Maigret et l'homme tout seul

Une intro sur Simenon.

Exposés/recherches : les couples ; les criminels ; les journalistes.

Recherches communes : les lieux ; les trois énigmes.

Études d'extraits : la découverte du corps, p. 12-15. L'aveu, p. 207-210. Le dialogue, p. 914-93.

Appropriation : écrire un article de presse ? Le dialogue entre Marcel Vivien et Nina Lassave ?

Les lieux. Maison abandonnée. Plage de La Baule. Les Halles, lieu des clochards. L'atelier de Marcel Vivien. Le logement de Madame Vivien. La maison de Mahossier. Le cimetière. Ceux qui vivent dehors, ceux qui vivent dedans.

La devise : "comprendre et ne pas juger"

Un article de presse : les disparitions volontaires.

Séance 01

La carrière de Maigret

Observation

Simenon, Pietr-le-Letton, 1931.

Simenon, Le Chien jaune, 1931.

Simenon, Le Port des Brumes, 1932.

Simenon, L'Affaire Saint-Fiacre, 1932.

Simenon, Les Nouvelles enquêtes de Maigret, 1944.

Simenon, Maigret à New York, 1947.

Simenon, Maigret et son mort, 1948.

Simenon, La Première enquête de Maigret, 1949.

Simenon, Les Mémoires de Maigret, 1951.

Simenon, Maigret et l'homme du banc, 1953.

Simenon, Maigret chez le ministre, 1954.

Simenon, Maigret et le corps sans tête, 1955.

Simenon, Maigret et les braves gens, 1962.

Simenon, La colère de Maigret, 1965.

Simenon, Maigret hésite, 1968.

Simenon, Maigret et monsieur Charles, 1972.

Séance 02

L'homme tout seul

Présentation

Ce fut Maigret qui poussa la porte qui n'était même plus bonne à faire du bois à brûler tant elle était pourrie. Il s'arrêta sur le seuil et comprit pourquoi le commissaire de police avait voulu lui faire la surprise.

La pièce était assez grande et les vitres avaient été remplacées, aux deux fenêtres, par du carton et par du papier épais. Le plancher irrégulier, avec des trous de plusieurs centimètres entre les lattes, était encombré d'un bric-à-brac invraisemblable, d'objets, la plupart cassés, qui n'avaient aucune utilité.

Ce qui attirait surtout le regard c'était, sur un lit de fer couvert d'une vieille paillasse, un homme tout habillé qui était évidemment mort. Sa poitrine était couverte de sang caillé mais son visage était resté serein.

Les vêtements étaient ceux d'un clochard et contrastaient avec le visage du mort et ses mains. Il était assez vieux et il avait de longs cheveux argentés, avec des reflets bleutés. Ses yeux étaient bleus aussi mais leur fixité mettait Maigret mal à l'aise et le commissaire les lui ferma.

Il portait des moustaches blanches légèrement retroussées et une barbiche, blanche aussi, à la Richelieu.

À part cela, il était rasé de près et Maigret eut une nouvelle surprise en découvrant que les mains du mort étaient soigneusement manucurées.

- On dirait un vieil acteur jouant le rôle de clochard, murmura-t-il. Il avait des papiers sur lui ?

- Rien. Pas de carte d'identité. Pas de vieilles lettres. Mes inspecteurs qui font le quartier sont venus jeter un coup d'œil et aucun ne l'a reconnu. Un seul croit bien l'avoir aperçu alors qu'il fouillait les poubelles...

L'homme était très grand et d'une carrure exceptionnelle. Son pantalon était trop court, avec un trou au genou gauche, et un vieux veston, une véritable guenille, se trouvait par terre dans la poussière.

- Le médecin légiste est venu ?

- Pas encore. Je l'attends d'une minute à l'autre... J'ai voulu que vous soyez ici avant qu'on ne touche à quoi que ce soit...

- Torrence... Vous allez téléphoner du premier bistrot et demander que les hommes de l'Identité Judiciaire arrivent ici le plus tôt possible... Demandez aussi qu'on avertisse le Parquet...

