Voyage au centre de la terre

Exposés : les théories scientifiques ; le professeur Lidenbrock ;

"Mais je ne vois pas de comparaison possible entre son œuvre et la mienne. Nous ne procédons pas de la même manière. Je trouve que ses romans ne reposent pas sur des bases scientifiques. Non, il n'y a pas de rapport entre son travail et le mien. J'utilise la physique, lui, invente. Je vais sur la lune dans un boulet de canon, lancé par un canon. Là, il n'y a pas d'invention. Il va sur Mars dans un aéronef qu'il construit dans un métal qui abolit les lois de la gravitation. Ça, c'est très joli, [s'écria Monsieur Verne sur un ton animé], mais montrez-le moi ce métal. Qu'il me le fabrique » (Compère, Margot, 1998, p. 199). "

Séance 01

Les Voyages extraordinaires

Oral

1. Classez les romans suivants. Parlent-ils de leur pays ou d'ailleurs ? Se déroulent-ils à leur époque ou avant ?

Hugo, Notre-Dame de Paris, 1831.

Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires, 1844.

Gautier, Le Roman de la momie, 1858.

Flaubert, Salammbô, 1862.

Jules Verne, Voyage au centre de la terre, 1864.

Jules Verne, Le Tour du monde en 80 jours, 1873.

Zola, L'Assommoir, 1876.

Zola, Germinal, 1885.

Verne, Nord contre Sud, 1887.

Prolongement

Les Voyages Extraordinaires

"On m'a souvent demandé d'où m'est venue l'idée d'écrire ce qu'on peut appeler, faute d'un meilleur terme, des romans scientifiques. Eh bien, je me suis toujours attaché à l'étude de la géographie, comme d'autres pour l'histoire ou les recherches historiques. Je crois vraiment que c'est ma passion des cartes et des grands explorateurs du monde entier qui m'a amené à rédiger le premier de ma longue série de romans géographiques » (Compère, Margot, Entretiens avec Jules Verne 1873-1905, 1998, éd. Slatkine. "

Liste chronologique

Les Aventures du capitaine Hatteras (1864-1866).

Voyage au centre de la Terre (1864).

De la Terre à la Lune (1865).

Les Enfants du capitaine Grant (1867-1868).

Vingt mille lieues sous les mers (1869-1870).

Autour de la Lune (1870).

Une ville flottante (1871).

Les Forceurs de blocus (1871).

Aventures de trois Russes et de trois Anglais dans l'Afrique australe (1872).

Le Pays des fourrures (1873).

Le Tour du monde en quatre-vingts jours (1873).

L'Île mystérieuse (1875).

Le Chancellor (1875).

Martin Paz (1875).

Michel Strogoff (1876).

Hector Servadac (1877).

Les Indes noires (1877).

Un capitaine de quinze ans (1878).

Les Cinq Cents Millions de la Bégum (1879).

Les Révoltés de la Bounty (1879).

Les Tribulations d'un Chinois en Chine (1879).

La Maison à vapeur (1880).

La Jangada (1881).

L'École des Robinsons (1882).

Le Rayon vert (1882).

Dix heures en chasse (1882).

Kéraban-le-têtu (1883).

L'Étoile du sud (1884).

L'Archipel en feu (1884).

Mathias Sandorf (1885).

Robur le Conquérant (1886).

Un billet de loterie (1886).

Frritt-Flacc (1886).

Nord contre Sud (1887).

Le Chemin de France (1887).

Gil Braltar (1887).

Deux ans de vacances (1888).

Famille-Sans-Nom (1889).

Sans dessus dessous (1889).

César Cascabel (1890).

Mistress Branican (1891).

Le Château des Carpathes (1892).

Claudius Bombarnac (1892).

P'tit Bonhomme (1893).

Mirifiques aventures de maître Antifer (1894).

L'Île à hélice (1895).

Face au drapeau (1896).

Clovis Dardentor (1896).

Le Sphinx des glaces (1897).

Le Superbe Orénoque (1898).

Le Testament d'un excentrique (1899).

Seconde patrie (1900).

Le Village aérien (1901).

Les Histoires de Jean-Marie Cabidoulin (1901).

Les Frères Kip (1902).

Bourses de voyage (1903).

Un drame en Livonie (1904).

Maître du monde (1904).

L'Invasion de la mer (1905).

Le Phare du bout du monde (1905).

Le Volcan d'or (1906).

L'Agence Thompson and Co. (1907).

La Chasse au météore (1908).

Le Pilote du Danube (1908).

Les Naufragés du « Jonathan » (1909).

Le Secret de Wilhelm Storitz (1910).

L'Étonnante Aventure de la mission Barsac (1919).

