La langue

Atelier

La Faute de l'orthographe

Observation

1. Pourquoi l'orthographe du français est-elle difficile ?

2. Pensez-vous qu'il faille la réformer ?

Arnaud Hoedt et Jérôme Piron, "La Faute de l'orthographe", TEDx Talks, juin 2019.

Document B

"L'enseignement des subtilités du participe passé exige environ quatre-vingts heures dans une scolarité moyenne... pour le résultat qu'on connaît."

Muriel Gilbert, "Le participe bientôt un accord du passé ?", in Le Monde, 12 août 2018

Document C

Soit la dictée suivante :

La vidéo que le professeur a montré    aux élèves a suscité    de nombreuses réactions. Beaucoup d'élèves se sont posé    des questions, et sont intervenu    dans les débats qui ont suivi   .

Atelier

La langue de Molière

Oral

Lisez le texte à haute voix.

Observation

1. Quelles variations par rapport à l'orthographe moderne pouvez-vous observer ?

2. Quelle leçon en tirez-vous ?

Maistre de philosophie

Que voulez-vous donc que je vous aprenne ?

Monsievr iovrdain

Aprenez-moy l'Ortographe.

Maistre de philosophie

Tres-volontiers.

Monsievr iovrdain

Apres vous m'aprendrez l'Almanach, pour ∫çavoir quand il y a de la Lune, & quand il n'y en a point.

Maistre de philosophie

Soit. Pour bien ∫uivre vo∫tre pen∫ée, & traitter cette matiere en Philo∫ophe, il faut commencer ∫elon l'ordre des cho∫es, par une exacte connoi∫∫ance de la nature des Lettres, & de la diferente maniere de les prononcer toutes. Et là-de∫∫us j'ay à vous dire, que les Lettres ∫ont divi∫ées en voyelles, ain∫i dites voyelles, parce qu'elles expriment les voix ; & en con∫onnes, ain∫i appellées con∫onnes, parce qu'elles ∫onnent avec les voyelles, & ne font que marquer les diver∫es articulations des voix. Il y a cinq voyelles, ou voix, A, E, I, O, V.

Monsievr iovrdain

J'entens tout cela.

Maistre de philosophie

La voix, A, ∫e forme en ouvrant fort la bouche, A.

Monsievr iovrdain

A, A, oüy.

Maistre de philosophie

La voix, E, ∫e forme en r'aprochant la machoire d'enbas de celle d'enhaut, A, E.

Monsievr iovrdain

A, E, A, E. Ma foy oüy. Ah que cela e∫t beau !

Maistre de philosophie

Et la voix, I, en r'aprochant encore davantage les machoires l'une de l'autre & écartant les deux coins de la bouche vers les oreilles, A, E, I.

Monsievr iovrdain

A, E, I, I, I, I. Cela e∫t vray. Vive la Science.

Maistre de philosophie

La voix, O, ∫e forme en r'ouvrant les machoires, & r'aprochant les levres par les deux coins, le haut & le bas, O.

Monsievr iovrdain

O, O. Il n'y a rien de plus ju∫te. A, E, I, O, I, O. Cela e∫t admirable ! I, O, I, O.

Maistre de philosophie

L'ouverture de la bouche fait ju∫tement comme un petit rond qui repre∫ente un O.

Monsievr iovrdain

O, O, O. Vous avez rai∫on, O. Ah la belle cho∫e, que de ∫çavoir quelque cho∫e !

Maistre de philosophie

La voix, V, ∫e forme en r'aprochant les dents ∫ans les joindre entierement, & allongeant les deux levres en dehors, les aprochant au∫∫i l'une de l'autre ∫ans les joindre tout-à-fait, V.

Monsievr iovrdain

V, V. Il n'y a rien de plus veritable, V.

Molière, Le Bourgeois Gentilhomme, II, 4, 1671.

