Les crimes passionnels

Problématique : Le crime "passionnel", du mythe à la réalité.

Séance 01

Le drame des ternes

Observation

Comment la Une ci-contre est-elle composée ?

Pistes

Séance 02

La fille aux yeux d'or

Observation

Le tableau de Delacroix vous paraît-il beau ?

Lecture

1. Qui est qui ? Surlignez d'une même couleur les différentes désignations d'un même personnage.

2. Quelle relation unit la marquise et son amante ?

3. La marquise est-elle belle ?

Pistes

Synthèse

Au regarde ces deux documents, comment pouvez-vous définir la notion de sublime ? En quoi est-ce différent du beau ?

Eugène Delacroix, La Mort de Sardanapale, 1827.

La Fille aux yeux d'or expirait noyée dans le sang. Tous les flambeaux allumés, un parfum délicat qui se faisait sentir, certain désordre où l'œil d'un homme à bonnes fortunes devait reconnaître des folies communes à toutes les passions, annonçaient que la marquise avait savamment questionné la coupable. Cet appartement blanc, où le sang paraissait si bien, trahissait un long combat. Les mains de Paquita étaient empreintes sur les coussins. Partout elle s'était accrochée à la vie, partout elle s'était défendue, et partout elle avait été frappée. Des lambeaux entiers de la tenture cannelée étaient arrachés par ses mains ensanglantées, qui sans doute avaient lutté long-temps. Paquita devait avoir essayé d'escalader le plafond. Ses pieds nus étaient marqués le long du dossier du divan, sur lequel elle avait sans doute couru. Son corps, déchiqueté à coups de poignard par son bourreau, disait avec quel acharnement elle avait disputé une vie qu'Henri lui rendait si chère. Elle gisait à terre, et avait, en mourant, mordu les muscles du cou-de-pied de madame de San-Réal, qui gardait à la main son poignard trempé de sang. La marquise avait les cheveux arrachés, elle était couverte de morsures, dont plusieurs saignaient, et sa robe déchirée la laissait voir à demi-nue, les seins égratignés. Elle était sublime ainsi. Sa tête avide et furieuse respirait l'odeur du sang. Sa bouche haletante restait entr'ouverte, et ses narines ne suffisaient pas à ses aspirations. Certains animaux, mis en fureur, fondent sur leur ennemi, le mettent à mort, et, tranquilles dans leur victoire, semblent avoir tout oublié. Il en est d'autres qui tournent autour de leur victime, qui la gardent en craignant qu'on ne la leur vienne enlever, et qui, semblables à l'Achille d'Homère, font neuf fois le tour de Troie en traînant leur ennemi par les pieds. Ainsi était la marquise. Elle ne vit pas Henri. D'abord, elle se savait trop bien seule pour craindre des témoins ; puis, elle était trop enivrée de sang chaud, trop animée par la lutte, trop exaltée pour apercevoir Paris entier, si Paris avait formé un cirque autour d'elle. Elle n'aurait pas senti la foudre. Elle n'avait même pas entendu le dernier soupir de Paquita, et croyait qu'elle pouvait encore être écoutée par la morte.

— Meurs sans confession ! lui disait-elle ; va en enfer, monstre d'ingratitude ; ne sois plus à personne qu'au démon. Pour le sang que tu lui as donné, tu me dois tout le tien ! Meurs, meurs, souffre mille morts, j'ai été trop bonne, je n'ai mis qu'un moment à te tuer, j'aurais voulu te faire éprouver toutes les douleurs que tu me lègues. Je vivrai, moi ! je vivrai malheureuse, je suis réduite à ne plus aimer que Dieu !

Elle la contempla.

— Elle est morte ! se dit-elle après une pause en faisant un violent retour sur elle-même. Morte, ah ! j'en mourrai de douleur !

Honoré de Balzac, La Fille aux yeux d'or, 1835.

Séance 03

Portrait du meurtrier "passionnel"

Lecture

Les mots sont bazardés sur le papier, en vrac et en majuscules. Trois pages arrachées d'un cahier qu'au matin du 3 juillet 2018 René Buttigieg a fourrées à l'intérieur de sa veste. Un réquisitoire bilieux, une déclaration d'amour mâtinée de haine aux phrases syncopées. "Je t'ai prévenue mais tu m'as pas écouté, trahison, punition. Nous revoilà réunis malgré tout."

