Que
Comme élément pronominal ou non, placé dans le complémenteur, ce morphème joue en effet un rôle essentiel pour la syntaxe du français. Il constitue le support morphologique privilégié de la subordination. Mais il ouvre également des phrases indépendantes non assertives. Précis de grammaire pour les concours, D. Maingueneau, Nathan, 2001 ( troisième édition ) |
A. Que subordonnant
Que est l'outil de subordination universel en français. Situé dans le complémenteur, il marque la frontière entre deux domaines phrastiques sans avoir par lui-même de contenu sémantique : Je pense qu'il a raison * Je pense il a raison Dans cet emploi il figure en tête des phrases à sujet exprimé et à temps fini : * Je crois que vient * Je veux que venir Une phrase à sujet non-nul et à verbe fini étant plus autonome à l'égard de la principale, on comprend qu'il faille matérialiser par un que la frontière entre les deux domaines. Précis de grammaire pour les concours, D. Maingueneau, Nathan, 2001 ( troisième édition ) |
1°) Dans les complétives sujets à verbe fini
Ces complétives doivent être précédées par un GN ( « Le fait qu' il parte me surprend ») ou seulement par que: « Qu'il parte me surprend. » Dans ce dernier cas le verbe est au subjonctif. Quand la complétive est objet indirect précédé des prépositions à,de, en, sur, elle devient la locution conjonctive ce que : Je tiens à * que/ce que tu viennes Précis de grammaire pour les concours, D. Maingueneau, Nathan, 2001 ( troisième édition ) |
2°) Dans les circonstancielles
Que figure également dans les locutions conjonctives qui ouvrent nombre de circonstancielles. « Pour qu'il ne vienne », par exemple, s'analyse comme la combinaison d'une préposition, pour, et d'une phrase "qu'il ne vienne" complément de la préposition; étant à verbe fini et à sujet non nul, cette phrase appelle un que (*pour vienne). Ce rôle de marqueur de subordination apparaît de manière exemplaire dans les coordinations. Même des subordonnants comme quand, comme, etc., peuvent être repris par que : Quand tu viens et que tu... Comme je venais et qu'il... comme s'il s'agissait de combinaisons Prep + Phrase : Dès qu'il arriva et qu'il vit... Précis de grammaire pour les concours, D. Maingueneau, Nathan, 2001 ( troisième édition ) |
3°) Dans les comparatives
Dans les subordinations comparatives on trouve également que dans le complémenteur. C'est aussi le cas des consécutives ( « Il est si malin qu'il réussira »). Précis de grammaire pour les concours, D. Maingueneau, Nathan, 2001 ( troisième édition ) |
4°) Cas problématiques
La langue parlée emploie que pour des subordinations dont la valeur sémantique varie en fonction de la phrase dans laquelle il s'insère : ( 1) Il le ferait que ça ne servirait à rien (conditionnel) (2) Où vas-tu que t'as l'air si pressé ? (causal) (3) Sors, que je me repose un peu (final) En (2), par exemple, pour qu' on interprète la subordonnée comme causale, il faut que la première partie de la phrase soit une interrogation, dont la phrase en que permet de justifier l' énonciation. Précis de grammaire pour les concours, D. Maingueneau, Nathan, 2001 ( troisième édition ) |
B. En proposition indépendante
Il existe des emplois où que, tout en demeurant vide, figure dans le complémenteur de phrases non subordonnées. C'est le cas des énoncés exprimant une visée (souhait, ordre) :« Qu'il parte! », « Que je disparaisse! » Ce type d'énoncé qui implique l'emploi du subjonctif doit être rapproché des infinitifs indépendants ( « Partir! » ), qui eux aussi associent valeur non assertive et absence d'embrayage temporel. On peut rattacher à ce type de phrase certaines phrases des systèmes hypothétiques. Qu'il vienne (et) nous serons ravis Ici "qu'il vienne" suspend la valeur assertive pour construire une situation fictive. La présence de ce "que" dans le complémenteur d'une phrase non subordonnée constitue un argument en faveur de l'existence d'une position COMP dans toute phrase, subordonnée ou non, interrogative ou non. Les énoncés de ce genre embarrassent depuis longtemps les grammairiens. On a souvent voulu ramener ce que à un subordonnant en sous-entendant une principale: qu'il vienne = « Je veux qu'il vienne ». Mais cette solution est ad hoc, c'est-à-dire qu'elle n'a pas d'autre justification que de résoudre le problème pour lequel on l'a conçue. Il existe néanmoins un point commun entre ces phrases indépendantes en que et les subordonnées: ce n'est pas sur elles que porte le poids de l'assertion de l'énonciateur; dans l'indépendante, l'énoncé est donné comme non asserté, dans le cas de la subordonnée c'est la principale qui fait l'objet de l'assertion. Précis de grammaire pour les concours, D. Maingueneau, Nathan, 2001 ( troisième édition ) |
C. Que Pronom
Dans la position COMP que peut également jouer un rôle de pronom interrogatif ou relatif : - comme pronom relatif lié à un antécédent, que est invariable en genre et en nombre; il marque la subordination et donne une indication de fonction, en l'occurrence complément d'objet direct; - comme pronom interrogatif, il constitue la variante de "quoi" en tête de phrase: « Tu veux quoi ? » /« Que veux-tu ? ». Il est réservé aux GN non animés objets directs. Précis de grammaire pour les concours, D. Maingueneau, Nathan, 2001 ( troisième édition ) |
D. Autres emplois
1°) Ne... Que
On mentionnera ne... que, qui n'est ni subordonnant ni pronom mais relève du système de la négation. Il est associé à ne ( « Je n'ai vu que Paul » ) et se place devant le constituant sur lequel porte la négation restrictive : Je ne veux faire partir que mes amis Je ne veux que faire partir mes amis Dans la langue soignée, il ne peut pas porter sur un constituant sujet, mais la langue parlée l'accepte: « Que (= « seulement ») Paul et Marie aiment le jazz. » Dans ce cas, le "ne" disparaît puisqu'il n'y a pas de verbe devant "que". Précis de grammaire pour les concours, D. Maingueneau, Nathan, 2001 ( troisième édition ) |
2°) Adverbe de quantité
Comme adverbe de quantité placé dans le complémenteur, il marque une grande quantité ou un haut degré et s'emploie dans les exclamatives : (1) Que d'ennuis j'ai eus ! (2) Qu'il est bête ! / Qu'il marche lentement ! En (1) que détermine un nom; en (2) il porte sur un adjectif et sur un adverbe pour marquer le haut degré. Précis de grammaire pour les concours, D. Maingueneau, Nathan, 2001 ( troisième édition ) |
3°) Dans les incises
Il faut venir, qu'il me dit, et très tôt Cet usage est caractéristique de l'oral familier. Il permet d'éviter l'inversion du sujet (me dit-il). Précis de grammaire pour les concours, D. Maingueneau, Nathan, 2001 ( troisième édition ) |