Atelier

Chantier orthographique

Recherche

1. Classez les formes suivantes. Justifiez votre classement.

a) Écouter de la musique me rend tout joyeux.

b) Elle est toute retournée depuis qu'elle a entendu cette chanson.

c) La musique nous accompagne tous les jours de notre vie.

d) J'écoute de la musique tout le temps.

e) Je suis tout émue quand je pense à cette chanson

f) La musique nous fait tous vibrer.

g) La musique fait tout vibrer.

h) On a tous une chanson préférée.

i) Mes parents m'ont fait écouter de la musique toute mon enfance.

2. En vous appuyant sur votre classement, écrivez une règle qui permette de savoir comment écrire "tout".

Atelier

Puzzle orthographique

Recherche

La voiture

est

réparée

par le garagiste

Les garagistes

ont

réparé

les voitures

Le garagiste

les

a

réparées

J'ai vérifié les véhicules que

le garagiste

a

réparés

Atelier

Le choix de l'Académie française

Observation

L'Académie s'e∫t attachée à l'ancienne Orthographe receuë parmi tous les gens de lettres, parce qu'elle ayde à faire connoi∫tre l'Origine des mots. C'est pourquoy elle a creu ne devoir pas authori∫er le retranchement que des Particuliers, & principalement les Imprimeurs ont fait de quelques lettres, à la place de∫quelles ils ont introduit certaines figures qu'ils ont inventées, parce que ce retranchement o∫te tous les ve∫tiges de l'Analogie & des rapports qui ∫ont entre les mots qui viennent du Latin ou de quelque autre Langue. Ain∫i elle a écrit les mots Corps, Temps, avec un P, & les mots Te∫te, Honne∫te, avec une S, pour faire voir qu'ils viennent du Latin Tempus, Corpus, Te∫ta, Hone∫tus. Et ∫i un me∫me mot ∫e trouve e∫crit dans le Dictionnaire de deux manieres differentes, celle dont il ∫era e∫crit en lettres Capitales au commencement de l'Article e∫t la ∫eule que l'Academie approuve. Il e∫t vray qu'il y a au∫∫i quelques mots dans le∫quels elle n'a pas con∫ervé certaines Lettres Caracteristiques qui en marquent l'origine, comme dans les mots Devoir, Fevrier, qu'on e∫crivoit autrefois Debvoir & Febvrier, pour marquer le rapport entre le Latin Debere, & Februarius. Mais l'u∫age l'a decidé au contraire ; Car il faut reconnoi∫tre l'u∫age pour le Mai∫tre de l'Orthographe au∫∫i bien que du choix des mots. C'e∫t l'u∫age qui nous mene in∫en∫iblement d'une maniere d'e∫crire à l'autre, & qui ∫eul a le pouvoir de le faire. C'e∫t ce qui a rendu inutiles les diver∫es tentatives qui ont e∫té faites pour la reformation de l'Orthographe depuis plus de cent cinquante ans par plusieurs particuliers qui ont fait des regles que per∫onne n'a voulu ob∫erver. Ce n'est pas qu'ils ayent manqué de rai∫ons apparentes pour deffendre leurs opinions qui ∫ont toutes fondées ∫ur ce principe, Qu'il faut que l'E∫criture repre∫ente la Prononciation ; Mais cette maxime n'e∫t pas ab∫olument veritable ; Car ∫i elle avoit lieu il faudroit retrancher l'R finale des Verbes Aymer, Ceder, Partir, Sortir, & autres de pareille nature dans les occa∫ions où on ne les prononce point, quoy qu'on ne lai∫∫e pas de les e∫crire.

Dictionnaire de l'Académie Française, première édition, 1694.

Atelier

Les pluriels en -x

Présentation

Extrait A

Ceulx qui finét en al au ∫ingulier, muét al en aulx au pluriel : comme Cheual, Cheuaulx, Loyal, Loyaulx.

