Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne

Séance 01

Une femme révolutionnaire

Observation

1. Que retenez-vous de la présentation d'Olympe de Gouges ?

2. Soit les deux planches de bande dessinée ci-contre.

a. Comment illustrent-elles les deux facettes de l'oeuvre de la jeune femme ?

b. Quels points communs peut-on mettre en évidence entre les deux situations ?

Pistes

José-Louis Bocquet et Catel Muller, Olympe de Gouges, 2012.

Prolongement

Préparez un exposé de 5-10 minutes sur l'une des femmes suivantes :

  • Louise de Kéralio
  • Rosalie Jullien
  • Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt
  • Pauline Léon
  • Manon Roland

Séance 02

Les droits de...

Lecture

1. Comment progresse la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen ? Donnez un titre à chaque article/groupe d'article suivant :

a. I à III : ...

b. IV et V : ...

c. VI : ...

d. VII à IX : ...

e. X et XI : ...

f. XII et XIII : ...

2. Choisissez trois modifications effectués par Olympe de Gouges et commentez-les.

Pistes

Explication

En vous appuyant sur les réponses précédentes, expliquez les articles I à XIII.

Prolongement

Étudiez la négation dans l'article III de la Déclaration des droits de la Femme.

...L'homme
Article premier

Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.

II

Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression.

III

Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément.

IV

La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société, la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi.

V

La Loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. Tout ce qui n'est pas défendu par la Loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas.

VI

La Loi est l'expression de la volonté générale. Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentans, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu'elle protége, soit qu'elle punisse. Tous les Citoyens étant égaux à ses yeux, sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talens.

VII

Nul homme ne peut être accusé, arrêté, ni détenu que dans les cas déterminés par la Loi, et selon les formes qu'elle a prescrites. Ceux qui sollicitent, expédient, exécutent ou font exécuter des ordres arbitraires, doivent être punis ; mais tout Citoyen appelé ou saisi en vertu de la Loi, doit obéir à l'instant : il se rend coupable par la résistance.

VIII

La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu'en vertu d'une Loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée.

IX

Tout homme étant présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable, s'il est jugé indispensable de l'arrêter, toute rigueur qui ne seroit pas nécessaire pour s'assurer de sa personne, doit être sévèrement réprimée par la Loi.

X

Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi.

XI

La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté, dans les cas déterminés par la Loi.

XII

La garantie des droits de l'Homme et du Citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée.

XIII

Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable. Elle doit être également répartie entre tous les Citoyens, en raison de leurs facultés.

[...]

La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, adoptée à l'Assemblée Nationale en octobre 1789.

...la femme
Article premier.

La Femme naît libre et demeure égale à l'homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.

II.

Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de la Femme et de l'Homme : ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et surtout la résistance à l'oppression.

III.

Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation, qui n'est que la réunion de la Femme et de l'Homme : nul corps, nul individu, ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément.

IV.

La liberté et la justice consistent à rendre tout ce qui appartient à autrui ; ainsi l'exercice des droits naturels de la femme n'a de bornes que la tyrannie perpétuelle que l'homme lui oppose ; ces bornes doivent être réformées par les loix de la nature et de la raison.

V.

Les loix de la nature et de la raison défendent toutes actions nuisibles à la société : tout ce qui n'est pas défendu par ces loix, sages et divines, ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elles n'ordonnent pas.

VI.

La Loi doit être l'expression de la volonté générale ; toutes les Citoyennes et Citoyens doivent concourir personnellement, ou par leurs représentans, à sa formation ; elle doit être la même pour tous : toutes les citoyennes et tous les citoyens, étant égaux à ses yeux, doivent être également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités, & sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents.

VII.

Nulle femme n'est exceptée ; elle est accusée, arrêtée, & détenue dans les cas déterminés par la Loi. Les femmes obéissent comme les hommes à cette Loi rigoureuse.

VIII.

La Loi ne doit établir que des peines strictement & évidemment nécessaires, & nul ne peut être puni qu'en vertu d'une Loi établie et promulguée antérieurement au délit et légalement appliquée aux femmes.

IX.

Toute femme étant déclarée coupable, toute rigueur est exercée par la Loi.

X.

Nul ne doit être inquiété pour ses opinions mêmes fondamentales, la femme a le droit de monter sur l'échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune ; pourvu que ses manifestations ne troublent pas l'ordre public établi par la Loi.

XI.

