Écrire et combattre pour l'égalité

Objet d'étude : La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe s.

Problématique : Comment la parole et l'écriture peuvent-elles contribuer à faire évoluer les idées et les mentalités ?

Supports : un extrait de L'École des femmes donné en commentaire littéraire et la réalisation d'un podcast dans le cadre d'un concours organisé par le Centre Hubertine Auclert et ONU Femmes France.

Séance 01

Le droit à l'avortement

Observation

Qu'est-ce que cet extrait montre sur les conditions dans lesquelles étaient pratiqués les avortements avant la légalisation de l'interruption volontaire de grossesse ?

Oral

1. Préparez une lecture à haute voix d'une dizaine de lignes (que vous choisirez) du document B.

2. Gisèle Halimi défend-elle sa cliente ?

3. Si vous étiez le procureur, que répondriez-vous ?

Contraction

Vous contracterez ce texte en 150 mots environ.

Pistes

Essai

Selon vous, comment peut-on sensibiliser à l'égalité entre les hommes et les femmes ?

Notes

1. Sous la féodalité, Personne qui n'avait pas de liberté personnelle, était attachée à une terre et assujettie à des obligations.

Document A

Hélène Strag, Adeline Laffitte, Hervé Duphot, Le Manifeste des 343, éd. Marabulles, 2020.

Document B

En 1971, Marie-Claire Chevalier, alors âgée de 16 ans, tombe enceinte à la suite d'un viol. Sa mère et des amies de cette dernière l'aident à avorter. Les cinq femmes sont arrêtées et jugées pour complicité ou pratique de l'avortement. Ce procès, dont la défense fut assurée par l'avocate Gisèle Halimi, contribua à la dépénalisation de l'interruption volontaire de grossesse en France.

Savez-vous, Messieurs, que les rédacteurs du Code civil, dans leur préambule, avaient écrit ceci et c'est tout le destin de la femme : "La femme est donnée à l'homme pour qu'elle fasse des enfants… Elle est donc sa propriété comme l'arbre à fruits est celle du jardinier." Certes, le Code civil a changé, et nous nous en réjouissons. Mais il est un point fondamental, absolument fondamental sur lequel la femme reste opprimée, et il faut, ce soir, que vous fassiez l'effort de nous comprendre.

Nous n'avons pas le droit de disposer de nous-mêmes.

S'il reste encore au monde un serf1, c'est la femme, c'est la serve, puisqu'elle comparaît devant vous, Messieurs, quand elle n'a pas obéi à votre loi, quand elle avorte. Comparaître devant vous. N'est-ce pas déjà le signe le plus certain de notre oppression ? Pardonnez-moi, Messieurs, mais j'ai décidé de tout dire ce soir. Regardez-vous et regardez-nous. Quatre femmes comparaissent devant quatre hommes… Et pour parler de quoi ? De sondes, d'utérus, de ventres, de grossesses, et d'avortements !... [...]

Ne croyez-vous pas que c'est là le signe de ce système oppressif que subit la femme ? Comment voulez-vous que ces femmes puissent avoir envie de faire passer tout ce qu'elles ressentent jusqu'à vous ? Elles ont tenté de le faire, bien sûr, mais quelle que soit votre bonne volonté pour les comprendre - et je ne la mets pas en doute - elles ne peuvent pas le faire. Elles parlent d'elles-mêmes, elles parlent de leur corps, de leur condition de femmes, et elles en parlent à quatre hommes qui vont tout à l'heure les juger. Cette revendication élémentaire, physique, première, disposer de nous-mêmes, disposer de notre corps, quand nous la formulons, nous la formulons auprès de qui ? Auprès d'hommes. C'est à vous que nous nous adressons.

Nous vous disons : "Nous, les femmes, nous ne voulons plus être des serves".

Est-ce que vous accepteriez, vous, Messieurs, de comparaître devant des tribunaux de femmes parce que vous auriez disposé de votre corps ?... Cela est démentiel !

Accepter que nous soyons à ce point aliénées, accepter que nous ne puissions pas disposer de notre corps, ce serait accepter, Messieurs, que nous soyons de véritables boîtes, des réceptacles dans lesquels on sème par surprise, par erreur, par ignorance, dans lesquels on sème un spermatozoïde. Ce serait accepter que nous soyons des bêtes de reproduction sans que nous ayons un mot à dire.

L'acte de procréation est l'acte de liberté par excellence. La liberté entre toutes les libertés, la plus fondamentale, la plus intime de nos libertés. Et personne, comprenez-moi, Messieurs, personne n'a jamais pu obliger une femme à donner la vie quand elle a décidé de ne pas le faire.

En jugeant aujourd'hui, vous allez vous déterminer à l'égard de l'avortement et à l'égard de cette loi et de cette répression, et surtout, vous ne devrez pas esquiver la question qui est fondamentale. Est-ce qu'un être humain, quel que soit son sexe, a le droit de disposer de lui-même ? Nous n'avons plus le droit de l'éviter.

