Les Fleurs du mal

Objet d'étude : La poésie du XIXe siècle au XXIe siècle

Problématique générale : Les Fleurs du Mal, recueil lyrique ou journal d'un condamné ?

Support : Les Fleurs du mal, coll. Livre de Poche, première édition 1857.

Séance 01

Le recueil

Observation

Comparez les différentes couvertures. Quels aspects du recueil mettent-elles en valeur ?

Pistes

Séance 02

L'amour des allégories

Observation

Commentez l'illustration de Redon.

Pistes

Notion : l'allégorie

Prolongement

Lisez les poèmes suivants : L'Albatros, Causerie, "J'ai plus de souvenirs...".

Indiquez, dans un tableau, pour chacun des poèmes, le(s) comparant(s), le(s) comparé(s), et la signification de l'allégorie.

Document A

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage

Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,

Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

Le navire glissant sur les gouffres amers.


À peine les ont-ils déposés sur les planches,

Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,

Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches

Comme des avirons traîner à côté d'eux.


Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !

Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !

L'un agace son bec avec un brûle-gueule,

L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !


Le Poète est semblable au prince des nuées

Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;

Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

Charles Baudelaire, "L'albatros", in Les Fleurs du Mal, "Spleen et Idéal", 1857.

Document B

O. Redon, L'Homme ailé ou L'Ange déchu, 1890-1895.

Séance 03

Entre ciel et terre

Observation

Comparez ces deux textes.

Pistes

Notion : Le romantisme, le Parnasse

Oral

proposez une lecture orale d'un des textes suivants : Le Mort joyeux, le vin de l'assassin, Obsession, L'Invitation au Voyage.

Exposés : le sentiment amoureux, le spleen, l'horreur

Prolongement

La poésie ne doit-elle parler que de ce qui est beau ?

Document A

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,

Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,

Est fait pour inspirer au poëte un amour

Éternel et muet ainsi que la matière.


Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris ;

J'unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes ;

Je hais le mouvement qui déplace les lignes,

Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.


Les poëtes, devant mes grandes attitudes,

Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,

Consumeront leurs jours en d'austères études ;


Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,

De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :

Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !

Charles Baudelaire, "La beauté", in Les Fleurs du Mal, "Spleen et Idéal", 1857.

Document B

Il est amer et doux, pendant les nuits d'hiver,

D'écouter, près du feu qui palpite et qui fume,

Les souvenirs lointains lentement s'élever

Au bruit des carillons qui chantent dans la brume.


Bienheureuse la cloche au gosier vigoureux

Qui, malgré sa vieillesse, alerte et bien portante,

Jette fidèlement son cri religieux,

Ainsi qu'un vieux soldat qui veille sous la tente !


Moi, mon âme est fêlée, et lorsqu'en ses ennuis

Elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits,

Il arrive souvent que sa voix affaiblie


Semble le râle épais d'un blessé qu'on oublie

Au bord d'un lac de sang, sous un grand tas de morts,

Et qui meurt, sans bouger, dans d'immenses efforts.

Charles Baudelaire, "La Cloche fêlée", in Les Fleurs du Mal, "Spleen et Idéal", 1857.

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,

Ce beau matin d'été si doux :

Au détour d'un sentier une charogne infâme

Sur un lit semé de cailloux,


Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,

Brûlante et suant les poisons,

Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique

Son ventre plein d'exhalaisons.


Le soleil rayonnait sur cette pourriture,

Comme afin de la cuire à point,

Et de rendre au centuple à la grande Nature

Tout ce qu'ensemble elle avait joint ;


Et le ciel regardait la carcasse superbe

Comme une fleur s'épanouir.

La puanteur était si forte, que sur l'herbe

Vous crûtes vous évanouir.


Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,

D'où sortaient de noirs bataillons

De larves, qui coulaient comme un épais liquide

Le long de ces vivants haillons.


Tout cela descendait, montait comme une vague,

Ou s'élançait en petillant ;

On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,

Vivait en se multipliant.


Et ce monde rendait une étrange musique,

Comme l'eau courante et le vent,

Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rhythmique

Agite et tourne dans son van.


Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,

Une ébauche lente à venir,

Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève

Seulement par le souvenir.


Derrière les rochers une chienne inquiète

Nous regardait d'un œil fâché,

Épiant le moment de reprendre au squelette

Le morceau qu'elle avait lâché.


— Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,

À cette horrible infection,

Étoile de mes yeux, soleil de ma nature,

Vous, mon ange et ma passion !


Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,

Après les derniers sacrements,

Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses,

Moisir parmi les ossements.


Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine

Qui vous mangera de baisers,

Que j'ai gardé la forme et l'essence divine

De mes amours décomposés !

Charles Baudelaire, "Une charogne", in Les Fleurs du Mal, "Spleen et Idéal", 1857.

Séance 04

Synesthésies

Recherche

Expliquez le texte.

Pistes

Prolongement

Comment Baudelaire applique-t-il ce principe dans "La Chevelure" et "Le Parfum" ?

Exposé : la sensualité

La Nature est un temple où de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles ;

L'homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l'observent avec des regards familiers.


Comme de longs échos qui de loin se confondent

Dans une ténébreuse et profonde unité,

Vaste comme la nuit et comme la clarté,

Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.


Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,

Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,

— Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,


Ayant l'expansion des choses infinies,

Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,

Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.

Charles Baudelaire, "Correspondances", in Les Fleurs du Mal, "Spleen et Idéal", 1857.

Séance 05

Une passante

Oral

Proposez une lecture orale du texte ci-contre.

Exposés : l'exotisme, la misère

La rue assourdissante autour de moi hurlait.

Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,

Une femme passa, d'une main fastueuse

Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;


Agile et noble, avec sa jambe de statue.

Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,

Dans son œil, ciel livide où germe l'ouragan,

La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.


Un éclair… puis la nuit ! — Fugitive beauté

Dont le regard m'a fait soudainement renaître,

Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?


Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !

Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,

Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !

Charles Baudelaire, "À une passante", in Les Fleurs du Mal, "Tableaux parisiens", 1857.

Parcours

A travers le recueil

Recherche

Préparez un bref exposé sur deux des groupements de poèmes suivants :

  • la sensualité : « Avec ses vêtements ondoyants et nacrés... », Le Serpent qui danse, Le Chat
  • le sentiment amoureux : Le Balcon, L'Invitation au voyage, La mort des amants
  • le spleen : Spleen LXXV, LXXVI, LXXVII et LVXXIII
  • la misère : À une mendiante rousse, Les petites vieilles I, Le vin de l'assassin
  • l'horreur : Le Revenant, Le Mort Joyeux, Une martyre.
  • l'exotisme : La Vie antérieure, La Chevelure, Le Voyage III et IV

Vous présenterez chaque poème (vous situerez le texte, lirez quelques vers, résumerez le propos), puis vous mettrez en évidence les points communs entre les textes.

Pistes

L'exposé

Éléments restrictifs

Une prestation orale ne peut atteindre la moyenne si l'un des éléments suivants est présent :

- l'exposé montre que les poèmes ne sont pas compris

- l'exposé est une simple redite des poèmes

- l'exposé n'est pas compréhensible en plusieurs endroits

- l'exposé est très court

/20 De 1 à 5 De 6 à 10 De 11 à 15 De 16 à 20
S'exprimer à l'oral

L'expression, la lecture et le niveau de langue orale sont acceptables.

L'expression, la lecture et le niveau de langue orale sont corrects.

L'expression est fluide et le niveau de langue orale est correct.

La lecture est correcte.

L'élève s'adresse à son auditeur.

L'expression est fluide et le niveau de langue orale est correct.

La lecture est vivante et expressive.

L'élève communique avec aisance et conviction.

Lire, analyser, interpréter ; tisser des liens entre différents textes

Le sens littéral des poèmes est globalement compris.

Le sens littéral des poèmes est compris.

Un rapprochement est effectué entre les poèmes.

Le sens littéral des poèmes est compris.

Plusieurs rapprochements sont effectués entre les poèmes.

Le sens littéral des poèmes est compris ; l'implicite des poèmes est perçu.

Plusieurs rapprochements sont effectués entre les poèmes.

Les spécificités de chaque texte sont mises en évidence.

Construire un jugement argumenté

La réponse est structurée : introduction, développement, conclusion.

Une problématique pertinente est proposée.

La réponse est structurée et suit une logique perceptible.

Des références précises au texte sont faites.

Une problématique stimulante est proposée.

La réponse est structurée et suit une logique explicite et pertinente.

Des références précises au texte sont faites.

Le choix des citations est pertinent.

Mobiliser une culture littéraire

Des connaissances littéraires sont utilisées à plusieurs reprises.

Des connaissances littéraires sont utilisées régulièrement.