Histoires de familles

Objet d'étude : La tragédie et la comédie au XVIIème siècle : le classicisme

Problématique générale : La tragédie, des destins d'exception ou des réalités proches de chacun d'entre nous ?

Séance 01

La tragédie : définition et exemple

Oral

1. Dans les faits divers suivants, quelles différences y a-t-il entre les mots 'drame' et 'tragédie'. Peut-on les échanger ?

2. Proposez des exemples d'histoires ou de faits divers 'tragiques'.

3. D'après ce qui a été vu, quelle définition peut-on proposer du mot 'tragédie' ?

Pistes

Aisne: cinq proches retrouvés morts par balle, la piste d'un "drame familial"

Un couple et leurs trois enfants de 13 à 20 ans ont été retrouvés morts, tués par balle dans une ferme, à Nouvion-et-Catillon (Aisne).

Les circonstances du drame sont encore inconnues, mais le parquet a d'ores et déjà esquissé la piste d'un "drame familial". Cinq personnes, des parents tous les deux âgés de 47 ans et leurs trois enfants de 13, 15 et 20 ans, ont été retrouvées mortes dans une ferme, ce mardi matin à Nouvion-et-Catillon au sud de Saint-Quentin (Aisne). Les victimes ont toutes été tuées par balle, selon une source proche du dossier contacté par L'Express.

LEXPRESS.fr avec AFP , publié le 31/10/2017

Tuerie dans les Alpes françaises: le mystère reste entier

Le mystère reste entier au lendemain du massacre d'une famille de vacanciers britanniques dans un camping de Haute-Savoie. Les enquêteurs tentent toujours de déterminer les circonstances de cette fusillade qui a fait quatre morts et épargné deux fillettes. Alors que cette tragédie suscite une vive émotion en France et au Royaume-Uni, beaucoup est attendu d'une conférence de presse que doit donner le procureur au palais de justice d'Annecy à 14H00.

Amandine AMBREGNI (AFP) Publié le 06/09/2012

Tragédie en Malaisie : 24 morts dans l'incendie d'une école

Vingt-quatre personnes, pour la plupart des adolescents, ont péri dans un incendie jeudi dans une école religieuse à Kuala Lumpur, l'un des pires de ces dernières années en Malaisie, ont indiqué des responsables locaux. Le feu s'est déclaré peu avant l'aube à l'école Tahfiz Darul Quran Ittifaqiyah, un établissement de deux étages situé dans le centre de la capitale de ce pays d'Asie du Sud-Est à majorité musulmane.

Paris Match| Publié le 14/09/2017

Drame à Nîmes : une vitesse excessive et des circonstances accablantes

La préfecture du Gard a précisé les circonstances dans lesquelles s'est déroulé le très grave accident de la route qui a fait trois morts à Nîmes ce dimanche 5 novembre au matin. Elles sont accablantes.

Un dramatique accident de la circulation a fait trois morts ce dimanche matin à l'aube à Nîmes boulevard Salvador Allende dont deux bébés (six mois et un an et demi) et leur maman (24 ans) qui avaient déjà perdu la vie à l'arrivée des secours. Très vite s'est posée la question de savoir dans quelles circonstances un accident d'une telle gravité avait pu se dérouler. Ce dimanche après-midi, la préfecture du Gard a donné plus de précisions. Les circonstances sont accablantes pour le conducteur et ses passagers qui rentraient d'un mariage.

Midi Libre, publié le 05/11/2017

Observation

Que représente, selon vous, ce tableau ?

Pistes

Oral

Préparez une lecture à deux voix de ce monologue.

Analyse

Étudiez le texte de Corneille. Vous vous appuierez sur le parcours de lecture suivant :

- une femme humiliée et une mère déchirée

- une vengeance monstrueuse et démesurée

Notion : Les visées de la tragédie

Synthèse

D'après Aristote, la tragédie est un genre qui suscite "la pitié et la terreur" (Poétique, chap. 6, II). Quel est, selon vous, l'intérêt de ce genre de spectacle ?

Document A

Beloved ('bien-aimé') raconte l'histoire de Sethe. Cette femme est l'esclave d'un propriétaire qui se fait appeler Maître d'École, en 1855. Elle s'enfuit avec ses quatre enfants pour trouver refuge chez sa belle-mère. Quand son maître la retrouve, elle tue ses deux fils, et l'une de ses filles, appelée 'Beloved'.

Quand arrivèrent les quatre cavaliers - Maître d'École, un neveu, un chasseur d'esclaves et un shérif - la maison de Bluestone Road était si tranquille qu'ils crurent être venus trop tard. Trois d'entre eux mirent pied à terre, l'autre demeura en selle, le fusil prêt, les yeux braqués sur les alentours de la maison, vers la gauche et vers la droite, car il était très probable que la fugitive tente de filer à toutes jambes. Quoique, parfois, on ne pouvait jamais dire, on les trouvait recroquevillés quelque part : sous les lattes du plancher, dans un placard - et jusque dans la cheminée. Même alors, on prenait des précautions car les plus doux, ceux qu'on extrayait d'une presse, d'un grenier à foin, ou, cette fois-là, d'une cheminée, se laissaient emmener gentiment pendant deux ou trois secondes. Pris la main dans le sac, pour ainsi dire, ils semblaient reconnaître la futilité qu'il y avait à essayer de damer le pion à un homme blanc et l'impossibilité de courir plus vite qu'une balle. Ils souriaient, même, comme des enfants surpris le doigt dans le pot de confiture, et quand vous preniez la corde pour les attacher, eh bien, même alors, on ne savait jamais. Ce même nègre à la tête basse et au petit sourire confus de doigt dans le pot de confiture pouvait brusquement rugir, comme un taureau ou un autre animal du même genre, et se mettre à faire des choses incroyables. Saisir le fusil par le canon ; se jeter sur celui qui le tenait - n'importe quoi. Il fallait donc prendre un pas de recul et laisser un autre se charger de l'attacher. Autrement, on finissait par tuer ce qu'on était payé pour ramener vivant. A la différence d'un serpent ou d'un ours, un nègre mort ne pouvait pas être écorché avec profit ni ne valait son propre poids mort en argent.

Six ou sept Noirs marchaient sur la route en direction de la maison : deux garçons arrivaient à main gauche du chasseur d'esclaves et quelques femmes, à main droite. L'homme leur fit signe de ne pas bouger avec son fusil et ils s'immobilisèrent là où ils étaient. Le neveu revint après être allé jeter un coup d'œil dans la maison, se posant un doigt devant les lèvres pour réclamer le silence, du pouce il indiqua que ce qu'ils cherchaient était là-bas derrière. Alors le chasseur d'esclaves mit pied à terre et rejoignit les autres. Maître d'École et le neveu allèrent vers la gauche de la maison ; l'homme et le shérif, vers la droite. Un vieux fou de nègre était debout devant le bûcher une hache à la main. On pouvait voir immédiatement qu'il était fou, parce qu'il grondait, faisait des bruits sourds, un peu comme un chat en colère. Environ douze mètres derrière ce nègre il y en avait un autre - une femme, avec une fleur à son chapeau. Folle aussi, probablement, parce qu'elle aussi restait plantée comme une souche - mais elle agitait les mains comme si elle écartait des toiles d'araignée devant elle. Tous deux, pourtant, regardaient fixement le même endroit - un appentis. Neveu alla vers le vieux Noir et lui prit la hache. Puis tous quatre se dirigèrent vers la cahute.

