De simenon, l'écrivain André Gide écrit qu'il est "le plus vraiment romancier, le plus grand peut-être que nous ayons en littérature française aujourd'hui".
Problématique : Maigret et la jeune morte, roman populaire ou oeuvre littéraire ?
Observez les couvertures ci-contre. Que vous apprennent-elles ?
De simenon, l'érivain André Gide écrit qu'il est "le plus vraiment romancier, le plus grand peut-être que nous ayons en littérature française aujourd'hui". Qu'est-ce qui, selon vous, fait un "grand" romancier ?
Simenon, Pietr-le-Letton, 1931. |
Simenon, Le Chien jaune, 1931. |
Simenon, L'Affaire Saint-Fiacre, 1932. |
Simenon, Les Nouvelles enquêtes de Maigret, 1944. |
Simenon, Maigret se fâche, 1945. |
Simenon, Maigret et son mort, 1948. |
Simenon, La Première enquête de Maigret, 1949. |
Simenon, Maigret et l'homme du banc, 1953. |
Simenon, Maigret et la jeune morte, 1954. |
Simenon, Maigret et les braves gens, 1962. |
Simenon, Maigret hésite, 1968. |
Simenon, Maigret et monsieur Charles, 1972. |
Connaissez-vous le mot 'incipit' ? Que signifie-t-il ?
Ci-contre trois incipit de Maigret.
1. Parmi ces débuts de roman, lesquels donnent les informations nécessaires à la compréhension de l'histoire ?
2. Quel point de vue est adopté dans ces incipit ? Justifiez votre réponse.
3. Quel effet est produit par ces incipit ?
Est-ce qu'il y a des incipit de roman que vous avez lus qui vous ont marqué ? Pourquoi ?
Vendredi 7 novembre. Concarneau est désert. L'horloge lumineuse de la vieille ville, qu'on aperçoit au-dessus des remparts, marque onze heures moins cinq.
C'est le plein de la marée et une tempête du sud-ouest fait s'entrechoquer les barques dans le port. Le vent s'engouffre dans les rues, où l'on voit parfois des bouts de papier filer à toute allure au ras du sol.
Quai de l'Aiguillon, il n'y a pas une lumière. Tout est fermé. Tout le monde dort. Seules les trois fenêtres de l'Hôtel de l'Amiral, à l'angle de la place et du quai, sont encore éclairées.
Elles n'ont pas de volets mais, à travers les vitraux verdâtres, c'est à peine si on devine des silhouettes. Et ces gens attardés au café, le douanier de garde les envie, blotti dans la guérite, à moins de cent mètres.
Georges Simenon, Le Chien jaune, 1931.
MAIGRET bâilla, poussa les papiers vers le bout du bureau.
— Signez ça, les enfants, et vous pourrez aller vous coucher.
Les « enfants » étaient probablement les trois gaillards les plus durs à cuire qui fussent passés par la P.J. depuis un an. L'un d'eux, celui qu'on appelait Dédé, avait l'aspect d'un gorille, et le plus fluet, qui avait un œil au beurre noir, aurait pu gagner sa vie comme lutteur forain.
Janvier leur passait les papiers, une plume, et, maintenant qu'ils venaient enfin de lâcher le morceau, ils ne se donnaient plus la peine de discuter, ne lisaient même pas le procès-verbal de leur interrogatoire, et signaient d'un air dégoûté.
L'horloge de marbre marquait trois heures et quelques minutes et la plupart des bureaux du quai des Orfèvres étaient plongés dans l'obscurité. Depuis longtemps, on n'entendait plus d'autre bruit qu'un lointain klaxon ou les freins d'un taxi qui dérapait sur le pavé mouillé. Au moment de leur arrivée, la veille, les bureaux étaient déserts aussi, parce qu'il n'était pas neuf heures du matin et que le personnel n'était pas encore là. Il pleuvait déjà, de cette pluie fine et mélancolique qui tombait toujours.
Cela faisait plus de trente heures qu'ils étaient entre les mêmes murs, tantôt ensemble, tantôt séparément, tandis que Maigret et cinq de ses collaborateurs se relayaient pour les harceler.
Georges Simenon, Maigret et la jeune morte, 1954.
Au lieu de grogner en cherchant l'appareil à tâtons dans l'obscurité comme il en avait l'habitude quand le téléphone sonnait au milieu de la nuit, Maigret poussa un soupir de soulagement.
Déjà il ne se souvenait plus nettement du rêve auquel il était arraché, mais il savait que c'était un rêve désagréable : il tentait d'expliquer à quelqu'un d'important, dont il ne voyait pas le visage et qui était très mécontent de lui, que ce n'était pas sa faute, qu'il fallait montrer de la patience à son égard, quelques jours de patience seulement, parce qu'il avait perdu l'habitude et qu'il se sentait mou, mal dans sa peau. Qu'on lui fasse confiance et ce ne serait pas long. Surtout, qu'on ne le regarde pas d'un air réprobateur ou ironique…
— Allô !…
Tandis qu'il approchait le combiné de son oreille, Mme Maigret, soulevée sur un coude, allumait la lampe de chevet.
