Science et fiction

L'utopie.

À propos de H. G. Wells, Jules Verne écrit : "Je me sers de la science, il l'invente."

“Dans mes romans, j'ai toujours fait en sorte d'appuyer mes prétendues inventions sur une base de faits réels et d'utiliser pour leur mise en œuvre des méthodes et des matériaux qui n'outrepassent pas les limites du savoir-faire et des connaissances contemporaines” - Jules Verne

"Je ne peux pas dire que je suis particulièrement emballé par la science. En vérité, je ne l'ai jamais été : c'est-à-dire que je n'ai jamais suivi d'études scientifiques ni même fait d'expériences. Mais quand j'étais jeune, j'adorais observer le fonctionnement des machines."

La fiction est-elle l'opposé de la science ?

La fiction peut-elle nous garder de la science ?

Différence entre fiction scientifique et science-fiction. La fiction au service de la science (Jules Verne, la littérature didactique), la 'science' au service de la fiction (Rosny l'aîné).

Ignis

Le Péril Bleu.

La fiction peut diffuser/questionner/critiquer/utiliser la science.

Séance 01

Science et fiction

Lecture

Comparez les deux textes. Quelle place donnent-ils à la science ?

Document A

Rien ne manquait des choses essentielles à la vie et même au bien-être. De plus, grâce aux instincts de Michel Ardan, l’agréable vint se joindre à l’utile sous la forme d’objets d’art ; il eût fait de son projectile un véritable atelier d’artiste, si l’espace ne lui eût pas manqué. Du reste, on se tromperait en supposant que trois personnes dussent se trouver à l’étroit dans cette tour de métal. Elle avait une surface de cinquante-quatre pieds carrés à peu près sur dix pieds de hauteur, ce qui permettait à ses hôtes une certaine liberté de mouvement. Ils n’eussent pas été aussi à leur aise dans le plus confortable wagon des États-Unis.

La question des vivres et de l'éclairage étant résolue, restait la question de l'air. Il était évident que l'air enfermé dans le projectile ne suffirait pas pendant quatre jours à la respiration des voyageurs ; chaque homme, en effet, consomme dans une heure environ tout l'oxygène contenu dans cent litres d'air. Barbicane, ses deux compagnons, et deux chiens qu'il comptait emmener, devaient consommer, par vingt-quatre heures, deux mille quatre cents litres d'oxygène, ou, en poids, à peu près sept livres. Il fallait donc renouveler l'air du projectile. Comment ? Par un procédé bien simple, celui de MM. Reiset et Regnault, indiqué par Michel Ardan pendant la discussion du meeting.

On sait que l'air se compose principalement de vingt et une parties d'oxygène et de soixante-dix-neuf parties d'azote. Or, que se passe-t-il dans l'acte de la respiration ? Un phénomène fort simple. L'homme absorbe l'oxygène de l'air, éminemment propre à entretenir la vie, et rejette l'azote intact. L'air expiré a perdu près de cinq pour cent de son oxygène et contient alors un volume à peu près égal d'acide carbonique, produit définitif de la combustion des éléments du sang par l'oxygène inspiré. Il arrive donc que dans un milieu clos, et après un certain temps, tout l'oxygène de l'air est remplacé par l'acide carbonique, gaz essentiellement délétère.

La question se réduisait dès lors à ceci : l'azote s'étant conservé intact, 1° refaire l'oxygène absorbé ; 2° détruire l'acide carbonique expiré. Rien de plus facile au moyen du chlorate de potasse et de la potasse caustique.

Le chlorate de potasse est un sel qui se présente sous la forme de paillettes blanches ; lorsqu'on le porte à une température supérieure à quatre cents degrés, il se transforme en chlorure de potassium, et l'oxygène qu'il contient se dégage entièrement. Or, dix-huit livres de chlorate de potasse rendent sept livres d'oxygène, c'est-à-dire la quantité nécessaire aux voyageurs pendant vingt-quatre heures. Voilà pour refaire l'oxygène.

Quant à la potasse caustique, c'est une matière très-avide de l'acide carbonique mêlé à l'air, et il suffit de l'agiter pour qu'elle s'en empare et forme du bicarbonate de potasse. Voilà pour absorber l'acide carbonique.

En combinant ces deux moyens, on était certain de rendre à l'air vicié toutes ses qualités vivifiantes. C'est ce que les deux chimistes, MM. Reiset et Regnault, avaient expérimenté avec succès.

Jules Verne, De la Terre à la Lune, chp xxiii, 1865.

Document B

Tout est prêt. Les cloisons du Stellarium, en argine sublimé, d'une transparence parfaite, ont une résistance et une élasticité qui, naguère, eussent paru irréalisables et qui le rendent pratiquement indestructible.

Un champ pseudo-gravitif, à l'intérieur de l'appareil, assurera un équilibre stable aux êtres et aux objets.

Nous disposons d'abris dont la contenance totale atteint trois cent mètres cubes ; notre chargement d'hydralium doit suffire à nous approvisionner d'oxygène pendant trois cents jours ; nos armures hermétiques d'argine nous permettront de circuler dans Mars à la pression terrestre, notre respiration étant assurée par des transformateurs directs ou pneumatiques. D'ailleurs les appareils Siverol nous dispenseraient de respirer pendant plusieurs heures, par leur action globulaire, et par l'anesthésie des poumons.

