes

La cour du Lion

Sa Majesté Lionne un jour voulut connaître,

De quelles nations le Ciel l'avait fait maître.

Il manda donc par députés

Ses vassaux de toute nature,

Envoyant de tous les côtés

Une circulaire écriture,

Avec son sceau. L'écrit portait

Qu'un mois durant le Roi tiendrait

Cour plénière, dont l'ouverture

Devait être un fort grand festin,

Suivi des tours de Fagotin.

Par ce trait de magnificence

Le Prince à ses sujets étalait sa puissance.

En son Louvre il les invita.

Quel Louvre ! un vrai charnier, dont l'odeur se porta

D'abord au nez des gens. L'Ours boucha sa narine :

Il se fût bien passé de faire cette mine,

Sa grimace déplut. Le Monarque irrité

L'envoya chez Pluton faire le dégoûté.

Le Singe approuva fort cette sévérité ;

Et flatteur excessif il loua la colère

Et la griffe du Prince, et l'antre, et cette odeur :

Il n'était ambre, il n'était fleur,

Qui ne fût ail au prix. Sa sotte flatterie

Eut un mauvais succès, et fut encor punie.

Ce Monseigneur du Lion là,

Fut parent de Caligula.

Le Renard étant proche : Or çà, lui dit le Sire,

Que sens-tu ? dis-le-moi : Parle sans déguiser.

L'autre aussitôt de s'excuser,

Alléguant un grand rhume : il ne pouvait que dire

Sans odorat ; bref il s'en tire.

Ceci vous sert d'enseignement.

Ne soyez à la Cour, si vous voulez y plaire,

Ni fade adulateur, ni parleur trop sincère ;

Et tâchez quelquefois de répondre en Normand.

Jean de La Fontaine, Fables, VII, 2, 1678.

Séance 04

La jeune Veuve

Observation

Quelle histoire raconte cette gravure ?

Pistes

Analyse

1. Quel portrait cette fable dresse-t-elle de la jeune veuve ?

2. Quel rôle joue le père dans cette histoire ?

3. Que nous dit cette fable sur l'action du temps ?

Invention

En 1678, dans un salon, La Fontaine est abordé par un vieil académicien qui lui reproche de gâcher son talent avec des petites fables "pour enfants".

Imaginez et écrivez leur dialogue (sous forme théâtrale ou romanesque, comme vous préférez).

Le dialogue contiendra au moins trois critiques, trois réponses, et trois références à des textes littéraires.

L'ensemble fera au moins 30 lignes.

Document A

Gustave Doré, illustration de 1868 pour 'La jeune Veuve'.

Document B

La perte d'un époux ne va point sans soupirs.

On fait beaucoup de bruit, et puis on se console.

Sur les ailes du Temps la tristesse s'envole ;

Le temps ramène les plaisirs.

Entre la Veuve d'une année,

Et la Veuve d'une journée,

La différence est grande. On ne croirait jamais

Que ce fût la même personne.

L'une fait fuir les gens, et l'autre a mille attraits.

Aux soupirs vrais ou faux celle-là s'abandonne :

C'est toujours même note, et pareil entretien :

On dit qu'on est inconsolable ;

On le dit, mais il n'en est rien ;

Comme on verra par cette Fable,

Ou plutôt par la vérité.

L'Époux d'une jeune beauté

Partait pour l'autre monde. À ses côtés sa femme

Lui criait : Attends-moi, je te suis ; et mon âme,

Aussi-bien que la tienne, est prête à s'envoler.

Le Mari fait seul le voyage.

La Belle avait un père homme prudent et sage :

Il laissa le torrent couler.

À la fin, pour la consoler,

Ma fille, lui dit-il, c'est trop verser de larmes :

Qu'a besoin le défunt que vous noyiez vos charmes ?

Puisqu'il est des vivants, ne songez plus aux morts.

Je ne dis pas que tout à l'heure

Une condition meilleure

Change en des noces ces transports ;

Mais, après certain temps souffrez qu'on vous propose

Un époux beau, bien fait, jeune, et tout autre chose

Que le défunt. Ah ! dit-elle aussitôt,

Un Cloître est l'époux qu'il me faut.

Le père lui laissa digérer sa disgrâce.

Un mois de la sorte se passe.

L'autre mois on l'emploie à changer tous les jours

Quelque chose à l'habit, au linge, à la coiffure.

Le deuil enfin sert de parure,

En attendant d'autres atours.

Toute la bande des Amours

Revient au colombier, les jeux, les ris, la danse,

Ont aussi leur tour à la fin.

On se plonge soir et matin

Dans la fontaine de Jouvence.

Le Père ne craint plus ce défunt tant chéri.

Mais comme il ne parlait de rien à notre Belle,

Où donc est le jeune mari

Que vous m'avez promis, dit-elle ?

Jean de La Fontaine, Fables, VI, 21, 1668.

Invention

En 1678, dans un salon, La Fontaine est abordé par un vieil académicien qui lui reproche de gâcher son talent avec des petites fables "pour enfants".

Imaginez et écrivez leur dialogue (sous forme théâtrale ou romanesque, comme vous préférez).

Le dialogue contiendra au moins trois critiques, trois réponses, et trois références à des textes littéraires.

L'ensemble fera au moins 50 lignes.

Exemples

Forme romanesque

Assis devant une petite table, La Fontaine rangeait ses feuilles. Il était très content de sa lecture ; les dames avaient écouté en souriant les nouvelles fables qu'il venait juste de finir. Plusieurs étaient venues le féliciter.

Il fut tiré de sa rêverie par un vieil homme, qui se trouvait juste à côté de lui : "Auriez-vous un instant à m'accorder, monsieur ? J'ai écouté vos fables avec beaucoup d'attention..."