Ce visage, sur le lit de fer tordu, continuait à le fasciner. Les moustaches, la barbe étaient taillées avec soin et on aurait juré que cela avait été fait la veille au plus tard. Quant aux mains si soignées, aux ongles laqués, on les voyait mal fouiller les poubelles.

Or, l'homme devait le faire depuis longtemps. Toute la pièce était encombrée des objets les plus inattendus. Cassés, presque tous. Un vieux moulin à café. Des brocs en émail avec de grands éclats, des seaux cabossés ou troués, une lampe à pétrole sans mèche et sans pétrole, des chaussures disparates.

- Il faudra que je fasse dresser un inventaire de tout cela...

Georges Simenon, Maigret et l'homme tout seul, © Georges Simenon Ltd, coll. Livre de poche, éd. LGF, 1971.

Séance 03

La Bonne Fourchette

Présentation

Rue Dancourt, il trouva tout de suite le restaurant à l'enseigne de La Bonne Fourchette. La salle était petite et on avait laissé la porte ouverte pour l'aérer un peu. Au comptoir, un homme d'un certain âge, en tenue de chef, était accoudé devant un journal.

C'était un restaurant à l'ancienne mode, avec encore au mur des casiers pour les serviettes des habitués. Il n'y avait qu'une porte vitrée à franchir pour se trouver dans la cuisine.

À cette heure-ci, bien entendu, il n'y avait personne.

- Vous voulez boire quelque chose ?

Maigret se dirigea vers le comptoir d'étain.

- Je n'ai pas soif mais j'aimerais vous poser quelques questions.

- Qu'est-ce que vous êtes ?

- Commissaire à la P. J.

- Je me doutais que la police viendrait un jour ou l'autre.

- Pourquoi ?

- Parce que Vivien, ce drôle de clochard, a fréquenté mon établissement pendant plusieurs mois.

- En quelle année ?

- 1946.

- Il était seul ?

- Non. Toujours accompagné par une jolie fille qui ne ratait pas une occasion de se blottir contre lui.

- Comment se fait-il que vous vous souveniez d'eux ?

- Parce que les garçons et les clients souriaient machinalement en les voyant arriver. Ils avaient l'air tellement amoureux l'un de l'autre... Ils s'arrêtaient même de manger pour s'embrasser à pleine bouche, devant tout le monde...

- Cela ne vous a pas étonné ?

- Vous savez, dans le métier, on en voit de toutes les couleurs et on ne s'étonne pas facilement. Il semblait avoir une quinzaine d'années de plus qu'elle, soit, mais il y a beaucoup de couples dans le même cas.

- Vous ne savez pas où ils habitaient ?

- Non. Dans le quartier, probablement, car ils venaient à pied, bras dessus bras dessous, comme des gens qui ont tout le temps devant eux.

- Ils ne repartaient jamais en taxi ?

- Pas à ma connaissance.

- Venaient-ils parfois dîner ?

- Non. Cela ne m'a pas frappé car si, à midi, nous avons des clients qui travaillent dans les environs, ils rentrent chez eux après leur journée. Le soir, c'est une clientèle différente.

- Quand ont-ils cessé de venir ?

- Aux environs du 15 août... J'ai fermé pendant deux semaines pour conduire ma femme à la campagne et pêcher à la ligne... Quand je suis revenu, je ne les ai plus revus... Ils ont sans doute adopté un autre restaurant...

Maigret remercia et se retrouva boulevard Rochechouart où il marcha paresseusement comme les gens du quartier. Il ne comprenait pas. Il y avait quelque chose de grinçant dans cette histoire.

Marcel Vivien était parti de chez lui deux jours avant Noël. Il semblait avoir beaucoup aimé sa fille qui n'avait que huit ans et il n'avait pas attendu trois jours pour disparaître.

Venait-il seulement de faire la connaissance de la jeune femme ou de la jeune fille qu'il allait rejoindre ?