— Maigret ? questionnait-on.
— Oui.
Il ne reconnaissait pas la voix, encore qu'elle lui parût familière.
— Ici, Saint-Hubert…
Georges Simenon, Maigret et les braves gens, 1962.
Qu'est-ce qui vous paraît intéressant ou touchant dans cet extrait ?
Analysez comment le texte suscite l'intérêt et/ou l'émotion du lecteur.
Vous vous appuierez sur les axes suivants :
- le portrait de la jeune femme ;
- le travail de l'enquête.
- Lapointe a envoyé les photographies aux journaux.
- Il est ici ?
- Il vous attend.
- Fais-le venir.
Les photos étaient des chefs-d'œuvre de montage, au point que Maigret en reçut un choc. Il avait soudain sous les yeux l'image de la jeune fille, non telle qu'il l'avait vue sous la pluie, place Vintimille, à la lumière des torches électriques, non plus telle qu'il l'avait entrevue plus tard sur le marbre de l'Institut Médico-légal, mais telle qu'elle devait être la veille au soir quand elle s'était présentée chez Mlle Irène.
Lapointe semblait impressionné, lui aussi.
- Qu'est-ce que vous en pensez, patron ? dit-il d'une voix hésitante.
Il ajouta après un silence :
- Elle est jolie, n'est-ce pas ?
Ce n'était pas le mot qu'il cherchait, ni celui qui correspondait à la réalité. La jeune fille était certainement jolie, mais il y avait quelque chose de plus, qui était difficile à définir. Le photographe était même parvenu à rendre la vie à ses yeux qui paraissaient poser une question insoluble.
Sur deux des épreuves, elle ne portait que sa robe noire ; sur une autre, elle avait son manteau à carreaux bruns ; sur la dernière enfin, elle était en robe du soir. On l'imaginait dans les rues de Paris, où il y en avait tant comme elle à se faufiler dans la foule, s'arrêtant un instant devant les étalages puis reprenant leur marche qui les conduisait Dieu sait où.
Elle avait eu un père, une mère, plus tard, à l'école, des petites camarades. Ensuite, des gens l'avaient connue jeune fille, des femmes, des hommes. Elle leur avait parlé. Ils l'avaient appelée par son nom.
Or, à présent qu'elle était morte, personne ne paraissait se souvenir d'elle, personne ne s'inquiétait, c'était comme si elle n'avait jamais existé.
Georges Simenon, Maigret et la jeune morte, coll. Livre de poche, éd. LGF, 1954.
1. Classez les romans ci-contre en expliquant vos critères.
2. Avec lequel classeriez-vous le roman de Simenon ?
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Quelles sont les différentes énigmes présentes dans ce roman ?
— Elle est donc restée environ un quart d’heure ?
— Oui. J’ai interrogé le barman.
— Il était au Roméo ce matin ?
Et Lognon de répondre simplement :
— Non. Je suis allé le voir chez lui, à la porte des Ternes. Il dormait.
En mettant toutes ces allées et venues bout à bout, cela représentait un nombre impressionnant de kilomètres. Maigret, malgré lui, imaginait Lognon les parcourant à pied, dans la nuit, puis dans le petit jour, avec l’air d’une fourmi qui porte un fardeau trop lourd mais que rien ne détourne néanmoins de sa route.
Il n’y avait sans doute pas un autre inspecteur pour abattre une besogne comme celle-là, sans oublier un détail, sans rien laisser au hasard, et pourtant le pauvre Lognon qui, depuis vingt ans, n’avait d’autre ambition que d’accéder un jour au Quai des Orfèvres, n’y arriverait jamais.
Cela tenait en partie à son humeur. Cela tenait aussi à ce qu’il n’avait pas l’instruction de base indispensable et qu’il échouait à tous les examens.
— Que dit le barman ?
Un autre bout de papier encore, avec nom, adresse, quelques notes. Lognon n’avait pas besoin de les consulter, il savait tout par cœur.
— Il l’a remarquée qui se tenait d’abord près de la porte. Le maître d’hôtel s’est approché d’elle et lui a dit quelques mots à mi-voix. Elle a fait signe que non. Sans doute lui demandait-il à quelle table elle était attendue. Ensuite, elle s’est faufilée dans la foule. Beaucoup de gens se tenaient debout. On dansait non seulement sur la piste mais entre les tables.
— Elle a parlé à la mariée ?
— Il lui a fallu un certain temps, car celle-ci dansait aussi. La jeune fille est parvenue enfin à s’en approcher et elles ont eu un entretien assez long. [...]