Il fault noter que les anciens en beaucoup de mots, au lieu de s final, ont e∫cript vn x, voire au ∫ingulier : come Ombrageulx, Maulx, Faulx, Aux, Enuieulx, Cieulx, Eulx. Et ce ont faict pre∫que tou∫iours en ces terminai∫ons de aulx & de eulx.

Estienne Robert, Traicte de la Gramaire Francoi∫e, 1569.

Extrait B

Les noms terminez en eu & en au prennent au pluriel un x au lieu d'une s ; jeu, jeux ; feu, feux ; bateau, bateaux ; cependant bleu fait bleus. Quelques noms en ou peuvent prendre un x, caillou, cailloux ou caillous.

Claude Buffier, Grammaire Françoise sur un plan nouveau, 1709.

Extrait C

Les noms qui terminent au ∫ingulier par la lettre u prennent une x au pluriel, comme un etau, des etaux ; un chapeau, des chapeaux ; le feu, des feux ; un voeu, des voeux ; un lieu, des lieux.

Cependant les noms qui se terminent en ou prennent les uns une s & les autres une x. Ceux qui prennent une x font bijou, caillou, chou, genou, pou & vérou qui font au pluriel bijoux, cailloux, choux, &c. Tous les autres prennent une s, comme clou, hibou, matou, &c.

Joseph Vallart, Grammaire Françoise, 1744.

Extrait D

La caractéristique du pluriel varie dans les ∫ubstantifs en ou : on écrit par x les cailloux, les choux, les genoux ; et par s les bijous, les clous, les cous, les matous, les fous, les trous, les filous.

Urbain DomergueGrammaire Françoise simplifiée ou traité d'orthographe, 1778.

Extrait E

Les substantifs et les adjectifs dont l'u final est précédé d'une voyelle, prennent un x au pluriel ; mais ceux dont l'u final est précédé d'une consonne, prennent un s ; des tableaux connus ?

Exceptions

Les quinze mots suivants prennent un s au pluriel : des bambous, es habits bleus, des clous, des cous, des coucous, des écrous, des filous, des fous, des grigous, des licous, des matous, des fromages mous, des sous, des trous...

J.N. Blondin, Grammaire Française simplifiée, 1808.

Atelier

Une Fable

Présentation

La rai∫on du plus fort e∫t tou∫iours la meilleure.

Nous l'allons mon∫trer tout à l'heure.

Un Agneau ∫e de∫alteroit

Dans le courant d'vne onde pure.

Vn Loup ∫uruient à jeun qui cherchoit aventure,

Et que la faim en ces lieux attiroit.

Qui te rend ∫i hardy de troubler mon breuuage ?

Dit cét animal plein de rage,

Tu ∫eras cha∫tié de ta temerité.

Sire, répond l'Agneau, que vo∫tre Maje∫té

Ne ∫e mette pas en colere

Mais plu∫to∫t qu'elle con∫idere

Que ie me vas de∫alterant

Dans le courant,

Plus de vingt pas au de∫∫ous d'Elle ;

Et que par con∫equent en aucune façon

Ie ne puis troubler ∫a boi∫∫on.

Tu la troubles, reprit cette Be∫te cruelle,

Et ie ∫çais que de moy tu médis l'an pa∫sé.

Comment l'aurois-je fait ∫i ie n'e∫tois pas né ?

Reprit l'Agneau, ie tete encor ma mere.

Si ce n'e∫t toy, c'e∫t donc ton frere.

Ie n'en ay point. C'e∫t donc quelqu'vn des tiens :

Car vous ne m'épargnez guere,

Vous, vos bergers & vos chiens.

On me l'a dit : il faut que ie me vange.

Là de∫∫us au fonds des fore∫ts

Le Loup l'emporte, & puis le mange,

Sans autre forme de procez.

Fables choisies, mises en vers par M. de La Fontaine, éd. Claude Barbin, 1669, p. 96.