À l'intérieur, deux garçons saignaient dans la sciure et la terre aux pieds d'une femme noire qui, d'une main, serrait un troisième trempé de sang contre sa poitrine et, de l'autre, tenait un nourrison par les talons, la tête en bas. Elle ne les regarda pas ; elle balança simplement le bébé vers les rondins de la cloison, manqua son coup et tentait d'atteindre son but une seconde fois lorsque, jailli de nulle part dans le tic tac du temps que les hommes passèrent à regarder fixement ce qu'il y avait à regarder, le vieux Noir, toujours miaulant, franchit la porte en bondissant dans leur dos et attrapa le bébé au beau milieu de la trajectoire du lancer de sa mère.

D'emblée, il fut évident, surtout pour Maître d'École, qu'il n'y avait rien là à récupérer. Les trois (quatre, à présent, parce qu'elle en attendait un quand elle s'était sauvée) négrillons qu'ils avaient espéré vivants et en assez bonne santé pour être ramenés dans le Kentucky, ramenés et élevés convenablement pour faire les travaux dont le Bon Abri avait désespérément besoin, ne l'étaient plus. Deux gisaient les yeux ouverts dans la sciure de bois , un troisième se vidait de son sang sur la robe du personnage principal - la femme qui faisait l'orgueil de Maître d'École, celle dont il disait qu'elle faisait de l'excellente encre, de la sacrément bonne soupe, qui lui repassait ses cols comme il aimait, sans compter qu'elle aurait été fertile pendant au moins dix ans encore. Mais maintenant elle avait perdu la tête, à cause des mauvais traitements du neveu qui l'avait trop battue et l'avait poussée à s'enfuir.

Toni Morrison, Beloved, 1987, éd. Christian Bourgeois, trad . H. Chabrier et S. rué.

E. Delacroix, Médée furieuse, 1838.

Notes

1. Mon époux perfide, infidèle.

2. Est-ce assez pour...

3. Remplaçons-les par les miens.

4. Ici, sacrifier.

5. Pensées indécises.

Document B

Médée.

Est-ce assez, ma vengeance, est-ce assez de deux morts ?

Consulte avec loisir tes plus ardents transports.

Des bras de mon perfide1 arracher une femme,

Est-ce pour2 assouvir les fureurs de mon âme ?

Que n'a-t-elle déjà des enfants de Jason,

Sur qui plus pleinement venger sa trahison !

Suppléons-y des miens3 ; immolons4 avec joie

Ceux qu'à me dire adieu Créuse me renvoie :

Nature, je le puis sans violer ta loi ;

Ils viennent de sa part, et ne sont plus à moi.

Mais ils sont innocents ; aussi l'était mon frère ;

Ils sont trop criminels d'avoir Jason pour père ;

Il faut que leur trépas redouble son tourment ;

Il faut qu'il souffre en père aussi bien qu'en amant.

Mais quoi ! j'ai beau contre eux animer mon audace,

La pitié la combat, et se met en sa place :

Puis, cédant tout à coup la place à ma fureur,

J'adore les projets qui me faisaient horreur :

De l'amour aussitôt je passe à la colère,

Des sentiments de femme aux tendresses de mère.

Cessez dorénavant, pensers irrésolus5,

D'épargner des enfants que je ne verrai plus.

Chers fruits de mon amour, si je vous ai fait naître,

Ce n'est pas seulement pour caresser un traître :

Il me prive de vous, et je l'en vais priver.

Mais ma pitié renaît, et revient me braver ;

Je n'exécute rien, et mon âme éperdue

Entre deux passions demeure suspendue.

N'en délibérons plus, mon bras en résoudra.

Je vous perds, mes enfants ; mais Jason vous perdra ;

Il ne vous verra plus… Créon sort tout en rage ;

Allons à son trépas joindre ce triste ouvrage.

Corneille, Médée, V, 2, 1635.

Séance 02

Les personnages tragiques

Cette séance est destinée à définir les caractéristiques sociales du personnage tragique

Recherche

Distinguez les pièces ci-contre, suivant qu'elles relèvent de la tragédie ou de la comédie. Vous justifierez vos réponses.

Pistes

Notion : Les caractéristiques du personnage tragique

La Veuve

Personnages

Philiste, amant de Clarice.

Alcidon, ami de Philiste, et amant de Doris.

Célidan, ami d'Alcidon, et amoureux de Doris.

Clarice, veuve d'Alcandre, et maîtresse de Philiste.

Chrysante, mère de Doris.

Doris, sœur de Philiste.

La Nourrice de Clarice.

Géron, agent de Florange, amoureux de Doris.

Lycas, domestique de Philis.

Polymas,

Doraste,

Listor, domestiques de Clarice.

La scène est à Paris

P. Corneille, La Veuve, 1632

Horace

Personnages

Tulle, roi de Rome.

Le vieil Horace, chevalier romain.

Horace, son fils.

Curiace, gentilhomme d'Albe, amant de Camille.

Valère, chevalier romain, amoureux de Camille.

Sabine, femme d'Horace, et sœur de Curiace.

Camille, amante de Curiace, et sœur d'Horace.

Julie, dame romaine, confidente de Sabine et de Camille.

Flavian, soldat de l'armée d'Albe.

Procule, soldat de l'armée de Rome.

La scène est à Rome, dans une salle de la maison d'Horace.

P. Corneille, Horace, 1639

Les Plaideurs

Personnages

Dandin, juge.

Léandre, fils de Dandin.

Chicanneau, bourgeois.

Isabelle, fille de Chicanneau.

La Comtesse.

Petit Jean, portier.

L'Intimé, secrétaire.

Le Souffleur.

La scène est dans une ville de Basse-Normandie.

J. Racine, Les Plaideurs, 1668.

Iphigénie

Personnages

Agamemnon.

Achille.

Ulysse.

Clytemnestre, femme d'Agamemnon.

Iphigénie, fille d'Agamemnon.

Ériphile, fille d'Hélène et de Thésée.

Arcas, domestique d'Agamemnon.

Eurybate, domestique d'Agamemnon.

Ægine, femme de la suite de Clytemnestre.

Doris, confidente d'Eriphile.

Troupe de gardes.

La scène est en Aulide, dans la tente d'Agamemnon.

J. Racine, Iphigénie, 1674.

Séance 03

Des passions tragiques

Oral

Par groupe de quatre, préparez une mise en scène de ce dialogue.

Deux élèves joueront les personnages, mais uniquement en mime : ils donneront une image des personnages.

Deux autres élèves feront les voix, en lisant les dialogues.

Vous pouvez raccourcir les tirades, en veillant à ne pas laisser des rimes orphelines.

