Les Fables de La Fontaine, livres VII et VIII

Objet d'étude : La question de l'homme dans les genres de l'argumentation du XVIème siècle à nos jours.

Problématique générale : Les fables des livres VII et VIII, de petites histoires pour enfants, ou une vaste réflexion philosophique et poétique sur l'homme ?

Support : Jean de la Fontaine, Fables, coll. Livre de poche, éd. LGF.

Séance 01

Les recueils de fables

Observation

Quelle couverture vous paraît le mieux représenter le recueil de La Fontaine ?

Pistes

Recherche

Documentez-vous sur La Fontaine, sa vie et son oeuvre, en particulier les différents recueils de fables.

Séance 02

Le corps et l'âme

Oral

Préparez une lecture orale de cette fable.

Pistes

Notion : La versification

Prolongement

Proposez une fin pour cette fable.

Notion : La Fable, histoire et formes d'un genre

Analyse

Cette fable propose-t-elle la rencontre de deux personnages opposés ?

Le Savetier et le Financier

Un Savetier chantait du matin jusqu'au soir :

C'était merveilles de le voir,

Merveilles de l'ouïr ; il faisait des passages,

Plus content qu'aucun des sept sages.

Son voisin au contraire, étant tout cousu d'or,

Chantait peu, dormait moins encor.

C'était un homme de finance.

Si sur le point du jour parfois il sommeillait,

Le Savetier alors en chantant l'éveillait,

Et le Financier se plaignait,

Que les soins de la Providence

N'eussent pas au marché fait vendre le dormir,

Comme le manger et le boire.

En son hôtel il fait venir

Le chanteur, et lui dit : Or çà, sire Grégoire,

Que gagnez-vous par an ? - Par an ? Ma foi, Monsieur,

Dit avec un ton de rieur,

Le gaillard Savetier, ce n'est point ma manière

De compter de la sorte ; et je n'entasse guère

Un jour sur l'autre : il suffit qu'à la fin

J'attrape le bout de l'année :

Chaque jour amène son pain.

- Eh bien que gagnez-vous, dites-moi, par journée ?

- Tantôt plus, tantôt moins : le mal est que toujours ;

(Et sans cela nos gains seraient assez honnêtes,)

Le mal est que dans l'an s'entremêlent des jours

Qu'il faut chommer ; on nous ruine en Fêtes.

L'une fait tort à l'autre ; et Monsieur le Curé

De quelque nouveau Saint charge toujours son prône.

Le Financier riant de sa naïveté

Lui dit : Je vous veux mettre aujourd'hui sur le trône.

Prenez ces cent écus : gardez-les avec soin,

Pour vous en servir au besoin.

Le Savetier crut voir tout l'argent que la terre

Avait depuis plus de cent ans

Produit pour l'usage des gens.

Il retourne chez lui : dans sa cave il enserre

L'argent et sa joie à la fois.

Plus de chant ; il perdit la voix

Du moment qu'il gagna ce qui cause nos peines.

Le sommeil quitta son logis,

Il eut pour hôtes les soucis,

Les soupçons, les alarmes vaines.

Tout le jour il avait l'oeil au guet ; Et la nuit,

Si quelque chat faisait du bruit,

Le chat prenait l'argent : A la fin le pauvre homme

S'en courut chez celui qu'il ne réveillait plus !

Rendez-moi, lui dit-il, mes chansons et mon somme,

Et reprenez vos cent écus.

Jean de La Fontaine, Fables, VIII, 2, 1678.

La Tête et la Queue du serpent

Le Serpent a deux parties

Du genre humain ennemies,

Tête et Queue ; et toutes deux

Ont acquis un nom fameux

Auprès des Parques cruelles :

Si bien qu'autrefois entre elles

Il survint de grands débats

Pour le pas.

La Tête avait toujours marché devant la Queue.

La Queue au Ciel se plaignit,

Et lui dit :

Je fais mainte et mainte lieue,

Comme il plaît à celle-ci.

Croit-elle que toujours j'en veuille user ainsi ?

Je suis son humble servante.

On m'a faite, Dieu merci,

Sa sœur, et non sa suivante.

Toutes deux de même sang,

Traitez-nous de même sorte :

Aussi bien qu'elle je porte

Un poison prompt et puissant.

Enfin voilà ma requête :

C'est à vous de commander,

Qu'on me laisse précéder

A mon tour ma sœur la Tête.

