Science et fiction

Objet d'étude : Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle

Problématique : Comment la fiction parle-t-elle de la science ? La fiction est-elle l'opposé de la science ?

Séance 01

Science + fiction = ?

Oral

Qu'évoquent pour vous ces mots : "Science" et "fiction" ?

Pistes

Prolongement

1. Trouvez un exemple de livre/film/série de science-fiction.

2. "Moi, ce que j'aime/je n'aime pas dans la science-fiction, c'est... parce que..." Donnez votre point de vue en vous appuyant sur des explications et des exemples.

Séance 02

L'Homme truqué

Lecture

Quelle image du savant est donnée dans cet extrait ?

Pistes

Oral

Comment faut-il, selon vous, lire cet extrait ?

Jean Lebris perd la vue dans les tranchées de la Première Guerre mondiale. Il est emmené dans une clinique secrète, où le docteur Prosope pratique sur lui une opération inédite. À son réveil, alors qu'il aperçoit devant lui une créature lumineuse, le docteur Prosope lui parle.

"Certes, Lebris, il est beau que l'homme soulève chaque jour davantage les cinq voiles qu'il a saisis de sa main frémissante. Il est beau que le téléphone augmente si formidablement l'acuité de son tympan. Il est beau que le microscope et le télescope lui donnent tour à tour des prunelles de Lilliputien et de Géant, et que ses regards percent les murailles au clair des rayons X. Il est beau, surtout, que l'esprit du savant supplée, par l'intuition et le calcul, à l'infériorité de ses sens et même à l'absence d'organes sensoriels. Mais, dites : celui-là qui douerait l'humanité d'un sixième sens, - celui-là qui adapterait au nerf optique un nouvel organe, sensible à des vibrations encore inaperçues, encore imperçues par aucun autre nerf ? Comment le qualifier ?…

Écoutez : parmi les éléments mystérieux qui sont à l'homme ce que la lumière est aux aveugles, mais qui cependant, par-ci par-là, d'une manière détournée, se plaisent furtivement à lui déceler leur existence, - il en est un, Lebris, qui n'est plus pour vous inconnaissable. Cet élément, que nous distinguons rarement, grâce à d'exceptionnelles manifestations lumineuses, sonores, tactiles, voire olfactives et gustatives, - cet élément que nos ingénieurs utilisent aujourd'hui sans savoir au juste ce qu'il est, ni comment il agit, - cet élément redoutable, occulte, universel, - vous, Lebris, seul au monde, vous en recevez l'impression directe. J'ai remplacé vos yeux par des appareils qui le saisissent comme l'oreille saisit le son, comme l'œil saisit la lumière visible. Moi, je ne devine la présence de cet élément qu'au bruit du tonnerre ou de l'étincelle, à la vue de la foudre, à l'odeur de l'ozone, à la secousse d'une bouteille blindée, au spectacle de machines qui tournent et d'ampoules qui brillent… Vous, partout où elle est, vous voyez l'électricité.

J'ai remplacé vos yeux par des façons d'électroscopes très perfectionnés. Ils perçoivent du monde l'aspect électrique ; ils n'en perçoivent pas d'autre ; et, naturellement, votre nerf optique vous traduit cet aspect sous forme de luminosités."

Maurice Renard, L'Homme truqué, 1921.

Séance 03

La question de grammaire

Rappel

Les classes et les fonctions

Analyse

Identifiez les principales fonctions syntaxique dans les phrases suivantes :

1. "J'ai remplacé vos yeux par des appareils qui le saisissent comme l'oreille saisit le son".

2. "Naturellement, votre nerf optique vous traduit cet aspect sous forme de luminosités."

Pistes

Séance 04

Le merveilleux scientifique

Écriture

Résumez le texte ci-contre en 250 mots.

Vous mettrez une marque tous les 50 mots.

Pistes

Méthode : le résumé

Notes

1. Qui présente des anomalies, des malformations qui rendent défectueux.

2. Romans de H. G. Wells.

3. Roman de Charles Derennes.

4. Ouvrage inconnu.

Dans cet essai, Maurice Renard s'efforce de définir ce qu'il nomme "le merveilleux scientifique".

Affiche de l'exposition "Le merveilleux scientifique", BNF, 23 avril au 25 août 2019.

