Maître et valet

Séance 01

Dom Juan et Sganarelle

Explication

Comment les relations entre maître et serviteur sont-elles représentées dans cet extrait ?

Pistes

Oral

Selon vous, à quoi sert-il de montrer les relations hiérarchiques sur scène, au théâtre, à des gens qui les vivent tous les jours ?

Au début de cette comédie, Dom Juan, un grand seigneur libertin, explique à son valet ce qui l'a conduit dans cette ville.

Sganarelle

Mais, Monsieur, cela serait-il de la permission que vous m'avez donnée, si je vous disais que je suis tant soit peu scandalisé de la vie que vous menez ?

Dom Juan

Comment ? quelle vie est-ce que je mène ?

Sganarelle

Fort bonne. Mais, par exemple, de vous voir tous les mois vous marier comme vous faites...

Dom Juan

Y a-t-il rien de plus agréable ?

Sganarelle

Il est vrai, je conçois que cela est fort agréable et fort divertissant, et je m'en accommoderais assez, moi, s'il n'y avait point de mal ; mais, Monsieur, se jouer ainsi d'un mystère sacré, et...

Dom Juan

Va, va, c'est une affaire entre le Ciel et moi, et nous la démêlerons bien ensemble, sans que tu t'en mettes en peine.

Sganarelle

Ma foi ! Monsieur, j'ai toujours ouï dire que c'est une méchante raillerie que de se railler du Ciel, et que les libertins ne font jamais une bonne fin.

Dom Juan

Holà ! maître sot, vous savez que je vous ai dit que je n'aime pas les faiseurs de remontrances.

Sganarelle

Je ne parle pas aussi à vous, Dieu m'en garde. Vous savez ce que vous faites, vous ; et si vous ne croyez rien, vous avez vos raisons ; mais il y a de certains petits impertinents dans le monde, qui sont libertins sans savoir pourquoi, qui font les esprits forts, parce qu'ils croient que cela leur sied bien ; et si j'avais un maître comme cela, je lui dirais fort nettement, le regardant en face : "Osez-vous bien ainsi vous jouer au Ciel, et ne tremblez-vous point de vous moquer comme vous faites des choses les plus saintes ? C'est bien à vous, petit ver de terre, petit mirmidon que vous êtes (je parle au maître que j'ai dit), c'est bien à vous à vouloir vous mêler de tourner en raillerie ce que tous les hommes révèrent ? Pensez-vous que pour être de qualité, pour avoir une perruque blonde et bien frisée, des plumes à votre chapeau, un habit bien doré, et des rubans couleur de feu (ce n'est pas à vous que je parle, c'est à l'autre), pensez-vous, dis-je, que vous en soyez plus habile homme, que tout vous soit permis, et qu'on n'ose vous dire vos vérités ? Apprenez de moi, qui suis votre valet, que le Ciel punit tôt ou tard les impies, qu'une méchante vie amène une méchante mort, et que..."

Dom Juan

Paix !

Sganarelle

De quoi est-il question ?

Dom Juan

Il est question de te dire qu'une beauté me tient au cœur, et qu'entraîné par ses appas, je l'ai suivie jusques en cette ville.

Molière, Dom Juan, I, 2, 1665

Séance 02

Les Bonnes

Lecture

Lisez le texte ci-contre. Pourquoi les deux soeurs jouent-elle à ce jeu ?

Oral

Selon vous, une relation hiérarchique conduit-elle nécessairement à la soumission ou au conflit ?

Dans ce drame, deux soeurs employées comme domestiques mettent sans cesse en scène leur relation avec "Madame".

Claire. - Commence les insultes.

Solange. - Vous êtes belle.

Claire. - Passons. Passons le prélude. Aux insultes.

Solange. - Vous m'éblouissez. Je ne pourrais jamais.

Claire. - J'ai dis les insultes. Vous n'espérez pas m'avoir fait revêtir cette robe pour m'entendre chanter ma beauté. Couvrez-moi de haine ! D'insultes ! De crachats !

Solange. - Aidez-moi.

Claire. - Je hais les domestiques. J'en hais l'espèce odieuse et vile. Les domestiques n'appartiennent pas à l'humanité. Ils coulent. Ils sont une exhalaison qui traîne dans nos chambres, dans nos corridors, qui nous pénètre, nous entre par la bouche, qui nous corrompt. Moi je vous vomis. (Mouvement de Solange pour aller à la fenêtre) Reste ici.

Solange. - Je monte, je monte...

Claire, parlant toujours des domestiques. - Je sais qu'il en faut comme il faut des fossoyeurs, des vidangeurs, des policiers. N'empêche que tout ce beau monde est fétide.

Solange. - Continuez. Continuez.

Claire. - Vos gueules d'épouvantes et de remords, vos coudes plissés, vos cordages démodés, vos corps pour porter nos défroques. Vous êtes nos miroirs déformants, notre soupape, notre honte, notre lie.

Solange. - Continuez. Continuez.

Claire. - Je suis au bord, presse-toi, je t'en prie. Vous êtes... Vous êtes... Mon Dieu, je suis vide, je ne trouve plus. Je suis à bout d'insultes. Claire, vous m'épuisez !

Solange. - Laissez-moi sortir. Nous allons parler au monde. Qu'il se mette aux fenêtres pour nous voir, il faut qu'il nous écoute.

Elle ouvre la fenêtre, mais Claire la tire dans la chambre.

Claire. - Les gens d'en face vont nous voir.

Solange, déjà sur le balcon. - J'espère bien. Il fait bon. Le vent m'exalte.

Claire. - Solange ! Solange ! Reste avec moi, rentre !

Solange. - Je suis au niveau. Madame avait pour elle son chant de tourterelle, ses amants, son laitier.

Claire. - Solange...

Solange. - Silence ! Son laitier matinal, son messager de l'aube, son tocsin délicieux, son maître pâle et charmant, c'est fini. En place pour le bal.

Claire. - Qu'est-ce tu fais ?

Solange, solenelle. - J'en interromps le cours. À genoux !

Claire. - Tu vas trop loin !

Solange. - À genoux ! puisque je sais à quoi je suis destinée.

Claire. - Vous me tuez.

Solange, allant sur elle. - Je l'espère bien.

J. Genet, Les Bonnes, extrait, 1947.