Les Fleurs du mal

Objet d'étude : La poésie du XIXe siècle au XXIe siècle

Problématique générale : Les Fleurs du Mal, recueil lyrique ou journal d'un condamné ?

Support : Les Fleurs du mal, coll. Livre de Poche, première édition 1857.

Séance 01

Les Fleurs du Mal

Comment comprenez-vous le titre Les Fleurs du Mal ?

Observation

Comparez les différentes couvertures. Quels aspects du recueil mettent-elles en valeur ?

Pistes

Séance 02

Une charogne

Oral

Proposez une lecture orale d'un des textes suivants : Le Mort joyeux, Le Balcon, Le Cygne, I.

Explication

Expliquez ce poème, de "Et le ciel regardait..." à "...mon ange et ma passion !" en répondant aux questions suivantes :

1. Comment le poème décrit-il la carcasse ?

2. En quoi la transforme-t-il ?

3. Pourquoi cette morale affreuse ?

Pistes

Document A

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,

Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,

Est fait pour inspirer au poëte un amour

Éternel et muet ainsi que la matière.


Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris ;

J'unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes ;

Je hais le mouvement qui déplace les lignes,

Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.


Les poëtes, devant mes grandes attitudes,

Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,

Consumeront leurs jours en d'austères études ;


Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,

De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :

Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !

Charles Baudelaire, "La beauté", in Les Fleurs du Mal, "Spleen et Idéal", 1857.

Document B

Il est amer et doux, pendant les nuits d'hiver,

D'écouter, près du feu qui palpite et qui fume,

Les souvenirs lointains lentement s'élever

Au bruit des carillons qui chantent dans la brume.


Bienheureuse la cloche au gosier vigoureux

Qui, malgré sa vieillesse, alerte et bien portante,

Jette fidèlement son cri religieux,

Ainsi qu'un vieux soldat qui veille sous la tente !


Moi, mon âme est fêlée, et lorsqu'en ses ennuis

Elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits,

Il arrive souvent que sa voix affaiblie


Semble le râle épais d'un blessé qu'on oublie

Au bord d'un lac de sang, sous un grand tas de morts,

Et qui meurt, sans bouger, dans d'immenses efforts.

Charles Baudelaire, "La Cloche fêlée", in Les Fleurs du Mal, "Spleen et Idéal", 1857.

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,

Ce beau matin d'été si doux :

Au détour d'un sentier une charogne infâme

Sur un lit semé de cailloux,


Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,

Brûlante et suant les poisons,

Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique

Son ventre plein d'exhalaisons.


Le soleil rayonnait sur cette pourriture,

Comme afin de la cuire à point,

Et de rendre au centuple à la grande Nature

Tout ce qu'ensemble elle avait joint ;


Et le ciel regardait la carcasse superbe

Comme une fleur s'épanouir.

La puanteur était si forte, que sur l'herbe

Vous crûtes vous évanouir.


Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,

D'où sortaient de noirs bataillons

De larves, qui coulaient comme un épais liquide

Le long de ces vivants haillons.


Tout cela descendait, montait comme une vague,

Ou s'élançait en petillant ;

On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,

Vivait en se multipliant.


Et ce monde rendait une étrange musique,

Comme l'eau courante et le vent,

Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rhythmique

Agite et tourne dans son van.


Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,

Une ébauche lente à venir,

Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève

Seulement par le souvenir.


Derrière les rochers une chienne inquiète

Nous regardait d'un œil fâché,

Épiant le moment de reprendre au squelette

Le morceau qu'elle avait lâché.


- Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,

À cette horrible infection,

Étoile de mes yeux, soleil de ma nature,

Vous, mon ange et ma passion !


Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,

Après les derniers sacrements,

Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses,

Moisir parmi les ossements.


Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine

Qui vous mangera de baisers,

Que j'ai gardé la forme et l'essence divine

De mes amours décomposés !

Charles Baudelaire, "Une charogne", in Les Fleurs du Mal, "Spleen et Idéal", 1857.

Séance 03

L'Invitation au voyage

Oral

Comparaison

Comparez les deux versions. Laquelle préférez-vous ?

1. Montrez que les deux textes évoquent les mêmes lieux.

2. Quels élements figurent dans le texte en prose mais pas dans le texte versifié ?

3. Comparez les fins des deux textes.

4. Quelle version préférez-vous ? Pourquoi ?

Pistes

Recherche

Commentez le texte en vers.

Proposez une analyse du texte en vers en vous appuyant sur le parcours de lecture suivant :

  • une destination de rêve
  • une invitation adressée à la femme aimée
  • le bonheur et l'harmonie

Mon enfant, ma sœur,

Songe à la douceur

D'aller là-bas vivre ensemble !

Aimer à loisir,

Aimer et mourir

Au pays qui te ressemble !

Les soleils mouillés

De ces ciels brouillés

Pour mon esprit ont les charmes

Si mystérieux

De tes traîtres yeux,

Brillant à travers leurs larmes.