Observation

Comparez les mises en scène de Bernard de Coster, 1998 (40'30-47') et Patrice Chéreau, 2003 (49'20-57').

Analyse

Commentez la tirade de Phèdre de "Ah, cruel !" à la fin. Vous montrerez :

- la manifestation des sentiments amoureux

- l'utilisation du registre polémique dans cet extrait

Pistes

Document A

Phèdre est l'épouse de Thésée. Mais elle aime en secret le fils de ce dernier, Hippolyte ; seule la nourrice de Phèdre connaît le secret.

A. Cabanel, Phèdre, 1880.

Document B

On vient de rapporter à Phèdre que son époux, Thésée, est mort. Poussée par sa confidente, la nourrice OEnone, Phèdre se décide à avouer son amour à Hippolyte, le fils de son époux.

Phèdre

On ne voit point deux fois le rivage des morts,

Seigneur : puisque Thésée a vu les sombres bords,

En vain vous espérez qu'un dieu vous le renvoie ;

Et l'avare Achéron ne lache point sa proie.

Que dis-je ? Il n'est point mort, puisqu'il respire en vous.

Toujours devant mes yeux je crois voir mon époux :

Je le vois, je lui parle ; et mon cœur... je m'égare,

Seigneur ; ma folle ardeur malgré moi se déclare.

Hippolyte

Je vois de votre amour l'effet prodigieux :

Tout mort qu'il est, Thésée est présent à vos yeux ;

Toujours de son amour votre âme est embrasée.

Phèdre

Oui, prince, je languis, je brûle pour Thésée :

Je l'aime, non point tel que l'ont vu les enfers,

Volage adorateur de mille objets divers,

Qui va du dieu des morts déshonorer la couche ;

Mais fidèle, mais fier, et même un peu farouche,

Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi,

Tel qu'on dépeint nos dieux, ou tel que je vous voi.

Il avait votre port, vos yeux, votre langage ;

Cette noble pudeur colorait son visage,

Lorsque de notre Crête il traversa les flots,

Digne sujet des vœux des filles de Minos.

Que faisiez-vous alors ? Pourquoi, sans Hippolyte,

Des héros de la Grèce assembla-t-il l'élite ?

Pourquoi, trop jeune encor, ne pûtes-vous alors

Entrer dans le vaisseau qui le mit sur nos bords ?

Par vous aurait péri le monstre de la Crête,

Malgré tous les détours de sa vaste retraite :

Pour en développer l'embarras incertain,

Ma sœur du fil fatal eût armé votre main.

Mais non : dans ce dessein je l'aurais devancée ;

L'amour m'en eût d'abord inspiré la pensée.

C'est moi, prince, c'est moi, dont l'utile secours

Vous eût du labyrinthe enseigné les détours.

Que de soins m'eût coûtés cette tête charmante !

Un fil n'eût point assez rassuré votre amante :

Compagne du péril qu'il vous fallait chercher,

Moi-même devant vous j'aurais voulu marcher ;

Et Phèdre au labyrinthe avec vous descendue

Se serait avec vous retrouvée ou perdue.

Hippolyte

Dieux ! qu'est-ce que j'entends ? Madame, oubliez-vous

Que Thésée est mon père, et qu'il est votre époux ?

Phèdre

Et sur quoi jugez-vous que j'en perds la mémoire,

Prince ? Aurais-je perdu tout le soin de ma gloire ?

Hippolyte

Madame, pardonnez : j'avoue, en rougissant,

Que j'accusais à tort un discours innocent.

Ma honte ne peut plus soutenir votre vue ;

Et je vais...

Phèdre

Ah, cruel ! tu m'as trop entendue !

Je t'en ai dit assez pour te tirer d'erreur.

Eh bien ! connais donc Phèdre et toute sa fureur :

J'aime ! Ne pense pas qu'au moment que je t'aime,

Innocente à mes yeux, je m'approuve moi-même ;

Ni que du fol amour qui trouble ma raison

Ma lâche complaisance ait nourri le poison ;

Objet infortuné des vengeances célestes,

Je m'abhorre encor plus que tu ne me détestes.

Les dieux m'en sont témoins, ces dieux qui dans mon flanc

Ont allumé le feu fatal à tout mon sang ;

Ces dieux qui se sont fait une gloire cruelle

De séduire le cœur d'une faible mortelle.

Toi-même en ton esprit rappelle le passé :

C'est peu de t'avoir fui, cruel, je t'ai chassé ;

J'ai voulu te paraître odieuse, inhumaine ;

Pour mieux te résister, j'ai recherché ta haine.

De quoi m'ont profité mes inutiles soins ?

Tu me haïssais plus, je ne t'aimais pas moins ;

Tes malheurs te prêtaient encor de nouveaux charmes.

J'ai langui, j'ai séché dans les feux, dans les larmes :

Il suffit de tes yeux pour t'en persuader,

Si tes yeux un moment pouvaient me regarder...

Que dis-je ? cet aveu que je te viens de faire,

Cet aveu si honteux, le crois-tu volontaire ?

Tremblante pour un fils que je n'osais trahir,

Je te venais prier de ne le point haïr :

Faibles projets d'un cœur trop plein de ce qu'il aime !

Hélas ! je ne t'ai pu parler que de toi-même !

Venge-toi, punis-moi d'un odieux amour :

Digne fils du héros qui t'a donné le jour,

Délivre l'univers d'un monstre qui t'irrite.

La veuve de Thésée ose aimer Hippolyte !

Crois-moi, ce monstre affreux ne doit point t'échapper ;

Voilà mon cœur : c'est là que ta main doit frapper.

Jean Racine, Phèdre, II, 5, 1677.

Séance 05

Des morts affreuses

Oral

Écrivez la lettre qu'un metteur en scène écrirait à ses comédiens, ainsi qu'au décorateur et au costumier, pour leur expliquer comment il imagine la représentation de ce dialogue : les décors, les costumes, le jeu des acteurs.

Vous veillerez à préciser et à justifier la façon dont chaque personnage est envisagé : Hippolyte est-il inhumain ? sensible ? admirable ? odieux ? généreux ? égoïste ? Phèdre est-elle violente ? triste ? haineuse ? aimante ? méprisable ? digne de compassion ? Dans toutes vos considérations, vous prendrez en compte l'effet produit sur le spectateur. Enfin, vous serez attentifs à bien préciser si le metteur en scène veut respecter les règles et l'esprit de la tragédie classique, ou au contraire les transgresser, et pour quelle(s) raison(s).

Analyse

Étudiez le texte suivant, en vous appuyant sur les axes suivants :

- le récit d'une mort affreuse

- un plaidoyer destiné à valoriser et justifier Hippolyte

Pistes

THERAMENE

A peine nous sortions des portes de Trézène,

Il était sur son char. Ses gardes affligés

Imitaient son silence, autour de lui rangés ;

Il suivait tout pensif le chemin de Mycènes ;

Sa main sur ses chevaux laissait flotter les rênes ;

Ses superbes coursiers, qu'on voyait autrefois

Pleins d'une ardeur si noble obéir à sa voix,

L'oeil morne maintenant et la tête baissée,

Semblaient se conformer à sa triste pensée.