Je la conduirai si bien,

Qu'on ne se plaindra de rien.

Le Ciel eut pour ces vœux une bonté cruelle.

Souvent sa complaisance a de méchants effets.

Il devrait être sourd aux aveugles souhaits.

Il ne le fut pas lors : et la guide nouvelle,

Qui ne voyait au grand jour

Pas plus clair que dans un four,

Donnait tantôt contre un marbre,

Contre un passant, contre un arbre.

Droit aux ondes du Styx elle mena sa sœur.

...

Jean de La Fontaine, Fables, VII, 16, 1678.

Séance 03

La vie de cour

Invention

Quelle fable pourrait-on écrire en s'inspirant de cette anecdote ?

Il faut que je vous conte une petite historiette, qui est très vraie et qui vous divertira. Le Roi se mêle depuis peu de faire des vers ; MM. de Saint-Aignan et Dangeau lui apprennent comme il s'y faut prendre. Il fit l'autre jour un petit madrigal, que lui-même ne trouva pas trop joli. Un matin, il dit au maréchal de Gramont : « Monsieur le maréchal, je vous prie lisez ce petit madrigal, et voyez si vous en avez jamais vu un si impertinent. Parce qu'on sait que depuis peu j'aime les vers, on m'en apporte de toutes les façons. » Le maréchal, après avoir lu, dit au Roi : « Sire, Votre Majesté juge divinement bien de toutes choses ; il est vrai que voilà le plus sot et le plus ridicule madrigal que j'aie jamais lu. » Le Roi se mit à rire, et lui dit : "N'est-il pas vrai que celui qui l'a fait est bien fat ? - Sire, il n'y a pas moyen de lui donner un autre nom. - Oh bien ! dit le Roi, je suis ravi que vous m'en ayez parlé si bonnement ; c'est moi qui l'ai fait. - Ah ! Sire, quelle trahison ! Que Votre Majesté me le rende ; je l'ai lu brusquement. - Non, monsieur le maréchal ; les premiers sentiments sont toujours les plus naturels." Le Roi a fort ri de cette folie, et tout le monde trouve que voilà la plus cruelle petite chose que l'on puisse faire à un vieux courtisan. Pour moi, qui aime toujours à faire des réflexions, je voudrais que le Roi en fît là-dessus, et qu'il jugeât par là combien il est loin de connaître jamais la vérité.

Madame de Sévigné, Lettres, 1er décembre 1664.

Lecture

1. Les deux textes racontent-ils la même histoire ?

2. La morale qui est en tirée est-elle la même ?

Invention

Rédigez à votre tour une fable pour dénoncer de façon plaisante un aspect de notre société qui vous révolte.

- vous emploierez des animaux personnifiés (en pensant à leurs connotations) et/ou des humains ;

- vous proposerez un récit dynamique incluant du dialogue ;

- la morale de votre récit sera explicite.

Vous pouvez, comme dans l'exemple ci-dessus, partir d'une anecdote insolite.

Pistes

La cour du Lion

Sa Majesté Lionne un jour voulut connaître,

De quelles nations le Ciel l'avait fait maître.

Il manda donc par députés

Ses vassaux de toute nature,

Envoyant de tous les côtés

Une circulaire écriture,

Avec son sceau. L'écrit portait

Qu'un mois durant le Roi tiendrait

Cour plénière, dont l'ouverture

Devait être un fort grand festin,

Suivi des tours de Fagotin.

Par ce trait de magnificence

Le Prince à ses sujets étalait sa puissance.

En son Louvre il les invita.

Quel Louvre ! un vrai charnier, dont l'odeur se porta

D'abord au nez des gens. L'Ours boucha sa narine :

Il se fût bien passé de faire cette mine,

Sa grimace déplut. Le Monarque irrité

L'envoya chez Pluton faire le dégoûté.

Le Singe approuva fort cette sévérité ;

Et flatteur excessif il loua la colère

Et la griffe du Prince, et l'antre, et cette odeur :

Il n'était ambre, il n'était fleur,

Qui ne fût ail au prix. Sa sotte flatterie

Eut un mauvais succès, et fut encor punie.

Ce Monseigneur du Lion là,

Fut parent de Caligula.

Le Renard étant proche : Or çà, lui dit le Sire,

Que sens-tu ? dis-le-moi : Parle sans déguiser.

L'autre aussitôt de s'excuser,

Alléguant un grand rhume : il ne pouvait que dire

Sans odorat ; bref il s'en tire.