Là, tout n'est qu'ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.


Des meubles luisants,

Polis par les ans,

Décoreraient notre chambre ;

Les plus rares fleurs

Mêlant leurs odeurs

Aux vagues senteurs de l'ambre,

Les riches plafonds,

Les miroirs profonds,

La splendeur orientale,

Tout y parlerait

À l'âme en secret

Sa douce langue natale.


Là, tout n'est qu'ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.


Vois sur ces canaux

Dormir ces vaisseaux

Dont l'humeur est vagabonde ;

C'est pour assouvir

Ton moindre désir

Qu'ils viennent du bout du monde.

- Les soleils couchants

Revêtent les champs,

Les canaux, la ville entière,

D'hyacinthe et d'or ;

Le monde s'endort

Dans une chaude lumière.


Là, tout n'est qu'ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.

Charles Baudelaire, "L'Invitation au voyage", in Les Fleurs du Mal, "Spleen et Idéal", 1857

Document B

Pulié à titre posthume, Le Spleen de Paris, souvent appelé Petits Poèmes en prose, est un recueil qui reprend parfois certains textes des Fleurs du mal pour en donner un pendant en prose. Beaucoup de ces textes sont contemporains, dans leur rédaction, de poèmes des Fleurs du mal.

Il est un pays superbe, un pays de Cocagne, dit-on, que je rêve de visiter avec une vieille amie. Pays singulier, noyé dans les brumes de notre Nord, et qu'on pourrait appeler l'Orient de l'Occident, la Chine de l'Europe, tant la chaude et capricieuse fantaisie s'y est donné carrière, tant elle l'a patiemment et opiniâtrement illustré de ses savantes et délicates végétations. [...]

Un vrai pays de Cocagne, où tout est beau, riche, tranquille, honnête ; où le luxe a plaisir à se mirer dans l'ordre ; où la vie est grasse et douce à respirer ; d'où le désordre, la turbulence et l'imprévu sont exclus ; où le bonheur est marié au silence ; où la cuisine elle-même est poétique, grasse et excitante à la fois ; où tout vous ressemble, mon cher ange.

Tu connais cette maladie fiévreuse qui s'empare de nous dans les froides misères, cette nostalgie du pays qu'on ignore, cette angoisse de la curiosité ? Il est une contrée qui te ressemble, où tout est beau, riche, tranquille et honnête, où la fantaisie a bâti et décoré une Chine occidentale, où la vie est douce à respirer, où le bonheur est marié au silence. C'est là qu'il faut aller vivre, c'est là qu'il faut aller mourir !

Oui, c'est là qu'il faut aller respirer, rêver et allonger les heures par l'infini des sensations. Un musicien a écrit l'Invitation à la valse ; quel est celui qui composera l'Invitation au voyage, qu'on puisse offrir à la femme aimée, à la sœur d'élection ?

Oui, c'est dans cette atmosphère qu'il ferait bon vivre, - là-bas, où les heures plus lentes contiennent plus de pensées, où les horloges sonnent le bonheur avec une plus profonde et plus significative solennité.

Sur des panneaux luisants, ou sur des cuirs dorés et d'une richesse sombre, vivent discrètement des peintures béates, calmes et profondes, comme les âmes des artistes qui les créèrent. Les soleils couchants, qui colorent si richement la salle à manger ou le salon, sont tamisés par de belles étoffes ou par ces hautes fenêtres ouvragées que le plomb divise en nombreux compartiments. Les meubles sont vastes, curieux, bizarres, armés de serrures et de secrets comme des âmes raffinées. Les miroirs, les métaux, les étoffes, l'orfévrerie et la faïence y jouent pour les yeux une symphonie muette et mystérieuse ; et de toutes choses, de tous les coins, des fissures des tiroirs et des plis des étoffes s'échappe un parfum singulier, un revenez-y de Sumatra, qui est comme l'âme de l'appartement.

Un vrai pays de Cocagne, te dis-je, où tout est riche, propre et luisant, comme une belle conscience, comme une magnifique batterie de cuisine, comme une splendide orfévrerie, comme une bijouterie bariolée ! Les trésors du monde y affluent, comme dans la maison d'un homme laborieux et qui a bien mérité du monde entier. Pays singulier, supérieur aux autres, comme l'Art l'est à la Nature, où celle-ci est réformée par le rêve, où elle est corrigée, embellie, refondue. [...]

Qu'ils cherchent, qu'ils cherchent encore, qu'ils reculent sans cesse les limites de leur bonheur, ces alchimistes de l'horticulture ! Qu'ils proposent des prix de soixante et de cent mille florins pour qui résoudra leurs ambitieux problèmes ! Moi, j'ai trouvé ma tulipe noire et mon dahlia bleu !