Un effroyable cri, sorti du fond des flots,

Des airs en ce moment a troublé le repos ;

Et du sein de la terre, une voix formidable

Répond en gémissant à ce cri redoutable.

Jusqu'au fond de nos coeurs notre sang s'est glacé ;

Des coursiers attentifs le crin s'est hérissé.

Cependant, sur le dos de la plaine liquide,

S'élève à gros bouillons une montagne humide ;

L'onde approche, se brise, et vomit à nos yeux,

Parmi des flots d'écume, un monstre furieux.

Son front large est armé de cornes menaçantes ;

Tout son corps est couvert d'écailles jaunissantes ;

Indomptable taureau, dragon impétueux,

Sa croupe se recourbe en replis tortueux.

Ses longs mugissements font trembler le rivage.

Le ciel avec horreur voit ce monstre sauvage,

La terre s'en émeut, l'air en est infecté ;

Le flot qui l'apporta recule épouvanté.

Tout fuit ; et sans s'armer d'un courage inutile,

Dans le temple voisin chacun cherche un asile.

Hippolyte lui seul, digne fils d'un héros,

Arrête ses coursiers, saisit ses javelots,

Pousse au monstre, et d'un dard lancé d'une main sûre,

Il lui fait dans le flanc une large blessure.

De rage et de douleur le monstre bondissant

Vient aux pieds des chevaux tomber en mugissant,

Se roule, et leur présente une gueule enflammée

Qui les couvre de feu, de sang et de fumée.

La frayeur les emporte, et sourds à cette fois,

Ils ne connaissent plus ni le frein ni la voix ;

En efforts impuissants leur maître se consume ;

Ils rougissent le mors d'une sanglante écume.

On dit qu'on a vu même, en ce désordre affreux,

Un dieu qui d'aiguillons pressait leur flanc poudreux.

A travers des rochers la peur les précipite.

L'essieu crie et se rompt : l'intrépide Hippolyte

Voit voler en éclats tout son char fracassé ;

Dans les rênes lui−même, il tombe embarrassé.

Excusez ma douleur. Cette image cruelle

Sera pour moi de pleurs une source éternelle.

J'ai vu, Seigneur, j'ai vu votre malheureux fils

Traîné par les chevaux que sa main a nourris.

Il veut les rappeler, et sa voix les effraie ;

Ils courent ; tout son corps n'est bientôt qu'une plaie.

De nos cris douloureux la plaine retentit.

Leur fougue impétueuse enfin se ralentit ;

Ils s'arrêtent non loin de ces tombeaux antiques

Où des rois ses aïeux sont les froides reliques,

J'y cours en soupirant, et sa garde me suit.

De son généreux sang la trace nous conduit,

Les rochers en sont teints, les ronces dégouttantes

Portent de ses cheveux les dépouilles sanglantes.

J'arrive, je l'appelle, et me tendant la main,

Il ouvre un oeil mourant qu'il referme soudain :

"Le ciel, dit−il, m'arrache une innocente vie.

Prends soin après ma mort de la triste Aricie.

Cher ami, si mon père un jour désabusé

Plaint le malheur d'un fils faussement accusé,

Pour apaiser mon sang et mon ombre plaintive,

Dis−lui qu'avec douceur il traite sa captive,

Qu'il lui rende..." A ce mot, ce héros expiré

N'a laissé dans mes bras qu'un corps défiguré,

Triste objet, où des dieux triomphe la colère.

Et que méconnaîtrait l'oeil même de son père.

J. Racine, Phèdre, V, 6, 1677.

Séance 06

L'intérêt de tels spectacles ?

Oral

Selon vous, quel est l'intérêt de montrer des spectacles destinés à susciter "l'horreur et la pitié" ?

Pistes

Invention

Résumez le débat entre les deux auteurs sous la forme d'un échange de SMS rédigés dans une langue correcte.

Document A

Pierre Nicole fut l'un des maîtres de Jean Racine.

Un faiseur de romans et un poète de théâtre est un empoisonneur public, non des corps, mais des âmes des fidèles, qui se doit regarder comme coupable d'une infinité d'homicides spirituels, qu'il a causés en effet ou qu'il a pu causer par ses écrits pernicieux. Plus il a eu soin de couvrir d'un voile d'honnêteté les passions criminelles qu'il y décrit, plus il les a rendues dangereuses, et capables de surprendre et de corrompre les âmes simples et innocentes.

Pierre Nicole, Les Visionnaires, 1ère lettre, 1667.

Document B

Dix ans plus tard, dans sa préface, Jean Racine répond à son ancien maître.

Au reste, je n'ose encore assurer que cette pièce soit en effet la meilleure de mes tragédies. Je laisse aux lecteurs et au temps à décider de son véritable prix. Ce que je puis assurer, c'est que je n'en ai point fait où la vertu soit plus mise en jour que dans celle-ci. Les moindres fautes y sont sévèrement punies ; la seule pensée du crime y est regardée avec autant d'horreur que le crime même ; les faiblesses de l'amour y passent pour de vraies faiblesses ; les passions n'y sont présentées aux yeux que pour montrer tout le désordre dont elles sont cause ; et le vice y est peint partout avec des couleurs qui en font connaître et haïr la difformité. C'est là proprement le but que tout homme qui travaille pour le public doit se proposer.

J. Racine, Phèdre, préface de 1677.

Document C

Dans l'article Genève de l'Encyclopédie, d'Alembert critique la rigueur morale de la cité qui empêche toute représentation théâtrale. Rousseau lui répond dans une longue lettre dans laquelle il réfléchit sur la moralité du théâtre.

Quant à l'espèce des spectacles, c'est nécessairement le plaisir qu'ils donnent, et non leur utilité, qui la détermine. Si l'utilité peut s'y trouver, à la bonne heure ; mais l'objet principal est de plaire, et, pourvu que le peuple s'amuse, cet objet est assez rempli. Cela seul empêchera toujours qu'on ne puisse donner à ces sortes d'établissements tous les avantages dont ils seraient susceptibles, et c'est s'abuser beaucoup quel de s'en former une idée de perfection, qu'on ne saurait mettre en pratique, sans rebuter ceux qu'on croit instruire. Voilà d'où naît la diversité des spectacles, selon les goûts divers des nations. Un peuple intrépide, grave et cruel, veut des fêtes meurtrières et périlleuses, où brillent la valeur et le sens-froid. Un peuple féroce et bouillant veut du sang, des combats, des passions atroces. Un peuple voluptueux veut de la musique et des danses. Un peuple galant veut de l'amour de la politesse. Un peuple badin veut de la plaisanterie et du ridicule. Trahit sua quemque voluptas1. Il faut, pour leur plaire, des spectacles qui favorisent leurs penchants, au lieu qu'il en faudrait qui les modérassent.

J.-J. Rousseau, Lettre à d'Alembert sur les spectacles, 1758.