Il est 7 h 30 lorsque ce patron d'une salle de musique emporte sa lettre, son arme de poing, et se rend devant le domicile de son ex-femme, Agnès Rubègue, dans un quartier résidentiel de Marseille. Il lui tire dessus à trois reprises alors qu'elle enfourche son scooter, l'achève au sol puis s'assoit à ses côtés. A l'homme terrifié qui vient d'assister à la scène, à quelques mètres de là, il fait un geste de la main pour lui signifier que non, il n'est pas nécessaire d'appeler la police. René Buttigieg pointe l'arme sur sa tempe, appuie sur la détente, s'effondre. Dans sa poche, les feuillets s'achèvent sur cette phrase : "Rien c'est mieux."

Ce testament, aussi erratique soit-il, ouvre une lucarne sur l'état d'esprit de cet homme de 58 ans au moment de tuer de sang-froid son ex-épouse. "Je t'aime trop pour te laisser dans les mains de ces monstres [une référence confuse qui vise tous ceux qu'il rend responsables de sa séparation avec elle]. Tu viens avec moi", écrit-il à celle qui avait quitté le domicile conjugal deux ans plus tôt après des années d'humiliations et de violences verbales. Et cette accusation jetée à la face du monde : "Vous ne me laissez pas le choix si ce n'est reprendre mon amour de mes 20 ans et la mère de mes enfants."

En quelques mots, et vraisemblablement sans en avoir la moindre conscience, René Buttigieg résume certaines des principales caractéristiques observées chez les auteurs de féminicide : refus de la séparation, de la dépossession, déresponsabilisation, conviction d'avoir le droit de vie et de mort sur son épouse. Que se passe-t-il dans la tête de ces hommes qui tuent celles qu'ils prétendent aimer plus que tout ? Est-il possible de dresser un portrait-robot de l'auteur de féminicide ?

La littérature officielle est assez pauvre sur la question. Dans l'étude nationale relative aux morts violentes au sein du couple, publiée chaque année par le ministère de l'intérieur et qui fait référence, on peut lire ceci : "L'auteur masculin est, le plus souvent, marié, français, âgé de 30 à 49 ans, et n'exerce pas ou plus d'activité professionnelle. Il commet ce crime à domicile, sans préméditation, majoritairement avec une arme blanche ou une arme à feu." Esquisse sommaire à laquelle s'ajoute ce commentaire : "Sa principale motivation demeure la dispute, suivie de près par le refus de la séparation." Confusion évidente entre la cause la plus récurrente la séparation et sa conséquence la dispute.

Complexité de chaque meurtre

Tenter de brosser le profil type de l'auteur de féminicide est un exercice parsemé de nombreuses chausse-trapes. A commencer par le danger de l'essentialisation, qui nierait la complexité de chaque meurtre, dont les raisons demeurent parfois inexplicables, même pour les proches. Bien qu'incomplètes, les statistiques du ministère de l'intérieur permettent cependant d'affiner un peu. D'abord ce chiffre, implacable d'année en année : quelque 80 % des homicides conjugaux sont commis par des hommes (79,2 % en 2018, 86 % en 2017, 79 % en 2016, 84 % en 2015, 83 % en 2014...). Dans sept affaires sur dix, l'auteur est sans emploi au moment des faits au chômage ou à la retraite. L'analyse des données sur l'âge des meurtriers montre que l'on tue à tout âge : quelque 20 % des féminicides sont ainsi commis par des hommes de plus de 70 ans.

Une partie non négligeable des auteurs (20 % en 2018) avaient fait l'objet d'un suivi psychiatrique ou psychologique antérieur au passage à l'acte. Et, dans plus de la moitié des affaires (54 % en 2018), des substances considérées comme désinhibitrices avaient été consommées au préalable (alcool, drogue, médicaments). Pour autant, l'idée trompeuse du "coup de folie", largement véhiculée, ne tient pas devant les tribunaux. Dans la quasi-totalité des affaires judiciaires étudiées par Le Monde, l'auteur de féminicide est reconnu responsable pénalement, après expertise psychiatrique. L'abolition du discernement n'est presque jamais retenue, et l'altération l'est dans de rares cas. Les meurtriers sont, dans leur immense majorité, conscients de ce qu'ils font au moment où ils tuent.

