INSPE ANGERS - MEEF LETTRES

Didactique de l'écriture

Les corrections

L'agenda du M1

- Pensez à l'évaluation de didactique du S2 (27 avril dernier délai).

Un geste professionnel

Erre, F. (2017). Bac: réunion d’entente pour correction. Disponible à : https://www.lemonde.fr/blog/uneanneeaulycee/2017/06/26/bac-reunion-dentente-pour-correction/

Les corrections de copies

Vous corrigerez et mettrez une note justifiée à chacune de ces copies (6e, 2016) issues du projet ECRISCOL.

Les annotations des enseignants

Un constat déjà ancien...

Les annotations portent significativement plus sur "la forme" que sur "le fond". Plus de 60 % des items en effet portent sur la narration — la langue, te code, le style, la syntaxe... Moins de 40 % des items ont trait à la fiction — l'histoire, la logique des actions, le contenu... Le privilège important accordé à la manière d'écrire au détriment de ce qui est écrit, l'attention focalisée sur le comment plutôt que sur le quoi, témoignent tout d'abord d'une bonne intégration des données de l'institution. Pour celle-ci en effet, la rédaction, ex composition française, est le couronnement des activités de français. Toutes les matières, grammaire, orthographe, vocabulaire, lecture même (et surtout), trouvent en la rédaction leur aboutissement "naturel" : la rédaction est l'exercice où tous les apprentissages s'investissent. C'est là, sans doute, l'explication principale: annotant plutôt la manière, les correcteurs retrouvent spontanément ce qu'ils ont pour métier d'enseigner. De façon spéculaire, la rédaction justifie que l'on fasse de la grammaire, de l'orthographe, du vocabulaire.

Halté, J. (1984). L’annotation des copies, variété ou base du dialogue pédagogique. Pratiques, 44(1), 61‑69. https://doi.org/10.3406/prati.1984.2463

...mais toujours d'actualité

Halté (1989) avait constaté dans les annotations des enseignants "l’attention portée sur les écarts à la norme (6 sur 10) au détriment de l’invention, la prédominance des commentaires négatifs (9 sur 10), la rareté des phrases complètes (1 sur 10) au profit des expressions, abréviations et signes divers", comme "autant de signes d’une posture de lecture dans laquelle le texte d’élève est confronté à un texte mental qui serait conforme à une norme partagée et aisée à réactiver" (Elalouf, 2016 : 2). Elalouf (2016) obtient des résultats très semblables, y compris chez les enseignants débutants, qui "semblent reproduire les pratiques qu’ils ont connues comme élèves puis comme étudiants de Lettres" (Elalouf, 2016 : 5) : "la structure du texte est appréhendée au fil de la lecture" par des indications locales portant massivement sur la narration et très rarement sur la fiction, de sorte que la dynamique de l’écriture n’est pas prise en compte.

Garcia-Debanc, C. (2018). Comment évaluer les écrits et les écrits de travail ? in Cnesco. Écrire et rédiger : comment guider les élèves dans leurs apprentissages. Notes des experts. https://www.cnesco.fr/fr/ecrire-et-rediger/

Formes et fonctions des annotations

Quelles réflexions vous inspirent les annotations portées sur ces copies (2014, 3e), également issues du projet Ecriscol ?

"Corriger, verbe transitif"

I.

1. Ramener à la règle (ce qui s'en écarte ou la personne qui s'en écarte). ➙ amender, reprendre. Corriger qqn d'un défaut. pronominal Se corriger de son mauvais caractère.

2. Supprimer (les fautes, les erreurs). ➙ remanier, reprendre, revoir. Corriger des épreuves d'imprimerie. ➙ correction ; correcteur.

3. Relever les fautes de (qqch.) en vue de donner une appréciation, une note. Corriger des devoirs.

4. Rendre exact ou plus exact. ➙ rectifier. Corriger une observation.

5. Rendre normal ce qui ne l'est pas. Corriger une mauvaise posture.

6. Ramener à la mesure (qqch. d'excessif) par une action contraire. ➙ adoucir, atténuer, compenser ; correctif. Corriger l'effet d'une parole trop dure.

II. Infliger un châtiment corporel, donner des coups à. ➙ battre.

(2026, 16 mars). "Corriger". Le Robert, dico en ligne. Disponible à : https://dictionnaire.lerobert.com/definition/corriger.