Comment pourrons-nous concilier ces exigences, d'aspect contradictoire, qui veulent que nous prenions nos sujets à la fois dans la science et dans ce qui n'est pas la science ? - Nous agirons exactement comme fait le savant qui s'attaque aux problèmes de l'inconnu ; nous appliquerons à l'inconnu et au douteux les méthodes de l'investigation scientifique. - Mais alors, en quoi nos solutions imaginaires différeront-elles des véritables solutions de la science ? En d'autres termes, puisque nous savons pertinemment ne pas faire de vraies découvertes, qu'est-ce qui distingue le raisonnement merveilleux-scientifique du raisonnement scientifique ? - C'est l'introduction, volontaire, dans la chaîne des propositions, d'un ou de plusieurs éléments vicieux1, de nature à déterminer, par la suite, l'apparition de l'être, ou de l'objet, ou du fait merveilleux. (Merveilleux, c'est-à-dire : qui nous semblent actuellement merveilleux. Car l'avenir peut démontrer que l'élément supposé vicieux ne l'était nullement, et que notre merveilleux scientifique était purement et simplement de la science, involontaire comme la prose de M. Jourdain. L'avancement du savoir peut démontrer que notre sophisme n'en était pas un ; mais, pour la minute où nous écrivons, c'en est un. - Observons, en passant, que l'intérêt passionné, la vraisemblance inquiétante du récit est en raison directe du petit nombre d'éléments vicieux qu'on y insinue. Moins il y a de faussetés, plus la logique sauvegardée prête à l'œuvre cet air de vérité si émouvant. Aussi, la plupart des romans merveilleux-scientifiques se bornent-ils à falsifier une seule des lois naturelles et à nous la montrer, ainsi modifiée, dans ses rapports avec les autres lois restées indemnes.)

Ce procédé général pour construire la charpente d'une histoire merveilleuse-scientifique, revêt des formes infiniment variées. Exemple : Nous pouvons admettre comme certitude telles hypothèses scientifiques, et en déduire les conséquences de droit. (Habitation de Mars acceptée pour évidente et confrontée avec ce que l'étude de la planète nous a enseigné ou suggéré : La Guerre des mondes2.) - Nous pouvons encore confondre deux notions : prêter à l'une certaines propriétés de l'autre, subterfuge qui nous permettra d'appliquer à la première tel système d'investigation en réalité impraticable mais qui nous aidera à solutionner un problème en le supposant résolu. (Qualités de l'espace prêtées au temps : La Machine à explorer le temps2.) - Nous pouvons aussi appliquer des méthodes d'exploration scientifique à des objets, des êtres ou des phénomènes créés dans l'inconnu par des moyens rationnels d'analogie et de calcul, par des présomptions logiques. (Étude d'un peuple extrahumain : Le Peuple du pôle3.) Et ici j'ouvrirai de nouveau une parenthèse. Il s'agit de lancer la science en plein inconnu et non pas d'imaginer qu'elle a enfin accompli telle ou telle prouesse en voie réelle d'exécution. Il s'agit, par exemple, d'avoir l'idée d'une machine à explorer le temps, et non pas d'admettre qu'un personnage fictif a construit un sous-marin, dans le moment même où les ingénieurs authentiques sont sur la piste de cette découverte. Et si j'insiste là-dessus, c'est que là, justement, réside la grande différence entre Wells et Jules Verne, si souvent confondus. Jules Verne n'a pas écrit une seule phrase de merveilleux-scientifique. De son temps, la science était grosse de certaines trouvailles ; il s'est borné à l'en croire accouchée, devant qu'elle ne le fût. Il a à peine anticipé sur des découvertes en germination. Tout au plus pourrait-on dire qu'il restait dans ses problèmes une seule inconnue à dégager. [...]

Il serait vain de démontrer que le roman merveilleux-scientifique est une lecture salutaire quand il comporte le développement d'une théorie sociale, si utopique soit-elle, ou quand il constitue un roman satirique. Ces sortes d'ouvrages ont toujours des intentions réformatrices ou moralisatrices qui se manifestent d'elles-mêmes, et ce sont là les effets bienfaisants immédiats du roman merveilleux-scientifique, auxquels on peut adjoindre l'instruction indubitable qu'on y acquiert, toute œuvre de cette sorte contenant un véritable cours de paléontologie, ou d'optique, ou de chimie, ou de chirurgie, etc…, et un cours assez peu banal, puisque, tout en rappelant les éléments d'une science, l'auteur en traite à fond une partie, et se livre, de plus, à une métaphysique de cette science, question trop souvent négligée.