Voilà pour les chiffres. Restent les mots, ceux des auteurs. En un an d'enquête sur les 121 féminicides commisen 2018, selon les chiffres du ministère de l'intérieur, Le Monde a collecté une batterie de documents pièces à conviction, expertises psychiatriques, témoignages des proches, auditions judiciaires, textos, courriers échangés en prison, lettres d'adieu... Cette matière brute, aussi riche que variée, permet de brosser le profil de ces hommes, et de mieux comprendre ce qui les traverse.

Malgré la diversité des situations, ils présentent d'étonnantes similitudes psychologiques et dessinent une forme de substrat, sur lequel travaillent de nombreux spécialistes. "Il y a des caractéristiques communes", confirme Linda Tromeleue, psychologue clinicienne, qui travaille depuis 2005 avec des hommes condamnés et emprisonnés pour violences conjugales. Chargée d'évaluer les détenus qui vont participer à des programmes de prévention de la récidive à Pontoise (Val-d'Oise), elle écoute longuement ces hommes qui ont frappé leur femme, avec parfois une issue fatale. "Le trait qui revient le plus souvent, c'est qu'ils sont extrêmement narcissiques, même si ce trouble va s'exprimer différemment selon les individualités, estime-t-elle. Ils sont égocentriques, tout doit toujours tourner autour d'eux, dans une satisfaction quasi immédiate de leurs désirs."

A cela s'ajoutent "une grande fragilité" et des "angoisses de l'abandon", selon Daniel Zagury, expert psychiatrique auprès de la cour d'appel de Paris, et auteur de La Barbarie des hommes ordinaires (L'Observatoire, 2018). "L'autre est la cheville ouvrière qui fait fonctionner l'ensemble de l'édifice. Et si elle défaille, c'est l'effondrement." C'est le paradoxe de la plupart de ces meurtriers : "Ils vous disent : "C'est une déesse, elle est merveilleuse...", mais quand vous les écoutez bien, vous n'arrivez pas à percevoir comment elle était, à quoi elle ressemblait", relève le psychiatre.

"L'autre n'est pas reconnu comme tel", confirme Linda Tromeleue. La psychologue insiste sur l'absence d'égalité au sein de ces couples : "Ces hommes fonctionnent par prise de pouvoir. C'est une relation dissymétrique avec une domination."

Narcissiques, dominateurs et angoissés à l'idée d'être abandonnés, les auteurs de féminicide minimisent également constamment la gravité de leurs actes. "Ils ont une communication paradoxale et abusive, explique Linda Tromeleue. Ils banalisent, mentent, manipulent, cachent les menaces de mort et les faits les plus graves. Ils nous parlent d'une "giflette", et, quand on ouvre le dossier, on constate que l'homme a explosé le tympan de sa femme. D'où la nécessité de travailler avec les pièces judiciaires, car il est impossible de se fier uniquement à ce qu'ils disent."

Ce décalage entre la perception de l'auteur et la réalité, Daniel Zagury l'a constaté très tôt dans sa carrière de psychiatre, lorsqu'il faisait des vacations en prison. "Il y avait un type que j'aimais bien, un Italien qui s'appelait César. Je savais qu'il avait tué sa femme, mais pas grand-chose d'autre. C'était un mec très chaleureux, qui parlait beaucoup de sa souffrance." Le jeune interne en psychiatrie apprend avec surprise que l'homme est condamné à trente ans de réclusion, une peine très lourde... "Ce type parlait de tous les trucs incroyables que sa femme lui avait fait endurer et racontait qu'un jour, malencontreusement, il avait eu une mauvaise réaction... En réalité, l'histoire n'était pas du tout celle-là, le dossier était absolument épouvantable. Mais sa perception était aussi une facette de la vérité : le pauvre type écorché, effondré, c'est aussi une crapule qui frappe sa femme régulièrement. Les deux sont complémentaires."