Ceci vous sert d'enseignement.

Ne soyez à la Cour, si vous voulez y plaire,

Ni fade adulateur, ni parleur trop sincère ;

Et tâchez quelquefois de répondre en Normand.

Jean de La Fontaine, Fables, VII, 2, 1678.

Séance 04

Une douce rêverie ?

Observation

Quelle histoire raconte cette peinture ?

Pistes

Corpus

Sur les quatre documents :

1. Qu'est-ce qui rend la rêverie si attirante pour ces personnages ?

2. Comment ces documents nous mettent-ils en garde contre la rêverie et ses dangers ?

Oral

Sur le texte de La Fontaine : peut-on encore parler d'une fable ?

Analyse

Sur le texte de La Fontaine :

1. Qu'est-ce qui rend ce personnage attachant ?

2. Quelles leçons faut-il tirer de cette fable ?

Invention

Vous êtes journaliste littéraire. En 1678, à l'occasion de la sortie des livres VII et VIII des fables de La Fontaine, vous écrivez une critique intitulée "Fables en plus ou nouvelles fables ?"

Variante : Vous êtes journaliste littéraire. En 1678, à l'occasion de la sortie des livres VII et VIII des fables, vous recevez La Fontaine à l'antenne, pour une émission intitulée : Fables en plus ou fables nouvelles ?

Vous vous appuierez sur la préface du recueil, ainsi que sur les fables étudiées.

Notes

1. Marri : fâché.

2. Battre la campagne : divaguer, déraisonner, partir à la dérive.

3. Picrochole : roi fictif qui, dans le roman Gargantua, déclenche une guerre pour un prétexte futile en s'imaginant conquérir le monde.

4. Pyrrhus : roi antique, adversaire de Rome. Une de ses victoires, dans laquelle il perdit un nombre considérable d'hommes, est à l'origine de l'expression 'Victoire à la Pyrrhus'.

5. Sophi : roi de Perse.

Document A

Fragonard, Perrette et le pot au lait, 1770.

Document B

Perrette sur sa tête ayant un Pot au lait

Bien posé sur un coussinet,

Prétendait arriver sans encombre à la ville.

Légère et court vêtue elle allait à grands pas ;

Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile,

Cotillon simple, et souliers plats.

Notre laitière ainsi troussée

Comptait déjà dans sa pensée

Tout le prix de son lait, en employait l'argent,

Achetait un cent d'œufs, faisait triple couvée ;

La chose allait à bien par son soin diligent.

Il m'est, disait-elle, facile,

D'élever des poulets autour de ma maison :

Le Renard sera bien habile,

S'il ne m'en laisse assez pour avoir un cochon.

Le porc à s'engraisser coûtera peu de son ;

Il était quand je l'eus de grosseur raisonnable :

J'aurai le revendant de l'argent bel et bon.

Et qui m'empêchera de mettre en notre étable,

Vu le prix dont il est, une vache et son veau,

Que je verrai sauter au milieu du troupeau ?

Perrette là-dessus saute aussi, transportée.

Le lait tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée ;

La dame de ces biens, quittant d'un œil marri1

Sa fortune ainsi répandue,

Va s'excuser à son mari

En grand danger d'être battue.

Le récit en farce en fut fait ;

On l'appela le Pot au lait.

Quel esprit ne bat la campagne ?2

Qui ne fait châteaux en Espagne ?

Picrochole3, Pyrrhus4, la Laitière, enfin tous,

Autant les sages que les fous ?

Chacun songe en veillant, il n'est rien de plus doux :

Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes :

Tout le bien du monde est à nous,

Tous les honneurs, toutes les femmes.

Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi ;

Je m'écarte, je vais détrôner le Sophi5 ;

On m'élit roi, mon peuple m'aime ;

Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :

Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ;

Je suis gros Jean comme devant.

Jean de La Fontaine, Fables, VII, 9, 1678.

Document C

Emma est une jeune femme dont la jeunesse a été imprégnée de la lecture d'histoires romanesques. Son mariage avec un modeste officier de santé, Charles Bovary, la conduit à de cruelles désillusions.