Forme théâtrale

La scène représente un salon. La Fontaine est assis derrière une petite table, à gauche. Des chaises sont disposées de l'autre côté de la scène, à droite. Il est en train de ranger des feuilles. Un vieil homme se dirige vers lui ; La Fontaine le voit au moment où ce dernier lui adresse la parole.

Le vieil homme

Auriez-vous un instant à m'accorder, monsieur ? J'ai écouté ces fables que vous venez d'écrire, et que vous avez bien voulu nous lire, avec beaucoup d'attention...

Séance 06

La Mort et le Bûcheron

Oral

1. Transformez cette fable en scène de théâtre. Vous avez le droit de modifier le texte, mais devez rester le plus près possible de l'original.

2. Par groupes de trois ou quatre, mettez en scène cette fable : deux élèves miment et font l'image, un ou deux élèves lisent et font le son (les dialogues).

Un pauvre Bûcheron, tout couvert de ramée,

Sous le faix du fagot aussi bien que des ans

Gémissant et courbé, marchait à pas pesants,

Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée.

Enfin, n'en pouvant plus d'effort et de douleur,

Il met bas son fagot, il songe à son malheur.

Quel plaisir a-t-il eu depuis qu'il est au monde ?

En est-il un plus pauvre en la machine ronde ?

Point de pain quelquefois, et jamais de repos.

Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts,

Le créancier, et la corvée

Lui font d'un malheureux la peinture achevée.

Il appelle la Mort. Elle vient sans tarder,

Lui demande ce qu'il faut faire

"C'est, dit-il, afin de m'aider

À recharger ce bois ; tu ne tarderas guère."

Le trépas vient tout guérir ;

Mais ne bougeons d'où nous sommes.

Plutôt souffrir que mourir,

C'est la devise des hommes.

La Fontaine, Fables, I, 16, 1668.

Analyse

1. Quel portrait est fait du bûcheron ?

2. En quoi cette fable est-elle comique ?

3. Quelle image de l'existence humaine cette fable donne-t-elle ?

Pistes

Séance 06

De petits textes
pour enfants ?

Oral

1. Que dénonce La Fontaine dans ses Fables ?

2. Pensez-vous que les Fables soient un bon moyen de faire passer son message ?

Pistes

Réflexion

"Ces badineries ne sont telles qu'en apparence, car dans le fond elles portent un sens très solide" écrit La Fontaine dans la Préface du recueil. Pensez-vous que le choix de formes drôles et légères permette de transmettre efficacement des idées sérieuses ?

Appuyez-vous sur les exemples suivants.

Synthèse

Au terme de ce parcours, diriez-vous que les Fables de La Fontaine sont...

...de petits textes pour enfants ? ...une grande oeuvre poétique et philosophique ?

Parcours

A travers le recueil

Oral

Préparez un bref exposé sur deux des groupements de poèmes suivants :

  • La Mort et le Bûcheron ; La Mort et le Mourant ; Le Vieillard et les trois jeunes Hommes ;
  • Le Lion et le Rat ; La Colombe et la Fourmi ; L'Âne et le Chien ;
  • La cour du Lion ; Les Obsèques de la Lionne ; Le Lion, Le Loup et le Renard
  • Les Animaux malades de la Peste ; Le Vieillard et ses Enfants ; L'Huître et les Plaideurs ;
  • Le Rat de ville et le Rat des champs ; Le Loup et le Chien ; Le Savetier et le Financier ;
  • La Laitière et le Pot au lait ; L'Ours et les deux compagnons ; Le Laboureur et ses Enfants

Vous présenterez chaque poème (vous situerez le texte, lirez quelques vers, résumerez le propos), puis vous mettrez en évidence les points communs entre les textes.

Pistes

L'exposé

Éléments restrictifs

Une prestation orale ne peut atteindre la moyenne si l'un des éléments suivants est présent :

- l'exposé montre que les poèmes ne sont pas compris

- l'exposé est une simple redite des poèmes

- l'exposé n'est pas compréhensible en plusieurs endroits

- l'exposé est très court

/20 De 1 à 5 De 6 à 10 De 11 à 15 De 16 à 20
S'exprimer à l'oral

L'expression, la lecture et le niveau de langue orale sont acceptables.

L'expression, la lecture et le niveau de langue orale sont corrects.

L'expression est fluide et le niveau de langue orale est correct.

La lecture est correcte.

L'élève s'adresse à son auditeur.

L'expression est fluide et le niveau de langue orale est correct.

La lecture est vivante et expressive.

L'élève communique avec aisance et conviction.

Lire, analyser, interpréter ; tisser des liens entre différents textes

Le sens littéral des poèmes est globalement compris.

Le sens littéral des poèmes est compris.

Un rapprochement est effectué entre les poèmes.

Le sens littéral des poèmes est compris.

Plusieurs rapprochements sont effectués entre les poèmes.

Le sens littéral des poèmes est compris ; l'implicite des poèmes est perçu.

Plusieurs rapprochements sont effectués entre les poèmes.

Les spécificités de chaque texte sont mises en évidence.

Construire un jugement argumenté

La réponse est structurée : introduction, développement, conclusion.

Une problématique pertinente est proposée.

La réponse est structurée et suit une logique perceptible.

Des références précises au texte sont faites.

Une problématique stimulante est proposée.

La réponse est structurée et suit une logique explicite et pertinente.

Des références précises au texte sont faites.

Le choix des citations est pertinent.

Mobiliser une culture littéraire

Des connaissances littéraires sont utilisées à plusieurs reprises.

Des connaissances littéraires sont utilisées régulièrement.

Annexe

Puzzles poétiques

Recherche

1. Remettez en forme le poème.

2. Finissez l'un des poèmes suivant.

I

II

III