Enfin, notre provision de vivres comprimés, auxquels nous pouvons rendre à volonté leur volume primitif est assurée pour neuf mois.

Le laboratoire prévoit toutes les analyses physiques, chimiques et biologiques ; nous sommes puissamment pourvus d'appareils destructeurs. En somme, la propulsion, l'équilibre pseudo-gravitif, la respiration normale, la combustion artificielle et la nutrition nous sont assurés pendant plus de trois saisons. En comptant trois mois pour atteindre Mars, trois mois pour en revenir, il nous restera trois mois pleins pour explorer la planète, dans le cas - le moins favorable - où nous ne trouverions là-bas aucune ressource d'alimentation et de respiration.

I

8 Avril. - Notre vaisseau vogue dans la nuit éternelle ; les rayons du soleil nous frapperaient durement, à travers l'argine, si nous ne disposions pas d'appareils qui atténuent, diffusent ou suppriment la lumière, à notre gré.

Notre vie est aussi aride que la vie des captifs ; dans l'étendue morte, les astres ne sont que de monotones points de feu ; notre tâche se borne à de menus soins d'entretien et de surveillance ; tout ce que les appareils doivent faire jusqu'à l'heure de l'atterrissage est rigoureusement déterminé. Aucun obstacle ; rien qui exige un changement d'orientation ; une vie intérieure subordonnée à la machinerie. Nous avons des livres, des instruments de musique, des jeux. L'esprit d'aventure nous soutient, une espérance démesurée quoique amortie par l'attente…

La prodigieuse vitesse qui nous entraîne équivaut à une suprême immobilité. Profond silence : nos appareils - générateurs et transformateurs - ne font pas de bruit ; les vibrations sont d'ordre éthérique… Ainsi, rien ne décèle le bolide lancé dans les solitudes interstellaires…

J.-H. Rosny aîné, Les Navigateurs de l'infini, préface, 1925.

Séance 02

Le Voyage dans la Lune

Présentation

Le Voyage dans la Lune est sorti en salle en 1902. Ce court-métrage, adapté du célèbre roman de Jules Verne, est considéré comme le premier film de science-fiction.

Mélies, Le Voyage dans la Lune, 1902.

Séance 03

L'Ève future

Observation

Alex Garland, Ex Machina, 2014

Ses prunelles, dilatées par la complexe horreur du fait, se fixaient sur l'Andréïde. Son cœur, serré par une amertume affreuse, lui brûlait la poitrine comme brûle un morceau de glace.

Il assura, machinalement, son lorgnon et la considéra de la tête aux pieds, à droite et à gauche, puis en face.

Il lui prit la main : c'était la main d'Alicia ! Il respira le cou, le sein oppressé de la vision : c'était bien Alicia ! Il regarda les yeux… c'étaient bien les yeux… seulement le regard était sublime ! La toilette, l'allure,… - et ce mouchoir dont elle essuyait, en silence, deux larmes sur ses joues liliales, - c'était bien elle encore… mais transfigurée ! devenue, enfin, digne de sa beauté même : l'identité idéalisée.

Hors d'état de se ressaisir, il ferma les yeux : puis, de la paume de sa main fiévreuse, essuya quelques gouttes de sueur froide sur ses tempes.

Il venait de ressentir, à l'improviste, ce qu'éprouve un voyageur qui, perdu dans une ascension au milieu des montagnes, ayant entendu son guide lui dire à voix basse : "Ne regardez pas à votre gauche !" - n'a pas tenu compte de l'avertissement, et aperçoit, brusquement, au bord de sa semelle, à pic, l'un de ces gouffres aux profondeurs éblouissantes, voilées de brume, et qui ont l'air de lui rendre son regard en le conviant au précipice.

Il se dressa, maudissant, pâle et dans une angoisse muette. Puis il se rassit, sans proférer une parole et remettant à plus tard toute détermination.

Ainsi, sa première palpitation de tendresse, d'espérance et d'ineffable amour, on la lui avait ravie, extorquée : il la devait à ce vain chef-d'œuvre inanimé, de l'effrayante ressemblance duquel il avait été la dupe.

Son cœur était confondu, humilié, foudroyé.

Il embrassa, d'un coup d'œil, le ciel et la terre, avec un rire vague, sec, outrageant, qui renvoyait à l'Inconnu l'injure imméritée que l'on avait faite à son âme. Et ceci le remit en pleine possession de lui-même.

Alors il vit s'allumer, tout au fond de son intelligence, une pensée soudaine, plus surprenante encore, à elle seule, que le phénomène de tout à l'heure. C'était qu'en définitive la femme que représentait cette mystérieuse poupée assise à côté de lui, n'avait jamais trouvé en elle de quoi lui faire éprouver le doux et sublime instant de passion qu'il venait de ressentir.

Sans cette stupéfiante machine à fabriquer l'Idéal, il n'eût peut-être jamais connu cette joie. Ces paroles émues de Hadaly, la comédienne réelle les avait proférées sans les éprouver, sans les comprendre : - elle avait cru jouer "un personnage", - et voici que le personnage était passé au fond de l'invisible scène et avait retenu le rôle. La fausse Alicia semblait donc plus naturelle que la vraie.

Auguste de Villiers de L'Isle-Adam, L'Ève future, 1886.

Séance 04

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