Invention

PIERRE NICOLE
J'ai lu Phèdre, et je te remercie de m'avoir envoyé ton livre. Il est très beau, mais je ne change pas d'avis. Pour moi...

JEAN RACINE

PIERRE NICOLE

JEAN RACINE

PIERRE NICOLE

JEAN RACINE

PIERRE NICOLE

JEAN RACINE

PIERRE NICOLE

JEAN RACINE

Séance 06

La violence tragique

Invention

Écrivez la lettre qu'un metteur en scène écrirait à ses comédiens, ainsi qu'au décorateur et au costumier, pour leur expliquer comment il imagine la représentation de ce dialogue : les décors, les costumes, le jeu des acteurs.

Recherche

Qu'est-ce qui vous paraît intéressant dans cet extrait ?

Pistes

Réflexion

La tragédie, des destins d'exception ou des réalités proches de chacun d'entre nous ?

Notes

* Didascalies ajoutées après coup par l'auteur.

L'action prend place dans l'Antiquité. Horace, un Romain, et Curiace, un Albain, sont amis et amoureux chacun de la soeur de l'autre. Mais leur cité respective, Rome et Albe, sont en lutte. Chaque ville se choisit trois champions qui devront se battre à mort : pour Rome, ce seront Horace et ses frères ; pour Albe, Curiace et ses frères. Au terme d'un combat difficile, Horace parvient à tuer tous les Curiaces. Rome triomphe donc. Mais Camille, soeur d'Horace, n'accepte pas la mort de son amant.

Horace

Suis moins ta passion, règle mieux tes désirs,

Ne me fais plus rougir d'entendre tes soupirs ;

Tes flammes désormais doivent être étouffées ;

Bannis-les de ton âme, et songe à mes trophées :

Qu'ils soient dorénavant ton unique entretien.

Camille

Donne-moi donc, barbare, un cœur comme le tien ;

Et si tu veux enfin que je t'ouvre mon âme,

Rends-moi mon Curiace, ou laisse agir ma flamme :

Ma joie et mes douleurs dépendaient de son sort ;

Je l'adorais vivant, et je le pleure mort.

Ne cherche plus ta sœur où tu l'avais laissée ;

Tu ne revois en moi qu'une amante offensée,

Qui comme une furie attachée à tes pas,

Te veut incessamment reprocher son trépas.

Tigre altéré de sang, qui me défends les larmes,

Qui veux que dans sa mort je trouve encor des charmes,

Et que jusques au ciel élevant tes exploits,

Moi-même je le tue une seconde fois !

Puissent tant de malheurs accompagner ta vie,

Que tu tombes au point de me porter envie ;

Et toi, bientôt souiller par quelque lâcheté

Cette gloire si chère à ta brutalité !

Horace

Ô ciel ! Qui vit jamais une pareille rage !

Crois-tu donc que je sois insensible à l'outrage,

Que je souffre en mon sang ce mortel déshonneur ?

Aime, aime cette mort qui fait notre bonheur,

Et préfère du moins au souvenir d'un homme

Ce que doit ta naissance aux intérêts de Rome.

Camille

Rome, l'unique objet de mon ressentiment !

Rome, à qui vient ton bras d'immoler mon amant !

Rome qui t'a vu naître, et que ton cœur adore !

Rome enfin que je hais parce qu'elle t'honore !

Puissent tous ses voisins ensemble conjurés

Saper ses fondements encor mal assurés !

Et si ce n'est assez de toute l'Italie,

Que l'orient contre elle à l'occident s'allie ;

Que cent peuples unis des bouts de l'univers

Passent pour la détruire et les monts et les mers !

Qu'elle-même sur soi renverse ses murailles,

Et de ses propres mains déchire ses entrailles !

Que le courroux du ciel allumé par mes vœux

Fasse pleuvoir sur elle un déluge de feux !

Puissé-je de mes yeux y voir tomber ce foudre,

Voir ses maisons en cendre, et tes lauriers en poudre,

Voir le dernier Romain à son dernier soupir,

Moi seule en être cause, et mourir de plaisir !

Horace, mettant la main à l'épée et poursuivant sa soeur qui s'enfuit *.

C'est trop, ma patience à la raison fait place ;

Va dedans les enfers plaindre ton Curiace.

Camille, blessée derrière le théâtre *.

Ah ! Traître !

Horace, revenant sur le théâtre *.

Ainsi reçoive un châtiment soudain

Quiconque ose pleurer un ennemi romain !

P. Corneille, Horace, IV, 5, 1640.

Observation

Commentez la mise en scène suivante.

Horace, mise en scène de Naidra Ayadi, 2009.

Remédiation

Les paragraphes

Horace est un héros parce qu'il suit son devoir, même si c'est difficile. En opposition à sa soeur, qui n'écoute que ses sentiments, il est l'homme de la raison. De nombreux verbes à l'impératif montrent qu'il essaie de ramener sa soeur à une attitude plus réfléchie : "Suis moins ta passion, règle mieux tes désirs" (v. 1), "songe..." (v. 4). Il utilise également à plusieurs reprises le verbe devoir (v.3 et v. 28), notamment dans l'injonction : "Tes flammes désormais doivent être étouffées." On le voit, Horace est un héros non seulement parce qu'il a vaincu les autres, mais surtout parce qu'il est capable de vaincre ses passions, et il invite sa soeur à faire de même.

Horace est un héros parce qu'il a vaincu ses ennemis : "Au terme d'un combat difficile, Horace parvient à tuer tous les Curiaces" Camille lui reproche violemment à plusieurs reprises "Te veut incessamment reprocher son trépas" (v.13), "à qui vient ton bras d'immoler mon amant !" (v. 30) Camille est furieuse contre lui parce qu'il a tué Curiace, qui était son amant. Parce qu'il a triomphé, Horace est honoré par Rome "mes trophées" (v. 4), "cette gloire" (v. 22), "Rome enfin que je hais parce qu'elle t'honore !" (v. 32). Rome le reconnaît comme un héros, et lui a donné de nombreuses marques de reconnaissance.

L'introduction

Ce qu'on appelle aujourd'hui tragédie n'a que peu de points communs avec les oeuvres théâtrales de l'Antiquité ou des auteurs classiques comme Corneille. Celui-ci raconte, dans Horace, une violente tragédie qui mêle un conflit politique à des intérêts familiaux et des passions amoureuses. Curiace, un Albain, et Horace, un Romain doivent s'affronter dans un combat mortel pour leur ville. Leurs soeurs respectives sont amoureuses de ces deux adversaires. Horace ressort vainqueur du combat mais Camille, sa soeur, n'accepte pas la soeur de son amant. Peut-on concilier les liens familiaux avec la passion amoureuse blessée ? Dans un premier temps, nous étudierons comment Camille suit la voix de la passion, puis nous montrerons comment Horace est un héros.