La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de la femme, puisque cette liberté assure la légitimité des pères envers les enfants. Toute Citoyenne peut donc dire librement, je suis mère d'un enfant qui vous appartient, sans qu'un préjugé barbare la force à dissimuler la vérité ; sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.

XII.

La garantie des droits de la femme et de la Citoyenne nécessite une utilité majeure ; cette garantie doit être instituée pour l'avantage de tous, & non pour l'utilité particulière de celles à qui elle est confiée.

XIII.

Pour l'entretien de la force publique, & pour les dépenses d'administration, les contributions de la femme et de l'homme sont égales ; elle a part à toutes les corvées, à toutes les tâches pénibles ; elle doit donc avoir de même part à la distribution des places, des emplois, des charges, des dignités et de l'industrie.

[...]

Olympe de Gouges, La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, présentée à l'Assemblée Nationale en octobre 1791.

Séance 03

Quelle égalité ?

Contraction

Vous contracterez ce texte en 190 mots environ.

Essai

La tension entre l'égalité des places et l'égalité des chances est consubstantielle aux sociétés démocratiques. [...]

La première de ces conceptions de la justice sociale est centrée sur les places qui organisent la structure sociale, c'est-à-dire sur l'ensemble des positions occupées par les individus, que ceux-ci soient des femmes ou des hommes, des membres des minorités visibles ou de la majorité "blanche", des "cultivés" ou des moins "cultivés", des jeunes ou des moins jeunes… Issue de la question sociale du xixe siècle, cette représentation de la justice sociale invite à réduire les inégalités de revenus, de conditions de vie, d'accès aux services, de sécurité qui sont associées aux positions sociales occupées par des individus bien différents sous de nombreux aspects : les qualifications, le sexe, l'âge, le talent… L'égalité des places cherche à resserrer la structure des positions sociales sans faire sa priorité de la circulation des individus entre les diverses places inégales, comme le montre le modèle scolaire de Jules Ferry visant à offrir une éducation élémentaire et émancipatrice à tous, mais certainement pas à donner les mêmes chances de promotion à tous les enfants. Ici, la mobilité sociale est une conséquence indirecte de la relative égalité sociale. Pour le dire d'un mot, il s'agit moins de promettre aux enfants d'ouvriers qu'ils auront autant de chances de devenir cadres que les enfants de cadres eux-mêmes, que de réduire l'écart des conditions de vie et de travail entre les ouvriers et les cadres. Il s'agit moins de permettre aux femmes d'occuper à parité les emplois aujourd'hui réservés aux hommes, que de faire que les emplois occupés par les femmes et par les hommes soient les plus égaux possible. [...]

La seconde conception de la justice, celle qui s'impose progressivement aujourd'hui, est centrée sur l'égalité des chances offerte à tous d'occuper toutes les places en fonction d'un principe méritocratique. Elle vise moins à réduire l'inégalité des positions sociales qu'à lutter contre les discriminations qui font obstacle à la réalisation du mérite permettant à chacun d'accéder à des positions inégales au terme d'une compétition équitable dans laquelle des individus égaux s'affrontent pour occuper des places sociales hiérarchisées. Dans ce cas, les inégalités sont justes puisque toutes les places sont ouvertes à tous. Avec l'égalité des chances, la définition des inégalités sociales change sensiblement par rapport au modèle des places car celles-ci sont moins des inégalités de positions que l'ensemble des obstacles s'opposant à la formation d'une compétition équitable, sans que la structure des places soit a priori contestée. Ici, l'idéal n'est pas celui d'une société dans laquelle les inégalités de position seraient limitées ; c'est celui d'une société dans laquelle chaque génération devrait être redistribuée équitablement dans toutes les positions sociales en fonction des projets et du mérite des individus. Dans ce modèle, la justice commande que les enfants d'ouvriers aient les mêmes chances que les enfants de cadres de devenir cadres à leur tour sans que l'écart de position entre les ouvriers et les cadres soit en jeu. De même, le modèle des chances implique que les femmes soient présentes à parité à tous les échelons de la société sans que l'échelle des activités professionnelles et des revenus elle-même soit transformée. Cette figure de la justice sociale oblige aussi à tenir compte de ce qu'on appelle "la diversité" ethnique et culturelle afin que celle-ci soit représentée à tous les niveaux de la vie sociale. De ce point de vue, il est bien évident que la formation de sociétés pluriculturelles, et donc discriminantes, accentue l'aspiration à l'égalité des chances. [...]