Séance 02

La descente au gouffre

Présentation

Le lendemain mardi, 30 juin, à six heures, la descente fut reprise.

Nous suivions toujours la galerie de lave, véritable rampe naturelle, douce comme ces plans inclinés qui remplacent encore l'escalier dans les vieilles maisons. Ce fut ainsi jusqu'à midi dix-sept minutes, instant précis où nous rejoignîmes Hans, qui venait de s'arrêter.

« Ah ! s'écria mon oncle, nous sommes parvenus à l'extrémité de la cheminée. »

Je regardai autour de moi. Nous étions au centre d'un carrefour, auquel deux routes venaient aboutir, toutes deux sombres et étroites. Laquelle convenait-il de prendre ? Il y avait là une difficulté.

Cependant mon oncle ne voulut paraître hésiter ni devant moi ni devant le guide ; il désigna le tunnel de l'est, et bientôt nous y étions enfoncés tous les trois.

D'ailleurs, toute hésitation devant ce double chemin se serait prolongée indéfiniment, car nul indice ne pouvait déterminer le choix de l'un ou de l'autre ; il fallait s'en remettre absolument au hasard.

La pente de cette nouvelle galerie était peu sensible, et sa section fort inégale. Parfois une succession d'arceaux se déroulait devant nos pas comme les contre-nefs d'une cathédrale gothique. Les artistes du moyen-âge auraient pu étudier là toutes les formes de cette architecture religieuse qui a l'ogive pour générateur. Un mille plus loin, notre tête se courbait sous les cintres surbaissés du style roman, et de gros piliers engagés dans le massif pliaient sous la retombée des voûtes. À de certains endroits, cette disposition faisait place à de basses substructions qui ressemblaient aux ouvrages des castors, et nous nous glissions en rampant à travers d'étroits boyaux. Parfois une succession d'arceaux se déroulait devant nous.

La chaleur se maintenait à un degré supportable. Involontairement je songeais à son intensité, quand les laves vomies par le Sneffels se précipitaient par cette route si tranquille aujourd'hui. Je m'imaginais les torrents de feu brisés aux angles de la galerie et l'accumulation des vapeurs surchauffées dans cet étroit milieu !

« Pourvu, pensai-je, que le vieux volcan ne vienne pas à se reprendre d'une fantaisie tardive ! »

Jules Verne, Voyage au centre de la terre, XIX, 1864.

Ou

La descente recommença cette fois par la nouvelle galerie. Hans marchait en avant, selon son habitude. Nous n'avions pas fait cent pas, que le professeur, promenait sa lampe le long des murailles, s'écriait :

"Voilà les terrains primitifs ! nous sommes dans la bonne voie ! Marchons ! marchons !

Lorsque la terre se refroidit peu à peu aux premiers jours du monde, la diminution de son volume produisit dans l'écorce des dislocations, des ruptures, des retraits, des fendilles. Le couloir actuel était une fissure de ce genre par laquelle s'épanchait autrefois le granit éruptif. Ses mille détours formaient un inextricable labyrinthe à travers le sol primordial.

À mesure que nous descendions, la succession des couches composant le terrain primitif apparaissait avec plus de netteté. La science géologique considère ce terrain primitif comme la base de l'écorce minérale, et elle a reconnu qu'il se compose de trois couches différentes, les schistes, les gneiss, les micaschistes, reposant sur cette roche inébranlable qu'on appelle le granit.

Or, jamais minéralogistes ne s'étaient rencontrés dans des circonstances aussi merveilleuses pour étudier la nature sur place. Ce que la sonde, machine inintelligente et brutale, ne pouvait rapporter à la surface du globe de sa texture interne, nous allions l'étudier de nos yeux, le toucher de nos mains.

À travers l'étage des schistes, colorés de belles nuances vertes, serpentaient des filons métalliques de cuivre, de manganèse avec quelques traces de platine et d'or. Je songeais à ces richesses enfouies dans les entrailles du globe et dont l'avide humanité n'aura jamais la jouissance ! Ces trésors, les bouleversements des premiers jours les ont enterrés à de telles profondeurs, que ni la pioche ni le pic ne sauront les arracher à leur tombeau.

Aux schistes succédèrent les gneiss, d'une structure stratiforme, remarquables par la régularité et le parallélisme de leurs feuillets, puis les micaschistes disposés en grandes lamelles rehaussées à l'œil par les scintillations du mica blanc. Je m'imaginais voyager à travers un diamant.

La lumière des appareils, répercutée par les petites facettes de la masse rocheuse, croisait ses jets de feu sous tous les angles, et je m'imaginais voyager à travers un diamant creux, dans lequel les rayons se brisaient en mille éblouissements.