Mais - autre conséquence profitable - ayant remarqué chez un grand nombre de personnes, au sortir d'une telle lecture, je ne sais quel étonnement méditatif ; les ayant interrogées sur la cause qu'elles lui attribuaient, et m'étant moi-même questionné sur mes propres sentiments, j'ai été amené à cette constatation : qu'après la lecture de L'Homme invisible2 ou de Dans l'abîme4 par exemple, nous ne voyons plus les choses sous le même angle. Et, ayant recherché quels rapports s'étaient modifiés, quelles proportions avaient changé, je me suis aperçu que ce bouleversement confus de nos jugements provenait, en somme, de l'action du roman merveilleux-scientifique sur l'intelligence du progrès.

Maurice Renard, "Du roman merveilleux-scientifique et de son action sur l'intelligence du progrès", Le Spectateur, t. I, no 6, octobre 1909.

Séance 05

Science / fiction = ?

Lecture

Quelles différences pouvez-vous remarquer dans les oeuvres représentées sur ces deux couvertures ?

Hergé, Objectif Lune, 1953.

Edgar P. Jacobs, L'énigme de l'Atlandide, 1955.

Scott, Seul sur Mars, 2015.

Edwards, Rogue One, 2016.

Séance 06

L'Homme qui traversa la terre

Oral

Lisez le texte suivant.

Pistes

Notes

1. Mélange confus.

2. Ici, bizarre.

3. Fibres musculaires.

4. Partie du système nerveux qui commande les mouvements et la position du corps.

5. Adjectif dérivé d'un concept de la théorie des cordes.

6. Plaisir que l'on savoure pleinement.

Afin que le lecteur puisse se faire une idée des expérimentations en jeu, il est nécessaire de lui offrir des éclaircissements sur toute cette science.

Nous ne pouvons hélas nous étendre avec précision sur ce sujet, car la science de Louis Zèdre-Rouge se dérobe au profane ; le lecteur pardonnera l'incrédulité qui en résultera, mais nous préférons ne pas lui servir un salmigondis1 de termes baroques2 dont la profusion eût pauvrement masqué notre ignorance. Et puis, le poète observant bondir un cerf pense-t-il myocytes3 et système somatique4 ?

Grossièrement évoquées, en voici les grandes lignes : Louis Zèdre-Rouge travaillait à mettre au point une manière d'enfoncer un corps vivant dans la roche, qui permette au sujet d'y évoluer ainsi qu'un nageur plonge sous la surface et évolue dans l'eau. Il ne s'agissait donc ni plus ni moins que de pouvoir nager à travers la roche.

La méthode choisie était de provoquer chez le sujet une "dé-cohérence" ou état de perpétuelle dissociation sans atteinte à l'intégrité moléculaire ("agiter du vide" disait Louis avec mystère) qui eût permis l'interpénération de l'organisme ainsi traité et de son environnement.

Louis Zèdre-Rouge était un esprit brillant. Il avait su produire et réguler l'oscillation nécessaire à un ébrouement mesuré des molécules afin que celles-ci, vibrantes en continu, tremblent de façon coordonnée et puissent passer clandestinement dans le vide atomique qui compose toute matière.

Mais une fois maîtrisé le processus succinctement décrit, une difficulté inattendue apparut : un assujettissement du corps vibrant à l'attraction terrestre, différent significativement de celui qui régit les organismes non vibrants. Une perturbation (électromagnétique, chromodynamique ou quantique, ou peut-être "de type branaire5 infralocal" disait Louis avec une délectation6 mystérieuse) venait contrarier l'assise spatiale du sujet ; celui-ci, inexorablement, s'enfonçait.

Malgré d'incontestables avancées, malgré des impatiences et des réussites extraordinaires, les résultats n'étaient pas de nature à satisfaire Louis.

Autre point : il avait testé cette vibration dispensée par le biais d'un rayonnement nommé ZR - pour Zèdre-Rouge - sur des animaux avec des conséquences effroyables, à la suite desquels il apparut nécessaire de songer à une machine qui arrêtât l'effet du rayon ZR ; c'est ainsi que Louis dut mettre au point l'inverseur RZ avant même de finaliser le rayon lui-même ! Le lecteur concevra aisément la frustration du savant.

Robert Darvel, L'Homme qui traversa la terre, éd. Les Moutons électriques, 2016.