"L'insécurité scripturale"

L'enseignement du français [...] apparaît comme particulièrement castrateur et réducteur en la matière. Le bilan est assez alarmant : réduction des écrits en vigueur à la glose métatextuelle [...] ; non-prise en compte des élèves comme des sujets scripteurs autorisés et dont on ignore les pratiques scripturales extra-scolaires (du journal intime aux nouvelles technologies) ; méconnaissance de la variété des usages scripturaux et imposition subséquente de surnormes linguistiques [...] ... Il s'ensuit, comme le montrent les enquêtes, que la discipline dont on vante les finalités émancipatrices génère en fait de l'insécurité scripturale.

Petitjean, A. (2005). Écriture d'invention au lycée et acquisition de savoir et de savoir faire. Pratiques, 127(1), 75‑96.

L'impuissance apprise

Des annotations pour quoi ?

Corriger, c’est rendre « correct ». Corriger un texte, c’est donc modifier ce texte pour qu’il soit correct. S’en suivent des interrogations que pose naturellement une pareille affirmation : rendre correct, certes, mais par rapport à quoi ? En ce qui concerne une production écrite d’élève, plusieurs réponses peuvent être avancées. L’enseignant qui corrige signale un écart à une norme, quel que soit le signe qu’il utilise pour le faire. Cette norme peut être reliée, en premier lieu, aux règles du système linguistique du français écrit (orthographe et syntaxe), mais d’autres normes s’ajoutent : sémantiques, discursives, cohésion-cohérence, scolaire, etc. Cela est dû à la complexité du matériau sur lequel l’enseignant intervient, à savoir un texte d’élève. Ces éléments nous conduisent à interroger la finalité de la correction : s’agit-il, pour les enseignants, de réaliser un toilettage orthographique du texte ? Ou bien de pointer les erreurs en invitant les élèves à les corriger ultérieurement ? Ou encore de commenter différents aspects du texte et d’inviter les élèves à les modifier ?

Moysan, A. (2025). La correction des copies d’élèves, un geste didactique utopique ? Le français aujourd'hui, 229(2), 67-78. https://doi.org/10.3917/lfa.229.0067.

L'impact des annotations sur ...

43,5 % des interventions n’entrainent pas de réaction, ce qui est un nombre conséquent. En regardant la forme des interventions, on constate un nette différence entre les opérations qui modifient directement les erreurs du texte (et qui entrainent des réactions réussies par les élèves, comme cela vient d’être montré) et celles qui commentent le texte. Par exemple, le soulignement simple signale à l’élève qu’une erreur se trouve à l’endroit de l’intervention, invitant celui-ci à la corriger par lui-même. Les interventions de ce type entrainent un nombre élevé de non-réactions : 38 % du total d’occurrences. De même, les signes (double barre oblique pour signaler un retour à la ligne) et les commentaires imprécis comme « mal dit » ou « maladroit » entrainent eux aussi un nombre important de non-réactions (67 % de tous les signes et 48 % des commentaires de ce type). Il faut donc retenir que les corrections directes renvoient au geste de mise aux normes orthographiques des textes que l’enseignant effectue. Dans ce cas de figure, l’élève recopie la forme standard apportée par l’enseignant.

Moysan, A. (2025). La correction des copies d’élèves, un geste didactique utopique ? Le français aujourd'hui, 229(2), 67-78. https://doi.org/10.3917/lfa.229.0067.

L'évaluation critériée

Dans la classe de français, la fonction à la fois formative et rédactionnelle des annotations peut s'exercer en suivant quelques principes simples.

1. Recourir à des critères explicités et compris de part et d'autre. Pour réviser efficacement un texte, il faut en effet être en mesure de l'examiner sous différents angles et de vérifier chacune de ses composantes. Schématiquement, on peut répartir les aspects à considérer en quatre grandes catégories : le cadre d'énonciation ; la cohérence du texte ; la correction linguistique ; la présentation matérielle.

2. Hiérarchiser ses interventions de manière à se concentrer sur l'essentiel.

3. Soutenir la révision plutôt que de corriger à la place de l'élève.

4. Signaler les erreurs, mais aussi les bons points.

Simard, C. (1999). L’annotation des textes d’élèves. Québec Français, n° 115. https://id.erudit.org/iderudit/56149ac

Les corrections de copies

Reprenons les copies du début. Corrigez les deux premières, à nouveau, maintenant ?

Prochain rendez-vous

Vendredi 20 mars, 13h30-16h30