Ce texte est une tragédie classique écrite par Corneille, un auteur classique né en 1606 et mort en 1684. Dans cette oeuvre, écrite en 1640 et qui a pour nom Horace, il raconte l'histoire d'Horace et de Camille, qui sont frère et soeur ; Camille est amoureuse de Curiace, l'adversaire d'Horace ; Horace sort vainqueur de son combat, apportant ainsi la paix à sa ville natale, Rome, alors que Curiace représentait Albe. Je vais organiser mon commentaire de la façon suivante : je vais faire un axe sur les passions de Camille, d'abord je montrerai en quoi ce texte est-il une tragédie, puis pourquoi Horace tue-t-il sa soeur et pour finir en quoi l'amour de Camille pour Curiace est-il passionnel. Puis je concluerai en dressant un bilan des points abordés et en proposant une ouverture.

Séance 07

Ecrire une tragédie

Cette séance est consacrée à l'écriture d'un texte tragique

Oral

Si l'on voulait écrire une tragédie aujourd'hui, quel genre de personnage choisirait-on ?

Sujet

Choisissez l'un des deux articles suivants pour écrire une scène d'une pièce tragique contemporaine.

Vous respecterez les conventions de la tragédie classique (unités, bienséances). Les dialogues seront en prose.

Bettencourt mère et fille: chronique d'une relation houleuse

Liliane Bettencourt va être placée sous tutelle. Ses avocats ont déjà annoncé qu'ils feraient appel de la décision. Retour sur les années de relations houleuses qui ont abouti à cette situation.

Si proches, si loin. C'est une rue tranquille dans un quartier huppé de Neuilly, là où résident quelques-unes des plus grosses fortunes de France, là où tout ne devrait être que luxe, calme et volupté. Au coeur de Saint-James, dans ce bastion des bonnes manières, les deux bâtisses se font face, l'hôtel particulier et l'immeuble, séparés d'une cinquantaine de mètres.

D'un côté, Liliane Bettencourt, 88 ans, milliardaire, actionnaire de référence de L'Oréal; de l'autre, sa fille unique et héritière, Françoise, 58 ans, le mari de celle-ci, Jean-Pierre Meyers, et leurs enfants, Jean-Victor et Nicolas. En quelques mois, ce qui est devenu l'"affaire Bettencourt" a fait éclater le cadre convenu d'une famille bien sous tous rapports et, au fil des révélations de presse, a mué le combat judiciaire en une chronique de la détestation entre une mère et sa fille. On ne se voit plus. On ne se parle plus. Sauf à l'occasion des rares conseils d'administration de L'Oréal, qui ont lieu autour de la table de la salle à manger familiale de l'hôtel particulier!

Le 19 décembre 2007, bien qu'encore ignoré du public, le conflit prend un tour irréversible. Ce jour-là, Françoise Meyers-Bettencourt dépose une plainte pour "abus de faiblesse". La procédure vise le photographe François-Marie Banier. L'héritière soupçonne cet artiste excentrique d'avoir mis sous influence sa mère, Liliane, et de lui avoir soutiré près de 1 milliard d'euros. Pendant plusieurs jours, avant le lancement de cette procédure, Françoise a demandé avec insistance à Liliane de subir des examens médicaux. Le 14 décembre, à la demande de la fille, un neurologue est venu examiner en catimini la vieille dame pour conforter un éventuel placement sous curatelle.

"Avec cette plainte odieuse, tu me tues à petit feu"

Celle-ci n'aura connaissance de la plainte visant son ami Banier que par une lettre de sa fille du 14 janvier 2008. "Je sais par avance que tu seras très contrariée", écrit Françoise, avant de dénoncer en ces termes les agissements de Banier: "Il y a une limite au-delà de laquelle ce n'est plus tolérable." Le photographe est devenu l'enjeu d'une bataille sans merci entre mère et fille. Celle-ci le voit comme un manipulateur cupide qui ne pense qu'à l'argent de la milliardaire. Celle-là en fait son compagnon favori d'amusement. "Il m'a ouvert des espaces de liberté et de gaieté", explique-t-elle.

Dans sa réponse à la lettre du 14 janvier, Liliane Bettencourt rétorque : "Une plainte contre François-Marie serait une plainte contre moi. En as-tu conscience?" Elle reproche aussi à sa fille de ne plus lui laisser voir ses petits-enfants, qui "ont si longtemps ignoré leur grand-mère, de l'autre côté de la rue". Le 19 février, autre lettre, dont Le Monde a révélé le contenu; autres mots, tout aussi sévères. Evoquant "le manque de considération" de Françoise à son égard, Liliane le qualifie de "gravement injurieux". Elle profère aussi une menace: "Cette lettre est un dernier avertissement." Le sous-entendu est sans équivoque. Liliane Bettencourt pourrait revenir sur la donation faite à sa fille des actions de L'Oréal pour "ingratitude".

En dépit de ces échanges acides, une tentative de conciliation tripartite est engagée à l'initiative de Liliane Bettencourt, en février 2008, afin que sa fille retire sa plainte. La vieille dame souhaite un arrangement entre elle, Françoise et son ami Banier. Comme le raconte Christophe D'Antonio dans La Lady et le dandy (éd. Jacob-Duvernet), elle sollicite même les bons offices de Lindsay Owen-Jones et de Maurice Lévy, PDG de L'Oréal et de Publicis. La négociation s'étale sur des mois, jusqu'à la rédaction d'un protocole qui semble convaincre les parties. Le document précise notamment que l'artiste conserve la totalité des dons reçus, mais s'engage à ne plus en accepter. Au mois de juin 2008, Liliane écrit d'ailleurs à sa fille: "Avec cette plainte odieuse, tu me tues à petit feu [...] Le protocol est une sortie honorable pour toi", et elle conclut la lettre d'une phrase qui ouvre la voie à une éventuelle réconciliation: "Si Dieu t'éclaire, je t'ouvrirai les bras dans la joie."

Par Jean-Marie Pontaut et Pascal Ceaux, L'Express, article publié le 21/07/2010.

Echirolles : le scénario d'une tragédie en trois actes

A Echirolles, une dizaine d'hommes sont mis en cause dans l'enquête sur l'expédition punitive qui à coûté la vie à Sofiane et Kevin.

En cherchant à venger son frère cadet qui venait de prendre une raclée, la vie du première classe Mohamed E. a basculé, vendredi 28 septembre. Fini pour lui l'armée et la carrière militaire qu'il avait envisagée : mercredi 3 octobre, Mohamed E. a été mis en examen et placé en détention provisoire dans le cadre d'une information judiciaire ouverte pour "assassinats" par le parquet de Grenoble. Il est suspecté d'un double homicide, commis en réunion avec une dizaine de jeunes, vendredi à Echirolles (Isère). Les enquêteurs considèrent que Mohamed E. est l'un des initiateurs – sinon l'unique initiateur – du lynchage qui a coûté la vie à Sofiane Tadbirt et Kevin Noubissi, 21 ans. Toutefois, il n'est pas seul à endosser ce crime.