Elle songeait quelquefois que c'étaient là pourtant les plus beaux jours de sa vie, la lune de miel, comme on disait. Pour en goûter la douceur, il eût fallu, sans doute, s'en aller vers ces pays à noms sonores où les lendemains de mariage ont de plus suaves paresses ! Dans des chaises de poste, sous des stores de soie bleue, on monte au pas des routes escarpées, écoutant la chanson du postillon, qui se répète dans la montagne avec les clochettes des chèvres et le bruit sourd de la cascade. Quand le soleil se couche, on respire au bord des golfes le parfum des citronniers ; puis, le soir, sur la terrasse des villas, seuls et les doigts confondus, on regarde les étoiles en faisant des projets. Il lui semblait que certains lieux sur la terre devaient produire du bonheur, comme une plante particulière au sol et qui pousse mal tout autre part. Que ne pouvait-elle s'accouder sur le balcon des chalets suisses ou enfermer sa tristesse dans un cottage écossais, avec un mari vêtu d'un habit de velours noir à longues basques, et qui porte des bottes molles, un chapeau pointu et des manchettes !

Peut-être aurait-elle souhaité faire à quelqu'un la confidence de toutes ces choses. Mais comment dire un insaisissable malaise, qui change d'aspect comme les nuées, qui tourbillonne comme le vent ? Les mots lui manquaient donc, l'occasion, la hardiesse.

Si Charles l'avait voulu cependant, s'il s'en fût douté, si son regard, une seule fois, fût venu à la rencontre de sa pensée, il lui semblait qu'une abondance subite se serait détachée de son cœur, comme tombe la récolte d'un espalier, quand on y porte la main. Mais, à mesure que se serrait davantage l'intimité de leur vie, un détachement intérieur se faisait qui la déliait de lui.

La conversation de Charles était plate comme un trottoir de rue, et les idées de tout le monde y défilaient dans leur costume ordinaire, sans exciter d'émotion, de rire ou de rêverie. Il n'avait jamais été curieux, disait-il, pendant qu'il habitait Rouen, d'aller voir au théâtre les acteurs de Paris. Il ne savait ni nager, ni faire des armes, ni tirer le pistolet, et il ne put, un jour, lui expliquer un terme d'équitation qu'elle avait rencontré dans un roman.

Un homme, au contraire, ne devait-il pas, tout connaître, exceller en des activités multiples, vous initier aux énergies de la passion, aux raffinements de la vie, à tous les mystères ? Mais il n'enseignait rien, celui-là, ne savait rien, ne souhaitait rien.

G. Flaubert, Madame Bovary, I, 7, 1857.

Document D

Au cours de ses explorations nocturnes dans son école de sorcellerie, Harry Potter, un jeune orphelin, découvre un étrange miroir magique, qui lui permet de voir ses parents disparus. Il y retourne quelques nuits plus tard.

La troisième nuit, il retrouva le chemin plus facilement et ne fit pas de mauvaises rencontres.

A nouveau, il vit son père et sa mère qui lui souriaient et un de ses grands-pères qui hochait la tête avec une expression de bonheur. Harry s'assit par terre, devant le miroir. Rien ne l'empêchait de rester ici toute la nuit à contempler sa famille. Rien, sauf peut-être...

- Alors ? Tu es encore là, Harry ?

Harry sentit son sang se glacer. Il regarda derrière lui. Assis sur un bureau, près du mur, il reconnut... Albus Dumbledore !

- Je... je ne vous avais pas vu, Monsieur, balbutia Harry.

- On dirait que l'invisibilité te rend myope, dit Dumbledore et Harry fut soulagé de voir qu'il souriait.

Albus Dumbledore vint s'asseoir par terre, à côté de lui.

- Comme des centaines de personnes avant toi, tu as découvert le bonheur de contempler le Miroir du Riséd.

- Je ne savais pas qu'on l'appelait comme ça, dit Harry.

- Mais j'imagine que tu as compris ce qu'il fait ?

- Il... il me montre ma famille...

- Et il montre ton ami Ron avec la coupe de Quidditch dans les mains.

- Comment savez-vous ?...

- Moi, je n'ai pas besoin de cape pour devenir invisible, dit Dumbledore d'une voix douce. Et maintenant, tu comprends ce que nous montre le miroir du Riséd ?

Harry fit "non" de la tête.

- Je vais t'expliquer. Pour l'homme le plus heureux de la terre, le Miroir du Riséd ne serait qu'un miroir ordinaire, il n'y verrait que son reflet. Est-ce que cela t'aide à comprendre ?

Harry réfléchit, puis il dit lentement :

- Il nous montre ce que nous voulons voir...