Vers six heures du soir, cette fête de la lumière vint à diminuer sensiblement, presque à cesser ; les parois prirent une teinte cristallisée, mais sombre ; le mica se mélangea plus intimement au feldspath et au quartz, pour former la roche par excellence, la pierre dure entre toutes, celle qui supporte, sans en être écrasée, les quatre étages de terrain du globe. Nous étions murés dans l'immense prison de granit.

Jules Verne, Voyage au centre de la terre, XXII, 1864.

Séance 03

Le rêve d'Axel

Présentation

Je prends la lunette et j'examine la mer. Elle est déserte. Sans doute nous sommes encore trop rapprochés des côtes.

Je regarde dans les airs. Pourquoi quelques-uns de ces oiseaux reconstruits par l'immortel Cuvier ne battraient-ils pas de leurs ailes ces lourdes couches atmosphériques ? Les poissons leur fourniraient une suffisante nourriture. J'observe l'espace, mais les airs sont inhabités comme les rivages.

Cependant mon imagination m'emporte dans les merveilleuses hypothèses de la paléontologie. Je rêve tout éveillé. Je crois voir à la surface des eaux ces énormes Chersites, ces tortues antédiluviennes, semblables à des îlots flottants. Sur les grèves assombries passent les grands mammifères des premiers jours, le Leptotherium, trouvé dans les cavernes du Brésil, le Mericotherium, venu des régions glacées de la Sibérie. Plus loin, le pachyderme Lophiodon, ce tapir gigantesque, se cache derrière les rocs, prêt à disputer sa proie à l'Anoplotherium, animal étrange, qui tient du rhinocéros, du cheval, de l'hippopotame et du chameau, comme si le Créateur, pressé aux premières heures du monde, eût réuni plusieurs animaux en un seul. Le Mastodonte géant fait tournoyer sa trompe et broie sous ses défenses les rochers du rivage, tandis que le Megatherium, arc-bouté sur ses énormes pattes, fouille la terre en éveillant par ses rugissements l'écho des granits sonores. Plus haut, le Protopithèque, le premier singe apparu à la surface du globe, gravit les cimes ardues. Plus haut encore, le Ptérodactyle, à la main ailée, glisse comme une large chauve-souris sur l'air comprimé. Enfin, dans les dernières couches, des oiseaux immenses, plus puissants que le casoar, plus grands que l'autruche, déploient leurs vastes ailes et vont donner de la tête contre la paroi de la voûte granitique. Le rêve d'Axel.

Tout ce monde fossile renaît dans mon imagination. Je me reporte aux époques bibliques de la création, bien avant la naissance de l'homme, lorsque la terre incomplète ne pouvait lui suffire encore. Mon rêve alors devance l'apparition des êtres animés. Les mammifères disparaissent, puis les oiseaux, puis les reptiles de l'époque secondaire, et enfin les poissons, les crustacés, les mollusques, les articulés. Les zoophytes de la période de transition retournent au néant à leur tour. Toute la vie de la terre se résume en moi, et mon cœur est seul à battre dans ce monde dépeuplé. Il n'y a plus de saisons ; il n'y a plus de climats ; la chaleur propre du globe s'accroît sans cesse et neutralise celle de l'astre radieux. La végétation s'exagère. Je passe comme une ombre au milieu des fougères arborescentes, foulant de mon pas incertain les marnes irisées et les grès bigarrés du sol ; je m'appuie au tronc des conifères immenses ; je me couche à l'ombre des Sphenophylles, des Asterophylles et des Lycopodes hauts de cent pieds.

Les siècles s'écoulent comme des jours ! Je remonte la série des transformations terrestres. Les plantes disparaissent ; les roches granitiques perdent leur dureté ; l'état liquide va remplacer l'état solide sous l'action d'une chaleur plus intense ; les eaux courent à la surface du globe ; elles bouillonnent, elles se volatilisent ; les vapeurs enveloppent la terre, qui peu à peu ne forme plus qu'une masse gazeuse, portée au rouge blanc, grosse comme le soleil et brillante comme lui !

Au centre de cette nébuleuse, quatorze cent mille fois plus considérable que ce globe qu'elle va former un jour, je suis entraîné dans les espaces planétaires ! mon corps se subtilise, se sublime à son tour et se mélange comme un atome impondérable à ces immenses vapeurs qui tracent dans l'infini leur orbite enflammée !

Quel rêve ! Où m'emporte-t-il ? Ma main fiévreuse en jette sur le papier les étranges détails ! J'ai tout oublié, et le professeur, et le guide, et le radeau ! Une hallucination s'est emparée de mon esprit…

"Qu'as-tu ?" dit mon oncle.

Jules Verne, Voyage au centre de la terre, XXXII, 1864.