En termes pratiques, en termes de politiques sociales et de programmes politiques, on ne fait pas exactement la même chose selon que l'on choisit d'abord les places ou d'abord les chances. Par exemple, ce n'est pas la même chose d'affirmer la priorité de l'augmentation des bas salaires et de l'amélioration des conditions de vie dans les quartiers populaires, et de souligner l'impérieuse nécessité de faire que les enfants de ces quartiers aient les mêmes chances que les autres d'accéder à l'élite en fonction de leur mérite individuel afin d'échapper à leur condition. [...] Dans une société riche mais nécessairement tenue d'établir des priorités, ce n'est pas exactement la même chose de choisir d'améliorer la qualité de l'offre scolaire dans les quartiers défavorisés, ou d'aider les plus méritants des élèves défavorisés afin qu'ils aient l'opportunité de rejoindre l'élite scolaire et sociale. Pour choisir un exemple encore plus net, ce n'est pas la même chose de faire que les membres des minorités ethno-raciales soient équitablement représentés au Parlement et dans les médias, ou de faire que les emplois qu'ils occupent dans le bâtiment et les travaux publics soient mieux rétribués et moins pénibles.

Dubet, François. "Egalité des places, égalité des chances", Études, vol. 414, no. 1, 2011

Quand on parle d'égalité homme/femme, on considère bien souvent que la situation évolue favorablement, que les femmes ont acquis des droits, que les rôles sont mieux répartis et que le pouvoir est équitablement distribué. Ce n'est pas faux. Il est clair que notre société a fait des progrès remarquables ces dernières années. Il est juste de considérer que les femmes ont dorénavant accès à de nombreuses disciplines et qu'elles occupent ici et là des positions de pouvoir.

Mais force est de constater que les chiffres sont toujours dramatiquement déséquilibrés et que la Tech est un monde profondément inégalitaire. Pire, les inégalités progressent d'année en année. Isabelle Collet, dans Les Oubliées du numérique souligne avec justesse qu'"il n'y a que 5% de femmes ingénieures en 1972, 14% en 1983... En revanche, à ce moment-là, les femmes sont 20% dans la filière informatique. [...] Dans les années 1980, un changement se produit, de sorte qu'en 2017, les femmes ne sont plus en moyenne que 12% dans les écoles d'ingénieurs en informatique, 10% à l'université, 8% dans les filières de techniciens supérieurs (BTS, DUT)." 20% de femmes dans la filière informatique en 1983 contre 12% en 2017. Les statistiques sont claires : c'est l'inégalité homme/femme qui progresse dans la Tech et non l'égalité. Si on lit ces chiffres à la lumière des politiques menées par l'État et des millions d'euros dépensés par les grandes entreprises pour attirer des talents féminins, il y a de quoi s'arracher les cheveux. La société civile aussi se mobilise. Des associations comme les Digital Ladies & Allies dirigée par Merete Buljo, multiplient les actions pour pointer ce déséquilibre criant. Le "Do Tank" mène des actions pour favoriser l'éducation au numérique, augmenter la visibilité des femmes dans la Tech et favoriser l'apprentissage du numérique tout au long de la vie (7 à 77 ans). Solenne Bocquillon-Le Goaziou, [secrétaire générale de l'association Digital Ladies & Allies] souligne le fossé entre les pays : "Lorsque j'étais DRH à l'international, j'avais par exemple, 60% de femmes dans les métiers de l'informatique en Inde". En effet, le déséquilibre est flagrant quand on regarde les autres pays. Alors pourquoi les chiffres n'évoluent-ils pas favorablement malgré tous les efforts consentis par les acteurs et actrices du secteur ? [...]

En 1946 paraît le livre de Maria Montessori L'enfant est l'avenir de l'homme : La formation de Londres. Ce livre majeur de la pensée Montessori réunit des cours que la grande dame dispensa lors d'un séminaire à Londres. Le travail de cette éminente pédagogue est trop vaste pour être abordé ici en détail, mais l'une des convictions les plus fermes de Montessori est que l'enfance constitue la glaise dans laquelle se pétrit l'adulte. "Les enfants de 7 et 8 ans sont déjà de "vieilles personnes". Il faut favoriser un apprentissage précoce, alors que l'enfant est tout jeune et créatif." dit-elle dans cet ouvrage. Elle ajoute plus loin que les psychologues de son époque ont enfin compris que "(...) pour comprendre un adulte, il faut comprendre l'enfance qu'a vécue cet adulte." Quelle enfance vivent les filles pour qu'une fois devenues femmes, elles se détournent ainsi de ces disciplines techniques? Et surtout, comment, nous, conscients de ces bévues, pouvons-nous agir dès à présent ?