Georges Simenon, Maigret et l'homme tout seul, © Georges Simenon Ltd, coll. Livre de poche, éd. LGF, 1971.

Séance 04

L'aveu

Présentation

Les traits de Mahossier se durcissaient à nouveau.

- La concierge ne s'est pas souvenue, pendant l'enquête, de l'avoir vu entrer et sortir. On lui a demandé ce qu'elle faisait à cette heure-là et elle a répondu qu'elle tricotait près de la fenêtre en écoutant la radio. Or, assise près de la fenêtre, elle pouvait difficilement voir les gens qui passaient sous la voûte...

- Où est-ce que cela vous conduit ?

- À soupçonner Vivien d'avoir tué sa maîtresse, qui était en même temps la vôtre. Peut-être même vous a-t-il vu sortir de l'immeuble ? Nous ne le saurons jamais. Toujours est-il qu'il était outré, littéralement déchiré par la douleur.

"Il ne venait peut-être pas boulevard Rochechouart pour la tuer et il ne s'était muni d'aucune arme. Peut-être voulait-il seulement vous surprendre avec elle.

"Il l'a trouvée nue sur le lit. Pour qui s'était-elle ainsi dévêtue alors qu'elle n'attendait pas sa visite ?

"Il considérait qu'il avait tout fait pour elle. Il avait honte d'avoir abandonné sa femme et sa fille sans ressources. Et voilà qu'elle le trompait avec le premier venu.

"Je ne sais pas ce qu'ils se sont dit. En tout cas, Nina Lassave n'est pas parvenue à le calmer. Elle n'avait pas peur, nous en avons la preuve par la pose dans laquelle on l'a retrouvée... Toujours est-il qu'il était assez surexcité pour l'étrangler... C'était toute sa vie qu'il venait de terminer... Il lui semblait impossible de retourner rue Caulaincourt, même dans son atelier de la rue Lepic... Plus rien ne l'intéressait... Il n'aurait peut-être pas été fâché qu'on vous mette son crime sur le dos...

- C'est un peu ce que l'on a fait et ce que vous avez fait vous-même au début. Je vous ai toujours dit que je ne l'avais pas tuée.

- Quand avez-vous appris qu'elle était morte ?

- Un quart d'heure plus tard. J'ai vu Vivien sortir très vite et s'éloigner en courant presque dans la direction de la place Blanche. L'envie m'a pris de demander à Nina ce qu'il était venu faire.

"Je suis entré dans la maison, et c'est alors que je montais l'escalier que j'ai rencontré la concierge. Quand je suis arrivé devant l'appartement, la porte était entrouverte... Cela m'a paru suspect... Deux minutes plus tard, j'ai découvert le corps... C'est alors que j'ai effacé mes empreintes digitales en essuyant tout ce que j'avais touché, même les jours précédents. Par la même occasion, j'ai dû effacer les empreintes de Vivien...

- Pourquoi ne l'avez-vous pas accusé ?

- Parce que j'avais décidé de le punir moi-même...

Le pauvre Torrence s'efforçait de suivre le rythme rapide de ce qui était devenu non plus un monologue de Maigret mais une véritable conversation. Le commissaire avait trouvé la faille et Mahossier avait perdu sa raideur.

- Vous étiez tellement amoureux d'elle ?

- C'est la seule femme que j'aie vraiment aimée...

- Et celle que vous avez épousée ?

- Je l'aime bien. Je crois qu'elle m'aime bien aussi, mais, de son côté non plus, ce n'est pas le grand amour...

- Il y a vingt ans de cela, Mahossier.

- Je sais. Je n'en pense pas moins tous les jours à elle.

- Ne croyez-vous pas que c'était le cas de Vivien aussi ? Il était aussi passionné que vous, assez passionné pour tuer. Il n'a pas essayé de se refaire une vie. Il a préféré sombrer tout de suite... C'est un clochard que vous avez rencontré par hasard après vingt ans...

Georges Simenon, Maigret et l'homme tout seul, © Georges Simenon Ltd, coll. Livre de poche, éd. LGF, 1971.

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Présentation

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