Se poser en victime et faire reposer la faute sur l'autre est une constante chez les auteurs de féminicide. Ugur Akiner, 42 ans, est convaincu que rien ne serait arrivé s'il n'avait pas été poussé à bout par sa femme et ses quatre enfants, ce soir du 11 avril 2018, à Dunières (Haute-Loire). "Ils étaient un contre cinq, c'est pour ça que j'ai donné une gifle [à sa fille], et après, voilà la scène...", assure-t-il, navré, devant la juge d'instruction de Clermont-Ferrand. La "scène", euphémisation d'un meurtre sauvage qu'il reconnaît, mais ne mentionne jamais explicitement tout au long de son audition. Il assure que son but était de "calmer la situation" face à sa compagne, qui était "énervée .

"Suicide de non-séparation"

Le témoignage de ses enfants raconte une tout autre histoire. Celle d'une nuit d'angoisse où l'homme a voulu forcer sa femme, qu'il violait régulièrement, à dormir avec lui sans pyjama. Alors que la situation s'envenime, Ugur Akiner va chercher son pistolet, réunit toute la famille dans le salon, menace de les tuer et de partir de la maison "comme si rien ne s'était passé . Il s'empare également d'un couteau. Alors que sa fille tente d'appeler les gendarmes, il la gifle. Les enfants prennent la fuite. Quand le petit garçon revient chercher ses chaussons, peu après, il découvre le corps de sa mère ensanglanté, gisant près du canapé.

Interrogé par la juge d'instruction sur "les 31 plaies dont plusieurs béantes et pénétrantes et d'autres de défense" que présente le corps de son épouse, avec qui il était en instance de divorce, Ugur Akiner explique : "C'est les nerfs qui sont tombés. Je ne peux pas vous dire combien de coups j'ai donnés, je n'étais pas moi-même. Ça s'est passé en une fraction de seconde (...). Ma vie a basculé." Pas un mot pour la défunte. Au contraire, il l'accable : "Ma femme disait à chaque fois s'il y a un problème qui se passe, vous accusez votre papa, ils étaient manipulés, mes enfants." A propos de la cadette, âgée de 8 ans, cette phrase : "Ma petite fille aimait beaucoup sa maman, c'était quasiment le sac à main de sa maman." Crudité de la formule, retranscrite sur procès-verbal.

Trois mois après cette audition devant la juge d'instruction, Ugur Akiner s'est pendu dans la cellule de sa prison. Comme lui, quelque 30 % des auteurs de féminicide mettent chaque année fin à leurs jours après avoir tué leur compagne, faits auxquels s'ajoutent 10 % de tentatives. La plupart d'entre eux agissent dans la foulée du meurtre, parfois avec la même arme.

S'il est difficile d'avancer une explication unique, Daniel Zagury analyse le meurtre suivi du suicide comme une façon de conjurer la perte de l'autre au moment où elle tente de s'échapper : "La séparation ne concerne que les vivants, si on meurt ensemble, on ne se sépare pas, on est ensemble pour l'éternité, avance le psychiatre. Le lien n'est pas rompu : c'est un suicide de non-séparation."

L'emprise sur l'autre se prolonge jusque dans la mort. René Buttigieg avait pris l'habitude de répéter devant ses enfants ce présage, à propos du couple qu'il formait avec leur mère, Agnès Rubègue : "On vit ensemble, on meurt ensemble." Les phrases entendues au cours de notre année d'enquête résonnent à l'unisson comme autant de sordides échos. "Mon amour, je ne te tue pas, je t'emporte avec moi", a ainsi écrit un homme avant d'abattre sa femme d'un coup de fusil et de retourner l'arme contre lui. Privation ultime du libre arbitre, résumée au Monde par cette jeune femme dont le père a tué la mère dans son sommeil, avant de s'allonger à ses côtés et de se tirer une balle dans la tête : "Papa voulait se suicider mais maman, non, elle avait envie de vivre."

Nicola Chapuis, Luc Leroux (Marseille, correspondant), Faustine Vincent, Le Monde Spécial, 2 juin 2020.

Séance 04

Les femmes à la tribune

Présentation

Violences faites aux femmes : une présomption permanente de mensonge

Un collectif de personnalités, dont Andréa Bescond, Caroline De Haas ou Muriel Salmona, s'indigne de la tribune des avocates pénalistes défendant la présomption d'innocence et la prescription.