Lisa Jacquey, docteure en sciences cognitives, co-autrice avec Marion Voillot du MOOC La petite culture numérique, Le développement du tout-petit à l'ère numérique souligne que le jeune enfant, dès ses premiers jours, fait preuve de capacités d'apprentissage exceptionnelles. On sait que l'enfance, jusqu'à cinq ou six ans puis l'adolescence, sont des périodes particulièrement propices à l'apprentissage. Du fait d'une plasticité neuronale importante, le petit enfant devient spécialiste de l'environnement et de la culture dans lesquels il grandit. C'est pour cette raison, que les Japonais peinent à dissocier les sons produits par les lettres R et L en français. Enfants, ils n'ont pas appris à dissocier ces sons. Et une fois passées ces périodes favorables aux apprentissages, il est difficile, adulte, d'apprendre ces notions. De la même façon, durant ces premières années, l'enfant intègre la façon dont fonctionne la société. Lorsqu'il observe, tout petit, que les femmes sont majoritaires dans les métiers liés à l'éducation et aux soins, il apprend inconsciemment, mais profondément, que ces métiers sont destinés à certaines catégories. Lorsqu'il observe que ses initiatives sont encouragées ou entravées selon son genre, il intègre que des comportements sont attendus selon qu'il soit un garçon ou une fille. Lisa Jacquey rappelle que le sentiment d'appartenance à un groupe de genre se construit très tôt chez l'enfant. [...]

Plusieurs études montrent que les professionnels de l'éducation, sans en être conscients, et avec la meilleure volonté du monde, agissent en fonction de biais de genre très forts. Il s'avère que les interactions sont plus importantes entre l'enseignant(e) et les garçons, et que ces derniers sont perçus comme plus intelligents par nature, alors que les filles brillantes le seraient davantage par le travail qu'elles fournissent.

L'entourage proche joue également un rôle majeur. Les parents bien sûr, mais aussi les grands-parents et la fratrie alimentent l'enfant en jouets, en dessins animés ou en vêtements qui participent à le cantonner à certains rôles selon son genre. Les jeunes enfants ont un super cerveau. Et ces super-pouvoirs leur offrent une capacité accrue d'observation de leur environnement et de la place qu'ils doivent y occuper en tant que filles ou garçons.

Dès le plus jeune âge, il est crucial que les filles aient accès, tout autant que les garçons, à ces apprentissages. Dans les ateliers d'initiation au numérique sans écran, pour les maternelles, nous observons que les filles comme les garçons découvrent avec beaucoup de plaisir les rouages du numérique et s'initient avec autant de facilité que les garçons à la programmation. Aurélie Jean, scientifique numéricienne de renom, autrice de l'ouvrage De l'autre côté de la machine : Voyage d'une scientifique au pays des algorithmes, ajoute que "tous les enfants, filles et garçons, naissent scientifiques de la data selon Emmanuel Schanzer, scientifique et fondateur de Bootstrap World. Cela étant dit, il faut développer l'appétence naturelle des petits pour les sciences, les chiffres et les raisonnements analytiques, pour permettre aux petites filles de se dire "c'est fait pour moi!"".

Les recherches sur le sujet confirment cette intuition. Le travail de thèse de Amanda A. Sullivan montre que la participation d'enfants de 5 à 7 ans à des ateliers avec des robots durant 7 semaines (1j/semaine) augmente significativement l'envie des petites filles de devenir ingénieure (comparativement à la situation qui précède le cycle d'ateliers, et à un groupe contrôle n'ayant pas eu d'atelier). Le degré d'envie des filles de devenir ingénieure devient alors comparable à celui des garçons. De plus, elle montre qu'après les 7 semaines d'ateliers, les compétences en programmation des garçons et des filles sont comparables, mais seulement quand l'animation des ateliers est assurée par des femmes. Les garçons présentent de meilleures performances que les filles quand les médiateurs sont des hommes. [...]