Fleur incomparable, tulipe retrouvée, allégorique dahlia, c'est là, n'est-ce pas, dans ce beau pays si calme et si rêveur, qu'il faudrait aller vivre et fleurir ? Ne serais-tu pas encadrée dans ton analogie, et ne pourrais-tu pas te mirer, pour parler comme les mystiques, dans ta propre correspondance ?

Des rêves ! toujours des rêves ! et plus l'âme est ambitieuse et délicate, plus les rêves l'éloignent du possible. Chaque homme porte en lui sa dose d'opium naturel, incessamment sécrétée et renouvelée, et, de la naissance à la mort, combien comptons-nous d'heures remplies par la jouissance positive, par l'action réussie et décidée ? Vivrons-nous jamais, passerons-nous jamais dans ce tableau qu'a peint mon esprit, ce tableau qui te ressemble ?

Ces trésors, ces meubles, ce luxe, cet ordre, ces parfums, ces fleurs miraculeuses, c'est toi. C'est encore toi, ces grands fleuves et ces canaux tranquilles. Ces énormes navires qu'ils charrient, tout chargés de richesses, et d'où montent les chants monotones de la manœuvre, ce sont mes pensées qui dorment ou qui roulent sur ton sein. Tu les conduis doucement vers la mer qui est l'Infini, tout en réfléchissant les profondeurs du ciel dans la limpidité de ta belle âme ; - et quand, fatigués par la houle et gorgés des produits de l'Orient, ils rentrent au port natal, ce sont encore mes pensées enrichies qui reviennent de l'infini vers toi.

C. Baudelaire, "L'Invitation au voyage", Le Spleen de Paris, 1869.

Séance 03

Une passante

Oral

Proposez une lecture orale du texte ci-contre.

Exposés : l'exotisme, la misère

La rue assourdissante autour de moi hurlait.

Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,

Une femme passa, d'une main fastueuse

Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;


Agile et noble, avec sa jambe de statue.

Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,

Dans son œil, ciel livide où germe l'ouragan,

La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.


Un éclair… puis la nuit ! - Fugitive beauté

Dont le regard m'a fait soudainement renaître,

Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?


Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !

Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,

Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !

Charles Baudelaire, "À une passante", in Les Fleurs du Mal, "Tableaux parisiens", 1857.

Parcours

A travers le recueil

Recherche

Préparez un bref exposé sur un des groupements de poèmes suivants :

  • la sensualité : « Avec ses vêtements ondoyants et nacrés... », Le Serpent qui danse, Le Chat
  • le sentiment amoureux : Le Balcon, L'Invitation au voyage, La mort des amants
  • le spleen : Spleen LXXV, LXXVI, LXXVII et LVXXIII
  • la misère : À une mendiante rousse, Les petites vieilles I, Le vin de l'assassin
  • l'horreur : Le Revenant, Le Mort Joyeux, Une martyre.
  • la rêverie : La Vie antérieure, La Chevelure, L'Invitation au voyage.

Vous présenterez chaque poème (vous situerez le texte, lirez quelques vers, résumerez le propos), puis vous mettrez en évidence les points communs entre les textes.

Pistes

L'exposé

Éléments restrictifs

Une prestation orale ne peut atteindre la moyenne si l'un des éléments suivants est présent :

- l'exposé montre que les poèmes ne sont pas compris

- l'exposé est une simple redite des poèmes

- l'exposé n'est pas compréhensible en plusieurs endroits

- l'exposé est très court

/20 De 1 à 5 De 6 à 10 De 11 à 15 De 16 à 20
S'exprimer à l'oral

L'expression, la lecture et le niveau de langue orale sont acceptables.

L'expression, la lecture et le niveau de langue orale sont corrects.

L'expression est fluide et le niveau de langue orale est correct.

La lecture est correcte.

L'élève s'adresse à son auditeur.

L'expression est fluide et le niveau de langue orale est correct.

La lecture est vivante et expressive.

L'élève communique avec aisance et conviction.

Lire, analyser, interpréter ; tisser des liens entre différents textes

Le sens littéral des poèmes est globalement compris.

Le sens littéral des poèmes est compris.

Un rapprochement est effectué entre les poèmes.

Le sens littéral des poèmes est compris.

Plusieurs rapprochements sont effectués entre les poèmes.

Le sens littéral des poèmes est compris ; l'implicite des poèmes est perçu.

Plusieurs rapprochements sont effectués entre les poèmes.

Les spécificités de chaque texte sont mises en évidence.

Construire un jugement argumenté

La réponse est structurée : introduction, développement, conclusion.

Une problématique pertinente est proposée.

La réponse est structurée et suit une logique perceptible.

Des références précises au texte sont faites.

Une problématique stimulante est proposée.

La réponse est structurée et suit une logique explicite et pertinente.

Des références précises au texte sont faites.

Le choix des citations est pertinent.

Mobiliser une culture littéraire

Des connaissances littéraires sont utilisées à plusieurs reprises.

Des connaissances littéraires sont utilisées régulièrement.