J'en ai terminé et je prie le tribunal d'excuser la longueur de mes explications. [...] Ce jugement, Messieurs, vous le savez - je ne fuis pas la difficulté, et c'est pour cela que je parle de courage - ce jugement de relaxe sera irréversible, et à votre suite, le législateur s'en préoccupera. Nous vous le disons, il faut le prononcer, parce que nous, les femmes, nous, la moitié de l'humanité, nous sommes mises en marche. Je crois que nous n'accepterons plus que se perpétue cette oppression.

Messieurs, il vous appartient aujourd'hui de dire que l'ère d'un monde fini commence.

Me Gisèle Halimi, plaidoirie prononcée au procès de Bobigny le 22 novembre 1972.

Séance 02

L'histoire de Polly Baker

Notion : les parties du discours

Recherche

1. Retrouvez, dans ce début de plaidoyer, l'exorde, la narration, la confirmation.

2. Quelle image donne-t-elle d'elle-même à travers son discours, et particulièrement l'exorde ?

3. Dans la confirmation, quelle est la thèse de Polly Baker ? Quels sont ses arguments ?

Dans ce dialogue philosophique, Diderot remet en cause certaines mœurs de son temps, notamment à travers l'histoire de Miss Polly Baker dans la Nouvelle-Angleterre. Celle-ci est traduite en justice pour avoir eu des enfants hors mariage.

Permettez-moi, Messieurs, de vous adresser quelques mots. Je suis une fille1 malheureuse et pauvre, je n'ai pas le moyen de payer des avocats pour prendre ma défense, et je ne vous retiendrai pas longtemps. Je ne me flatte pas que dans la sentence que vous allez prononcer vous vous écartiez de la loi ; ce que j'ose espérer, c'est que vous daignerez implorer pour moi les bontés du gouvernement et obtenir qu'il me dispense de l'amende. Voici la cinquième fois, Messieurs, que je parais devant vous pour le même sujet ; deux fois j'ai payé des amendes onéreuses, deux fois j'ai subi une punition publique et honteuse parce que je n'ai pas été en état de payer. Cela peut être conforme à la loi, je ne le conteste point ; mais il y a quelquefois des lois injustes, et on les abroge ; il y en a aussi de trop sévères, et la puissance législatrice peut dispenser de leur exécution. J'ose dire que celle qui me condamne est à la fois injuste en elle-même et trop sévère envers moi. Je n'ai jamais offensé personne dans le lieu où je vis, et je défie mes ennemis, si j'en ai quelques-uns, de pouvoir prouver que j'aie fait le moindre tort à un homme, à une femme, à un enfant. Permettez-moi d'oublier un moment que la loi existe, alors je ne conçois pas quel peut être mon crime ; j'ai mis cinq beaux enfants au monde, au péril de ma vie, je les ai nourris de mon lait, je les ai soutenus par mon travail ; et j'aurais fait davantage pour eux, si je n'avais pas payé des amendes qui m'en ont ôté les moyens. Est-ce un crime d'augmenter les sujets de Sa Majesté dans une nouvelle contrée2 qui manque d'habitants ? Je n'ai enlevé aucun mari à sa femme, ni débauché aucun jeune homme ; jamais on ne m'a accusée de ces procédés coupables, et si quelqu'un se plaint de moi, ce ne peut être que le ministre3 à qui je n'ai point payé de droits de mariage. Mais est-ce ma faute ? J'en appelle à vous, Messieurs ; vous me supposez sûrement assez de bon sens pour être persuadés que je préférerais l'honorable état de femme à la condition honteuse dans laquelle j'ai vécu jusqu'à présent.

Diderot, Supplément au voyage de Bougainville (publication posthume en 1796).


1. Fille : ici, femme non mariée.

2. Contrée : pays (ici, la Nouvelle-Angleterre, une colonie anglaise).

3. Ministre : ici, prêtre.

Séance 03

La négation et l'interrogation

Rappel

La négation

Application

Étudiez les quatre négations contenues dans cette phrase : "Je n'ai enlevé aucun mari à sa femme, ni débauché aucun jeune homme ; jamais on ne m'a accusée de ces procédés coupables, et si quelqu'un se plaint de moi, ce ne peut être que le ministre à qui je n'ai point payé de droits de mariage."

Observation

1. Transformez la phrase suivante en commençant par : "Polly Baker demande si..." : "est-ce ma faute ?" Expliquez tous les changements opérés.

2. Transformez la phrase suivante en question : "je ne conçois pas quel peut être mon crime".

3. Les deux questions fonctionnent-elles exactement de la même manière ?

Notion

L'interrogation

Application

1. Transformez les interrogations suivantes en interrogations indirectes.

a. "Ne croyez-vous pas que c'est là le signe de ce système oppressif que subit la femme ?"

b. "Comment voulez-vous que ces femmes puissent avoir envie de faire passer tout ce qu'elles ressentent jusqu'à vous ?"

c. "Est-ce qu'un être humain, quel que soit son sexe, a le droit de disposer de lui-même ?"

2. S'agit-il d'interrogations totales ou partielles ? Justifiez.