Les premières années sont donc cruciales mais les suivantes comptent tout autant. Des initiatives comme Magic Makers et Inclusive Coding (qui intervient spécifiquement dans les Quartiers Prioritaires de la Ville) offrent aux filles (et aux garçons naturellement) la possibilité de s'initier très tôt au langage informatique. Céline Heller, fondatrice de l'association Inclusive Coding, souligne qu'il est doublement essentiel que les filles issues de milieux défavorisés puissent accéder à ces disciplines. En tant que filles, et en tant que personnes issues de quartiers sensibles, il est encore plus probable pour elles de passer à côté de métiers pourtant extrêmement émancipateurs, d'un point de vue économique notamment. Surtout quand on sait que les biais liés au genre dans l'enfance sont encore plus discriminatoires dans les milieux défavorisés.

Et pour celles qui sont devenues femmes, il n'est heureusement pas trop tard. Chloé Hermary est la fondatrice de Ada Tech School, une école informatique en deux ans, à la pédagogie alternative, qui a vocation à repenser le processus de sélection, l'environnement d'apprentissage et la pédagogie pour rendre le code plus accessible, et notamment aux femmes. Chloé Hermary affirme que les barrières psychologiques sont très fortes pour les femmes qui ont envie de se lancer dans la Tech. Avec Ada Tech School, son souhait est de leur donner envie d'oser. Chloé précise que l'enjeu n'est pas juste d'avoir plus de femmes dans ce secteur. L'enjeu est de rééquilibrer les rapports de pouvoir entre les hommes et les femmes. Aujourd'hui, les algorithmes façonnent nos vies, jusqu'à influencer, à notre insu, nos convictions politiques. Or ces mêmes algorithmes ne sont écrits que par des hommes, qui conçoivent des outils sans considérer la moitié de la population mondiale. On se retrouve ainsi avec des applications de running qui permettent de repérer les itinéraires de courses des coureurs, et les coureuses. Très pratique pour les prédateurs sexuels. C'est sûr, il fallait y penser. Et pour y penser, il fallait être une femme. [...]

Il reste tant à faire pour que la situation évolue enfin favorablement et durablement. Il est évident que ce déséquilibre est nuisible aux femmes, mais aussi à l'humanité toute entière, qui se prive de la moitié de la force vive cognitive, dans un secteur qui conditionne de plus en plus nos vies. Et plus le numérique s'emparera de notre quotidien, plus cette inégalité deviendra odieuse. Il est grand temps de regarder le problème dans tous ses aspects, et notamment par le prisme de l'enfance. S'agit-il d'une grande campagne de mobilisation nationale ? S'agit-il de revoir la formation des professionnels de l'éducation ? Ou s'agit-il d'éveiller les parents, dès la grossesse, à ces sujets ? Il s'agit sans doute de tout cela à la fois.

Amélia Matar, fondatrice et dirigeante de COLORI, "Les femmes dans la tech : tout se joue-t-il avant 6 ans?", La Tribune, no. 7181, 30 juin 2021

Séance 02

Le postambule

Présentation

Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l'univers ; reconnais tes droits. Le puissant empire de la nature n'est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l'usurpation. L'homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. Ô femmes ! Femmes, quand cesserez-vous d'être aveugles ? Quels sont les avantages que vous recueillis dans la révolution ? Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé. Dans les siècles de corruption vous n'avez régné que sur la faiblesse des hommes. Votre empire est détruit ; que vous reste t-il donc ? La conviction des injustices de l'homme. La réclamation de votre patrimoine, fondée sur les sages décrets de la nature ; qu'auriez-vous à redouter pour une si belle entreprise ? Le bon mot du Législateur des noces de Cana ? Craignez-vous que nos Législateurs français, correcteurs de cette morale, longtemps accrochée aux branches de la politique, mais qui n'est plus de saison, ne vous répètent : femmes, qu'y a-t-il de commun entre vous et nous ? Tout, auriez-vous à répondre. S'ils s'obstinent, dans leur faiblesse, à mettre cette inconséquence en contradiction avec leurs principes ; opposez courageusement la force de la raison aux vaines prétentions de supériorité ; réunissez-vous sous les étendards de la philosophie ; déployez toute l'énergie de votre caractère, et vous verrez bientôt ces orgueilleux, non serviles adorateurs rampants à vos pieds, mais fiers de partager avec vous les trésors de l'Être Suprême. Quelles que soient les barrières que l'on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n'avez qu'à le vouloir.

Olympe de Gouges, La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, 1791.

Séance 05

Appropriation

Présentation