- Oui et non, répondit Dumbledore, il ne nous montre rien d'autre que le désir le plus profond, le plus cher, que nous ayons au fond de notre coeur. Toi qui n'a jamais connu ta famille, tu l'as vue soudain devant toi. Ronald Weasley, qui a toujours vécu dans l'ombre de ses frères, s'est vu enfin tout seul, couvert de gloire et d'honneurs. mais ce miroir ne peut nous apporter ni la connaissance, ni la vérité. Des hommes ont dépéri ou sont devenus fous en contemplant ce qu'ils y voyaient, car ils ne savaient pas si ce que le miroir leur montrait était réel, ou même possible. Demain, le miroir sera déménagé ailleurs, et je te demande de ne pas essayer de le retrouver. mais si jamais il t'arrive encore de tomber dessus, tu seras averti, désormais. Ça ne fait pas grand bien de s'installer dans les rêves en oubliant de vivre, souviens-toi de ça. Et maintenant, remets donc cette cape merveilleuse et retourne te coucher.

J. K. Rowling, Harry Potter à l'école des sorciers, 1997.

Invention

En 1678, dans un salon, La Fontaine est abordé par un vieil académicien qui lui reproche de gâcher son talent avec des petites fables "pour enfants".

Imaginez et écrivez leur dialogue (sous forme théâtrale ou romanesque, comme vous préférez).

Le dialogue contiendra au moins trois critiques, trois réponses, et trois références à des textes littéraires.

L'ensemble fera au moins 50 lignes.

Exemples

Forme romanesque

Assis devant une petite table, La Fontaine rangeait ses feuilles. Il était très content de sa lecture ; les dames avaient écouté en souriant les nouvelles fables qu'il venait juste de finir. Plusieurs étaient venues le féliciter.

Il fut tiré de sa rêverie par un vieil homme, qui se trouvait juste à côté de lui : "Auriez-vous un instant à m'accorder, monsieur ? J'ai écouté vos fables avec beaucoup d'attention..."

Forme théâtrale

La scène représente un salon. La Fontaine est assis derrière une petite table, à gauche. Des chaises sont disposées de l'autre côté de la scène, à droite. Il est en train de ranger des feuilles. Un vieil homme se dirige vers lui ; La Fontaine le voit au moment où ce dernier lui adresse la parole.

Le vieil homme

Auriez-vous un instant à m'accorder, monsieur ? J'ai écouté ces fables que vous venez d'écrire, et que vous avez bien voulu nous lire, avec beaucoup d'attention...

Séance 05

Le pouvoir des Fables

Analyse

Vous rédigerez trois paragraphes sur l'un des deux axes proposés, au choix :

- un récit amusant

- une réflexion sur l'art de parler et le pouvoir des histoires

Pistes

Méthode

Vous pouvez vous aider de

- votre fiche sur les figures de style

- votre fiche de méthodologie le paragraphe

- votre livre, p. 238-239

Note

1. Philippe de Macédoine, roi qui tentait de s'emparer les cités grecques.

Dans Athènes autrefois peuple vain et léger,

Un Orateur voyant sa patrie en danger,

Courut à la Tribune ; et d'un art tyrannique,

Voulant forcer les cœurs dans une république,

Il parla fortement sur le commun salut.

On ne l'écoutait pas : l'Orateur recourut

A ces figures violentes,

Qui savent exciter les âmes les plus lentes.

Il fit parler les morts, tonna, dit ce qu'il put.

Le vent emporta tout ; personne ne s'émut.

L'animal aux têtes frivoles

Étant fait à ces traits, ne daignait l'écouter.

Tous regardaient ailleurs : il en vit s'arrêter

À des combats d'enfants, et point à ses paroles.

Que fit le harangueur ? Il prit un autre tour.

Cérès, commença-t-il, faisait voyage un jour

Avec l'Anguille et l'Hirondelle :

Un fleuve les arrête ; et l'Anguille en nageant,

Comme l'Hirondelle en volant,

Le traversa bientôt. L'assemblée à l'instant

Cria tout d'une voix : Et Cérès, que fit-elle ?

Ce qu'elle fit ? un prompt courroux

L'anima d'abord contre vous.

Quoi, de contes d'enfants son peuple s'embarrasse !

Et du péril qui le menace

Lui seul entre les Grecs il néglige l'effet !

Que ne demandez-vous ce que Philippe1 fait ?

A ce reproche l'assemblée

Par l'Apologue réveillée

Se donne entière à l'Orateur :

Un trait de Fable en eut l'honneur.