Il y a avec lui au moins neuf autres suspects. Sept, dont un mineur de 17 ans, sont également derrière les barreaux depuis mercredi soir. Deux autres, qui avaient réussi à échapper au coup de filet tendu lundi1er et mardi 2 octobre par les policiers, se sont rendus jeudi. Illye T., 18 ans, s'est présenté en début d'après-midi à l'hôtel de police de Grenoble. Ibrahim C., 21 ans, l'a rejoint en fin d'après-midi. Tous les deux sont connus de la justice ; ils ont été condamnés pour des vols, des violences ou des outrages, mais seul Illye a déjà fait de la prison. Impliqué dans une affaire de violence avec arme blanche contre un vigile, il a purgé une peine de six mois et a été libéré le 25 septembre, soit trois jours avant la tragédie d'Echirolles. Une tragédie qui s'est déroulée en trois actes, dans des lieux proches les uns des autres.

Acte I. Vendredi 28 septembre vers 14 h 30-15 heures, non loin du lycée Marie-Curie d'Echirolles où Wilfrid Noubissi, frère cadet de Kevin, suit ses études. Wilfrid croise la route de Sid Ahmed E., frère cadet de Mohamed. Sans qu'on sache pourquoi – un mauvais regard ? une histoire de fille ? un contentieux plus ou moins ancien ? –, les deux garçons se battent. Wilfrid prend le dessus sur son adversaire, dont la mère alarmée alerte le grand frère. Celui-ci intervient et gaze Wilfrid à l'aide d'une bombe lacrymogène.

Acte II. Le grand frère de Wilfrid, Kevin, entre dans l'embrouille. Il corrige Sid Ahmed et exige des excuses. C'en est trop pour Mohamed qui ressent cela comme une humiliation. Sur la place des Géants, dans le quartier grenoblois de la Villeneuve, à quelques encablures d'Echirolles, comme tous les jours à la même heure, Anthony C., Eraba D., Illye T., Ibrahim C. et quelques autres partagent leur désœuvrement. La suite, c'est Eraba qui l'a racontée aux policiers pendant sa garde à vue : "Mon téléphone a sonné vers 16 heures. C'était Mohamed qui me demandait de le rejoindre à Marie-Curie car un copain s'était fait frapper par un gars d'Echirolles." Pas un seul des garçons n'hésite. Voilà l'équipée en route vers Echirolles, sur des scooters ou en tramway.

"UNE HISTOIRE STUPIDE, TRAGIQUE"

Acte III. Il est environ 20 h 50. Sofiane, Kevin, Wilfrid et deux autres copains rentrent du Mc Do et traversent le parc Maurice-Thorez à Echirolles, à deux pas de chez eux. Sur leur chemin, une quinzaine de types de la Villeneuve, armés de battes de baseball, d'un pistolet à grenailles, de plusieurs couteaux et d'une bouteille de vodka vide tombent sur eux. Les plus jeunes parviennent à s'enfuir. Pas Sofiane ni Kevin. A 21 h 06, les policiers arrivent. Les deux corps gisent à 600 mètres l'un de l'autre. Kevin a reçu huit coups de couteau ; il est mort sur le coup. Sofiane, lardé de vingt-neuf coups de plusieurs couteaux, décède un peu plus tard à l'hôpital.

"Une histoire stupide, tragique, sans qu'il n'y ait trace d'aucun conflit d'intérêt", déplore le procureur de la République de Grenoble, Jean-Yves Coquillat. Une bagarre de jeunes "gratuite, immédiate et spontanée, pas une de ces rixes entre bandes rivales comme il y en a souvent, sur fond de trafics ou de contrôle de territoire", renchérit le commissaire Jean-Paul Pecquet, directeur départemental de la sécurité publique. Une vengeance d'une violence inouïe. Un lynchage.

A l'exception d'Anthony C., tous les suspects ont déjà eu maille à partir avec la police. Six ont déjà été condamnés pour des délits relativement mineurs. Illye mis à part, ils ont évité la case prison. "Ce sont des petits délinquants de cité qui, pour certains, sont sur une voie de durcissement, mais aucun d'entre eux n'appartient à une bande", relève Jean-Paul Pecquet.

Ce sont des jeunes oisifs, sans emploi ni formation. Ils ont terminé leur cursus scolaire depuis plusieurs années et ils traînent leur ennui dans la cité qui les a vus grandir. "Ils tiennent les murs et quand ils les lâchent, c'est pour jouer à la PlayStation", ajoute un enquêteur. Dans ce groupe qui s'est improvisé en "équipée sauvage", seul Mohamed exerce un métier. Comme son frère Sid Ahmed l'avait fait avant lui, il s'est engagé dans l'armée le 1er janvier. Cantonné au 93e régiment d'artillerie à Varces (Isère), c'est là que les gendarmes sont allés le cueillir lundi soir, redoutant que lui et son frère tentent de gagner l'Algérie, où leur père a choisi de partir précipitamment au lendemain du drame.

A ce stade de la procédure, tous nient leur implication dans la tuerie. Certains ont admis leur présence sur les lieux, voire de s'être battus, mais à mains nues. A les en croire, aucun ne s'est servi d'un couteau. D'autres assurent qu'ils n'étaient pas là. Pourtant, les caméras de vidéosurveillance, les témoignages des survivants et certains éléments matériels les désignent formellement. Reste maintenant à déterminer qui et combien ils sont à avoir porté les coups mortels. Et ça, ce n'est pas la partie la plus facile de l'enquête.

Le Monde.fr | 05.10.2012 | Par Yves Bordenave

Séance 08

Une tragédie contemporaine

Cette évaluation est destinée à vérifier les connaissances des élèves sur la tragédie classique

Lecture

La pièce de Koltès, inspirée de faits réels, retrace le parcours d'un criminel en série.

II. MEURTRE DE La Mère.

La mère de Zucco, en tenue de nuit devant la porte fermée.

La Mère. - Roberto, j'ai la main sur le téléphone, je décroche et j'appelle la police...

Zucco. - Ouvre-moi.

La Mère. - Jamais.

Zucco. - Si je donne un coup dans la porte, elle tombe, tu le sais bien, ne fais pas l'idiote.

La Mère. - Eh bien, fais-le donc, malade, cinglé, fais-le et tu réveilleras les voisins. Tu étais plus à l'abri en prison, car s'ils te voient ils te lyncheront : on n'admet pas ici que quelqu'un tue son père. Même les chiens, dans ce quartier, te regarderont de travers:

Zucco cogne contre la porte.

La Mère. - Comment t'es-tu échappé? Quelle espèce de prison est-ce là ?

Zucco. - On ne me gardera jamais plus de quelques heures en prison. Jamais. Ouvre donc; tu ferais perdre patience à une limace. Ouvre, ou je démolis la baraque.

La Mère. - Qu'es-tu venu faire ici? D'où te vient ce besoin de revenir? Moi, je ne veux plus te voir, je ne veux plus te voir. Tu n'es plus mon fils, c'est fini. Tu ne comptes pas davantage, pour moi, qu'une mouche à merde.

Zucco défonce la porte.

La Mère. Roberto, n'approche pas de moi.

Zucco. - Je suis venu chercher mon treillis.

La Mère. - Ton quoi ?

Zucco – Mon treillis : ma chemise kaki et mon pantalon de combat.