— Elles ont eu l’air de se disputer ?
— Mme Santoni, paraît-il, se montrait réservée, sinon froide, et plusieurs fois elle a fait non de la tête. Ensuite, le barman a perdu de vue la jeune fille en bleu.
— Je suppose que vous n’avez pas questionné le maître d’hôtel ?
Cela devenait un jeu.
— Il habite rue Caulaincourt, tout en haut. Il dormait, lui aussi.
Car, là aussi, Lognon était allé !
— Il m’a confirmé les dires du barman. Il s’est approché de la jeune fille pour lui demander qui elle cherchait et elle lui a répondu qu’elle était une amie de la mariée et qu’elle n’avait que quelques mots à lui dire.
Cette fois, Lognon se levait, ce qui signifiait qu’il avait vidé son sac.
— Vous avez fait un travail extraordinaire, vieux.
— J’ai fait ce que j’avais à faire.
Georges Simenon, Maigret et la jeune morte, coll. Livre de poche, éd. LGF, 1954.
1. Qu'est-ce qui diffère entre la méthode de Maigret et celle de Lognon ?
2. En imaginant la vie de Louise Laboine, le commissaire Maigret s'apparente plus à un ... qu'à un policier.
3. On attribue souvent à Simenon la devise : "Comprendre et ne pas juger". Selon vous, le rôle d'un ... est-il de "comprendre et ne pas juger" ?
Cherchez trois arguments que vous expliquerez et illustrerez par au moins un exemple pour exposer votre point de vue.
Albert Santoni, la concierge du 113bis, la jeune concierge et le bébé, l'inspecteur Lognon, le commissaire Maigret, Mademoiselle Irène, Madame Crémieux, Mademoiselle Poré.
Place Vintimille, quai des Orfèvres, rue de Clichy, rue de Douai, rue de l'Étoile, rue de Ponthieu, rue du Chemin Vert.
Institut géographique national, Plan de Paris, Édition de 1956.
1. Placez, sur la carte, les personnages rencontrés dans cette enquête. Vous indiquerez, pour chaque personnage, quelques caractéristiques, et vous indiquerez le chapitre.
2. Quels personnages se déplacent ? Quels personnages restent au même endroit ? Pourquoi cette différence ?
3. Que nous disent les itinéraires de l'inspecteur Lognon et du commissaire Maigret ?
En vous appuyant sur ce qu'on apprend dans le livre, écrivez une dizaine d'entrées du journal intime de Louise Laboine.
Le bar, tout en longueur, était désert. A cause des culs de bouteilles et de l’étroitesse de la façade, la pièce était sombre, avec par-ci par-là des reflets sur les boiseries.
Un homme en bras de chemise, qui s’était levé à leur entrée, fit un mouvement pour poser quelque chose, sans doute un sandwich qu’il était en train de manger, assis derrière le bar, invisible, quand la porte s’était ouverte.
La bouche encore pleine, il les regardait s’avancer sans mot dire, sans qu’on pût lire aucune expression sur son visage. Il avait les cheveux très noirs, presque bleus, d’épais sourcils qui lui donnaient un air têtu, une fossette au milieu du menton, profonde comme une cicatrice.
Maigret parut à peine le regarder, mais il était évident qu’ils s’étaient reconnus tous les deux et que ce n’était pas la première fois qu’ils s’affrontaient. Il s’avança lentement vers un des hauts tabourets, s’y assit en déboutonnant son pardessus et en repoussant son chapeau en arrière. Janvier l’imita.
Après un silence, le barman questionna :
— Vous buvez quelque chose ?
Maigret regarda Janvier, hésitant.
— Et toi ?
— Je ferai comme vous.
— Deux pernods, si tu en as.
Albert les servit, posa une carafe d’eau glacée sur le comptoir d’acajou, attendit, et un instant on put croire qu’ils allaient jouer à qui garderait le plus longtemps le silence. [...]
Dès l’entrée, quand le barman s’était levé derrière son comptoir, il l’avait reconnu pour un certain Albert Falconi, un Corse, qu’il avait envoyé au moins deux fois en prison sous l’inculpation de jeux clandestins et, une fois, de trafic d’or avec la Belgique. Une autre fois, Falconi avait été soupçonné d’avoir descendu, à Montmartre, un type de la bande des Marseillais, mais on n’avait pu retenir de preuve contre lui et il avait été relâché.
Il devait avoir trente-cinq ans.
De part et d’autre, on évitait les mots inutiles. On était en quelque sorte entre professionnels et les phrases qu’on prononçait avaient leur plein poids de signification.
— Quand tu as lu le journal, mardi, tu as reconnu la petite ?
Albert ne nia pas, n’admit rien, continua à regarder le commissaire d’un œil impassible.
Georges Simenon, Maigret et la jeune morte, coll. Livre de poche, éd. LGF, 1954.