Nous sommes tous d'Athènes en ce point ; et moi-même,

Au moment que je fais cette moralité,

Si Peau d'Âne m'était conté,

J'y prendrais un plaisir extrême,

Le monde est vieux, dit-on, je le crois, cependant

Il le faut amuser encor comme un enfant.

La Fontaine, Fables, "Le Pouvoir des Fables", VIII, 4, 1678

Séance 06

De petits textes
pour enfants ?

Oral

1. Que dénonce La Fontaine dans ses Fables ?

2. Pensez-vous que les Fables soient un bon moyen de faire passer son message ?

Pistes

Réflexion

"Ces badineries ne sont telles qu'en apparence, car dans le fond elles portent un sens très solide" écrit La Fontaine dans la Préface du recueil. Pensez-vous, comme La Fontaine, que le choix de formes courtes et amusantes permette de transmettre efficacement des idées sérieuses ?

Synthèse

Le premier recueil des Fables, publié en 1668, comprend les livres I à VI. Il est dédié à un enfant, le Dauphin.

La fable est une forme particulière d' apologue : on désigne ainsi les récits destinés à porter une leçon. Il s'agit donc d'une argumentation indirecte. La Fontaine précise : "L'apologue est composé de deux parties, dont on peut appeler l'une le corps, l'autre l'âme. Le corps est la fable ; l'âme, la moralité." (Préface des Fables).

D'un genre peu considéré, La Fontaine fait un genre poétique et littéraire. Il y applique le principe du classicisme : "plaire et instruire".

En 1678, paraissent les livres VII et VIII des Fables. Le recueil est dédié à Madame de Montespan, maîtresse de Louis XIV.

La Fontaine y renouvelle son inspiration : il s'inspire désormais d'un sage indien, Pilpay. Ses fables sont plus longues, les personnages humains y sont plus nombreux.

Dans ces fables, les récits sont étendus : alors que les fables des livres I à VI proposaient souvent une simple rencontre entre deux opposés (La Cigale et la Fourmi, Le Loup et l'Agneau, Le Lièvre et la Tortue), les fables des livres VII et VIII proposent des récits plus complexes, comme dans Les Obsèques de la Lionne.

Les morales peuvent prendre la forme de mises en garde ("Le Lion, le Loup et le Renard", VIII, 3), de proverbes ("Le Rat et l'Huître", VIII, 9), ou encore de confidences lyriques ("moi-même, / Au moment que je fais cette moralité, / Si Peau d'Âne m'était conté, / J'y prendrais un plaisir extrême", "Le Pouvoir des Fables", VIII, 4). Dans "La Laitière et le Pot au lait", la morale, qui fait l'éloge de la rêverie, contredit même le récit.

Les fables de ce recueil prennent des formes très variées :

- tragédie : "Les Animaux malades de la Peste" (VII, 1) ;

- conte/comédie : "le Mal Marié", "le Savetier et le Financier" (VII, 12 et VIII, 2) ;

- poésie lyrique : "Tircis et Amarante", "Le Pouvoir des Fables" (VIII, 13).

Elles abordent également des thèmes très variés :

- La Mort et le Mourant, Le Savetier et le Financier, Le Loup et le Chasseur mettent en garde contre l'avarice et la convoitise ;

- Les Animaux malades de la Peste, Les Obsèques de la Lionne, Le Lion, Le Loup et le Renard proposent une satire de la cour et de la monarchie absolue ; la cour y est montrée comme un repaire de prédateurs ;

- Le Chien qui porte à son cou le dîner de son maître, Les Vautours et les Pigeons, La Tête et la Queue du serpent proposent une réflexion politique, et particulièrement un éloge de l'unité ;

- La Laitière et le Pot au lait, Le Curé et le Mort, Les deux Chiens et l'Âne mort mettent en garde contre les dangers de la rêverie ;

- Le mal Marié, La Fille, Les Femmes et le Secret font une satire des femmes ;

- Le pouvoir des Fables, le Rieur et les Poissons, le Bassa et le Marchand proposent une mise en abyme ; ces fables présente un personnage qui raconte une fable ; ce sont des éloges de l'argumentation indirecte.

