Les paroles rapportées

Le discours rapporté représente un dédoublement de l'énonciation: le discours tenu par un locuteur de base contient un discours attribué à un autre locuteur (parfois au locuteur de base ), qui est rapporté par le locuteur premier.

Grammaire méthodique du français, Riegel, Pellat, Rioul, PUF, 1994

Mon père, qui m'a toujours aimé tendrement, s'employa avec toute son affection pour me consoler. Je l'écoutais, mais sans l'entendre. Je me jetai à ses genoux, je le conjurai, en joignant les mains, de me laisser retourner à Paris pour aller poignarder B... (discours narrativisé) Non, disais-je, il n'a pas gagné le coeur de Manon, il lui a fait violence ; il l'a séduite par un charme ou par un poison ; il l'a peut-être forcée brutalement. Manon m'aime. Ne le sais-je pas bien ? Il l'aura menacée, le poignard à la main, pour la contraindre de m'abandonner. Que n'aura-t-il pas fait pour me ravir une si charmante maîtresse ! O dieux ! dieux ! serait-il possible que Manon m'eût trahi, et qu'elle eût cessé de m'aimer. (discours direct) (Prévost)

Frédéric, prenant l'occasion qui s'offrait de parler d'elle, ajouta timidement :

- Est-ce que je ne pourrai pas la voir ? (discours direct)

Elle était dans son pays, près de sa mère malade. (discours indirect libre ) (Flaubert)

Ministère de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie, Terminologie grammaticale, Centre National de Documentation Pédagogique, 1998.

1. Le discours direct

Le discours direct constitue apparemment la forme la plus littérale de la reproduction du discours d'autrui. Il est rapporté tel quel, comme une citation. Cependant, la fidélité littérale au discours rappporté n'est qu'apparente; ainsi, le discours direct ne reproduit pas les caractéristiques du discours oral, qu'il neutralise le plus souvent. Le discours direct est inséré dans un autre discours, avec des marques explicites du décalage énonciatif produit: il est encadré par des guillemets ou, dans le cas d'un dialogue inséré dans un récit, chaque réplique est introduite par un tiret.

Le discours direct est généralement signalé par une phrase introductive, qui indique l'énonciateur et précise éventuellement les conditions de son discours (lieu et temps, attitude, sentiments). Cette phrase peut occuper trois positions: avant le passage au discours direct; à l'intérieur ou après le passage au style direct, sous forme d'incise.

- Que vois-je! s'écria le roi assis sous son chêne, n'est-ce point là mon bien-aimé Auge qui s'avance ?

- Lui-même, sire, répondit le hobereau en s'inclinant bien bas. Mes respects, ajouta-t-il. (Queneau, Les Fleurs bleues)

Le discours direct présente les caractéristiques de l'énonciation de discours. Les pronoms ou déterminants de première personne (je, mon) renvoient à l'énonciateur dont le discours est rapporté. Les temps sont repérés par rapport au moment de sa parole.

Grammaire méthodique du français, Riegel, Pellat, Rioul, PUF, 1994

2. Le discours indirect

Le discours rapporté au style indirect perd son indépendance syntaxique et énonciative. Il se construit comme une proposition subordonnée, qui est complément d'un verbe principal signifiant "dire" ou "penser". Les verbes introducteurs du discours indirect ne sont pas exactement les mêmes que ceux qui introduisent le discours direct. Les premiers, plus variés que les seconds, peuvent indiquer une appréciation du locuteur qui rapporte le discours d'autrui.

Je lui demandai ce qui l'amenait à Amiens, et si elle y avait quelques personnes de connaissance. Elle me répondit ingénument qu'elle y était envoyée par ses parents, pour être religieuse ( Abbé Prévost).

La mise en subordination provoque des transpositions de temps et de personnes, ainsi que des changements qui affectent les déictiques et les types de phrases. La transposition des personnes suit des règles complexes, selon les rapports entre le locuteur de base, son allocutaire et le locuteur dont il rapporte le discours. Le changement des temps du verbe est réglé par la concordance des temps.

Grammaire méthodique du français, Riegel, Pellat, Rioul, PUF, 1994

3. Le discours indirect libre

Le style (ou discours) indirect libre est un procédé essentiellement littéraire, qui se rencontre peu dans la langue parlée, à la différence des deux formes précédentes.

Comme le discours direct, il se rencontre dans des phrases indépendantes (sans mise en subordination), mais souvent sans démarcation par rapport au contexte où il est inséré (ni guillemets, ni phrase introductive). Il conserve les exclamations et les procédés expressifs du discours direct.

Etienne, déjà, continuait d'une voix changée. [...] Est-ce qu'il se trouvait des lâches pour manquer à leur parole ? Quoi ! Depuis un mois, on aurait souffert inutilement, on retournerait aux fosses, la tête basse, et l'éternelle misère recommencerait ! (Zola )

Comme dans le discours indirect, les temps et les personnes sont transposés. Dans un récit au passé, la transposition des temps permet d'intégrer parfaitement le discours rapporté à la narration.

Grammaire méthodique du français, Riegel, Pellat, Rioul, PUF, 1994