La Mère. - Cette saloperie d'habit militaire. Qu'est-ce que tu as besoin de cette saloperie d'habit militaire ? Tu es fou, Roberto. On aurait dû comprendre cela quand tu étais au berceau et te foutre à la poubelle.

Zucco. - Bouge-toi, dépêche-toi, ramène-le moi de suite.

La Mère. - Je te donne de l'argent. C'est de l'argent que tu veux. Tu t'achèteras tous les habits que tu veux.

Zucco - Je ne veux pas d'argent. C'est mon treillis que je veux.

La Mère - Je ne veux pas, je ne veux pas. Je vais appeler les voisins.

Zucco - Je veux mon treillis.

La Mère. - Ne crie pas, Roberto, ne crie pas, tu me fais peur; ne crie pas, tu vas réveiller les voisins. Je ne peux pas te le donner, c'est impossible : il est sale, il est dégueulasse, tu ne peux pas le porter comme cela. Laisse-moi le temps de le laver, de le faire sécher, de le repasser.

Zucco. - Je le laverai moi-même. J'irai à la laverie automatique.

La Mère. - Tu dérailles, mon pauvre vieux. Tu es complètement dingue.

Zucco . - C'est l'endroit du monde que je préfère. C'est calme, c'est tranquille, et il y a des femmes.

La Mère. - Je m'en fous. Je ne veux pas te le donner. Ne m'approche pas, Roberto. Je porte encore le deuil de ton père, est-ce que tu vas me tuer à mon tour ?

Zucco - N'aies pas peur de moi, maman. J'ai toujours été doux et gentil avec toi. Pourquoi aurais-tu peur de moi? Pourquoi est-ce que tu ne me donnerais pas mon treillis ? J'en ai besoin, maman, j'en ai besoin.

La Mère. - Ne sois pas gentil avec moi, Roberto. Comment veux-tu que j'oublie que tu as tué ton père, que tu l'as jeté par la fenêtre, comme on jette une cigarette ? Et maintenant, tu es gentil avec moi. Je ne veux pas oublier que tu as tué ton père, et ta douceur me ferait tout oublier, Roberto.

Zucco. - Oublie, maman. Donne-moi mon treillis, ma chemise kaki et mon pantalon de combat; même sales, même froissés, donne-les moi. Et puis je partirai, je te le jure.

La Mère. - Est-ce moi, Roberto, est-ce moi qui t'ai accouché ? Est-ce de moi que tu es sorti ? Si je n'avais pas accouché de toi ici, si je ne t'avais pas vu sortir, et suivi des yeux jusqu'à ce qu'on te pose dans ton berceau; si je n'avais pas posé, depuis le berceau, mon regard sur toi sans te lâcher, et surveillé chaque changement de ton corps au point que je n'ai pas vu les changements se faire et que je te vois là, pareil à celui qui est sorti de moi dans ce lit, je croirais que ce n'est pas mon fils que j'ai devant moi. Pourtant, je te reconnais, Roberto. Je reconnais la forme de ton corps, ta taille, la couleur de tes cheveux, la couleur de tes yeux, la forme de tes mains, ces grandes mains fortes qui n'ont jamais servi qu'à caresser le cou de ta mère, qu'à serrer celui de ton père, que tu as tué. Pourquoi cet enfant, si sage pendant vingt-quatre ans, est-il devenu fou brusquement ? Comment as-tu quitté les rails, Roberto ? Qui a posé un tronc d'arbre sur ce chemin si droit pour te faire tomber dans l'abîme ? Roberto, Roberto, une voiture qui s'est écrasée au fond d'un ravin, on ne la répare pas, Un train qui a déraillé, on n'essaie pas de le remettre sur ses rails. On l'abandonne, on l'oublie. Je t'oublie, Roberto, je t'ai oublié.

Zucco. - Avant de m'oublier, dis-moi où est mon treillis.

La Mère. – Il est là, dans le panier. Il est sale et tout froissé. (Zucco sort le treillis.) Et maintenant va-t'en, tu me l'as juré.

Zucco. – Oui, je l'ai juré.

Il s'approche, la caresse, l'embrasse, la serre; elle gémit.

Il la lâche et elle tombe, étranglée. Zucco se déshabille, enfile son treillis et sort.

Bernard-Marie Koltès, Roberto Zucco, 1988, Les Editions de Minuit

Bilan

La tragédie classique

Recherche

En vous appuyant sur les textes et les documents étudiés, répondez aux questions suivantes.

1. Quel est l'objectif de la tragédie ?

2. Qui sont les personnages d'une pièce tragique ? Citez quelques exemples.

3. Où et quand se passe l'action d'une pièce tragique ?

4. Quelles règles s'imposent aux auteurs de tragédies pendant le classicisme* ?

5. Quel est l'objectif des écrivains classiques* ?

6. Quelle différence faites-vous entre les personnages de Corneille et ceux de Racine ?

7. Les tragédies nous montrent-elles des destins exceptionnelles ou des réalités proches de chacun d'entre nous ?

* Dans les arts, on appelle 'classicisme' la période qui correspond au règne de Louis XIV. Un écrivain 'classique', en français, est donc un écrivain contemporain de Louis XIV.

Invention

1. Documentez-vous sur les tragédies les plus célèbres de Racine et Corneille : vous devez avoir au moins 5 exemples.

2. En vous inspirant des couvertures ci-contre, proposez une Une de journal exposant plusieurs histoires tragiques célèbres.

Vous utiliserez Libreoffice Draw ou Writer.

Aptitudes

Éléments restrictifs

Une copie ne peut atteindre la moyenne si l'un des éléments suivants est présent : la consigne n'est pas du tout respectée (absence de rapport avec le sujet ou contresens sur lui) / le devoir ne présente aucune recherche dans son écriture / le devoir n'est pas compréhensible en plusieurs endroits / le devoir est très court.

/20 De 1 à 5 De 6 à 10 De 11 à 15 De 16 à 20
Exercer sa faculté d'invention de façon raisonnée

On devine une Une de journal.

La Une de journal est reconnaissable : manchette, gros titre, sous-titres.

La Une de journal est crédible.

La manchette, les titres, les sous-titres sont convaincants.

Le choix des images et de la typographie est judicieux.

La Une est visuellement séduisante.

La manchette, les titres, les sous-titres sont accrocheurs.

Le choix des images et de la typographie est particulièrement judicieux.

Lire, analyser, interpréter

On comprend les allusions aux tragédies étudiées.

Les tragédies sont évoquées de façon pertinente.

Les tragédies sont évoquées de façon particulièrement pertinente.

Mobiliser sa culture littéraire

L'invention mentionne une ou deux références littéraires.

L'invention propose plusieurs références littéraires.

L'invention développe de nombreuses références littéraires.

Maîtriser la langue et l'expression

La langue est partiellement maîtrisée.

La langue est correctement maîtrisée.

Les conventions typographiques sont respectées.

La langue est bien maîtrisée.

Les conventions typographiques sont respectées.

Le vocabulaire est précis et varié.