Est-ce que des oeuvres courtes et amusantes peuvent dire efficacement des choses très sérieuses ? Les œuvres courtes comme les Fables ont pour elle la facilité et la rapidité de lecture ; d'autres, comme les comédies de Molière, par exemple, font rire pour faire réfléchir ; certains genres moins considérés peuvent également porter des messages très sérieux (Gen d'Hiroshima, Maus). Cependant le rire et la gaieté sont parfois déplacés (Si c'est un homme tire sa force de son sérieux) ou inefficaces : les oeuvres engagées sont généralement sérieuses (Les Misérables).

Dans ces Fables, La Fontaine montre l'homme comme un animal cruel, comme C. Le Brun dans ses Conférence sur la Physionomie de l'homme et ses rapports avec celle des animaux (1671) ou H. G. Wells dans son récit de science-fiction, L'Île du docteur Moreau.

Parcours

A travers le recueil

Recherche

Préparez un bref exposé (5-10 minutes) sur deux des groupements de poèmes suivants :

  • La Mort et le Mourant ; Le Savetier et le Financier ; Le Loup et le Chasseur
  • Les Animaux malades de la Peste ; Les Obsèques de la Lionne ; Le Lion, Le Loup et le Renard
  • Le Chien qui porte à son cou le dîner de son maître ; Les Vautours et les Pigeons ; La Tête et la Queue du serpent ;
  • La Laitière et le Pot au lait ; Le Curé et le Mort ; Les deux Chiens et l'Âne mort ;
  • Le mal Marié ; La Fille ; Les Femmes et le Secret
  • Le pouvoir des Fables ; le Rieur et les Poissons ; le Bassa et le Marchand

Vous présenterez chaque poème (vous situerez le texte, lirez quelques vers, résumerez le propos), puis vous mettrez en évidence les points communs entre les textes.

Si vous êtes interrogés et que votre présentation n'est pas prête à la date prévue, vous devrez le faire sur feuille.

Pistes

L'exposé

Éléments restrictifs

Une prestation orale ne peut atteindre la moyenne si l'un des éléments suivants est présent :

- l'exposé montre que les poèmes ne sont pas compris

- l'exposé est une simple redite des poèmes

- l'exposé n'est pas compréhensible en plusieurs endroits

- l'exposé est très court

/20 De 1 à 5 De 6 à 10 De 11 à 15 De 16 à 20
S'exprimer à l'oral

L'expression, la lecture et le niveau de langue orale sont acceptables.

L'expression, la lecture et le niveau de langue orale sont corrects.

L'expression est fluide et le niveau de langue orale est correct.

La lecture est correcte.

L'élève s'adresse à son auditeur.

L'expression est fluide et le niveau de langue orale est correct.

La lecture est vivante et expressive.

L'élève communique avec aisance et conviction.

Lire, analyser, interpréter ; tisser des liens entre différents textes

Le sens littéral des poèmes est globalement compris.

Le sens littéral des poèmes est compris.

Un rapprochement est effectué entre les poèmes.

Le sens littéral des poèmes est compris.

Plusieurs rapprochements sont effectués entre les poèmes.

Le sens littéral des poèmes est compris ; l'implicite des poèmes est perçu.

Plusieurs rapprochements sont effectués entre les poèmes.

Les spécificités de chaque texte sont mises en évidence.

Construire un jugement argumenté

La réponse est structurée : introduction, développement, conclusion.

Une problématique pertinente est proposée.

La réponse est structurée et suit une logique perceptible.

Des références précises au texte sont faites.

Une problématique stimulante est proposée.

La réponse est structurée et suit une logique explicite et pertinente.

Des références précises au texte sont faites.

Le choix des citations est pertinent.

Mobiliser une culture littéraire

Des connaissances littéraires sont utilisées à plusieurs reprises.

Des connaissances littéraires sont utilisées régulièrement.

Annexe

Puzzle poétique

Exercice

1. Remettez en forme la fable ci-contre.

2. Proposez une suite.

Avec grand bruit et grand fracas un torrent tombait des montagnes : tout fuyait devant lui ; l'horreur suivait ses pas ; il faisait trembler les campagnes. Nul voyageur n'osait passer une barrière si puissante ; un seul vit des voleurs ; et se sentant presser, il mit entre eux et lui cette onde menaçante. Ce n'était que menace et bruit sans profondeur : notre homme enfin n'eut que la peur. Ce succès lui donnant courage, et les mêmes voleurs le poursuivant toujours, il rencontra sur son passage une rivière dont le cours image d'un sommeil doux, paisible, et tranquille, lui fit croire d'abord ce trajet fort facile : point de bords escarpés, un sable pur et net.