Chaque fois qu'une femme victime de violence parle, le retour de bâton n'est pas loin. Dimanche 8 mars, il a pris la forme d'une tribune d'avocates pénalistes qui nous expliquent, dans Le Monde, pourquoi la parole des femmes victimes met en péril les fondamentaux du droit et de notre société.

Nous le disons très tranquillement : ces avocates se trompent. Elles pensent le monde judiciaire comme un monde protégé par quel miracle, elles ne l'expliquent pas de toutes les idées reçues, des inégalités et des violences qui traversent la société.

Les femmes sont des milliers à témoigner de la façon dont elles sont mal reçues au commissariat, à l'hôpital ou par leur entreprise lorsqu'elles dénoncent des violences. La justice est comme la santé, la police ou le monde du travail : elle n'est pas neutre. Comme toutes ces institutions, elle est pétrie des mécanismes de domination qui existent dans la société.

La réalité, c'est que des milliers de plaintes sont classées sans suite alors que les enquêtes de police ont produit le faisceau d'indices concordants qui permettait de juger leur cas.

La réalité, c'est que des femmes portent plainte pour violences au sein du couple et qu'on leur parle encore de devoir conjugal dans les audiences.

La réalité, c'est que des femmes en danger se voient refuser leur ordonnance de protection par des juges aux affaires familiales qui considèrent qu'il faudrait qu'elles portent plainte pour que cela soit sérieux.

La réalité, c'est que des enfants victimes de violences sont maintenus chez eux par des juges des enfants qui considèrent qu'il faut préserver le cadre familial.

La réalité, c'est que des pères violents gardent l'autorité parentale car des juges expliquent qu'un mauvais mari peut être un bon père (réponse : non).

La réalité, c'est que des milliers de cas de viols sont jugés comme des agressions sexuelles au tribunal correctionnel au lieu de passer aux assises.

Notre réalité, c'est celle d'un ordre judiciaire qui fait montre aujourd'hui de violence à l'endroit des femmes victimes de violences et ne prend pas suffisamment en considération leur parole.

Notre réalité, c'est celle d'une présomption permanente de mensonge qui pèse sur les femmes victimes de violences. A peine ouvre-t-on la bouche qu'on le voit dans le regard de toutes celles et ceux qui nous accueillent. Ce regard qui dit : "Hum, vous êtes sûre ?", "Mais comment cela s'est passé ?", "Mais un viol, c'est-à-dire ?" Ce regard nous glace. Ce regard nous réduit au silence.

Des avocates pénalistes refusent de voir ces faits. On les comprend. Accepter que l'institution à laquelle elles ont voué leur vie professionnelle dysfonctionne gravement est douloureux. On appelle cela le déni. Déni du parcours de la combattante que traversent des milliers de femmes chaque année lorsqu'elles décident de porter plainte. Déni de la violence institutionnelle imposée à des femmes victimes. Déni d'une société qui n'entend pas nos cris, nos peurs, nos souffrances.

Nous côtoyons chaque jour des avocates qui défendent les femmes victimes. Elles le font parfois malgré l'institution. Elles l'ont d'ailleurs dit elles-mêmes il y a quelques jours sur le site Dalloz : "Dans ce combat il n'y a (presque) que des coups, des crachats et des injures à ramasser."

Si nous voulons que les violences sexistes et sexuelles disparaissent en France, si nous voulons en finir avec l'impunité, la première étape est de sortir de ce déni. C'est la condition sine qua non pour agir de manière efficace.

Nadège Beausson-Diagne, actrice; Andréa Bescond, réalisatrice; Florian Borg, avocat, barreau de Lille; Caroline De Haas, membre de l'association #NousToutes; Mylene Hadji, avocate, barreau de Paris; Mié Kohiyama, présidente de MoiAussiAmnésie; LyesLouffok, membre du Conseil national de la protection de l'enfance; Anne-Laure Maduraud, magistrate; Mélusine, militante féministe et antiraciste; Eric Metayer, réalisateur; Emmanuelle Piet, médecin; Valérie Rey-Robert, auteure et militante féministe; Flor Tercero, avocate, barreau de Toulouse; Muriel Salmona, psychiatre, présidente de l'association Mémoire traumatique et victimologie; Elodie Tuaillon-Hibon, avocate, barreau de Paris; Marjolaine Vignola, avocate, barreau de Paris; Vannina Vincensini, avocate, barreau de Marseille