Parmi les énoncés suivants, lesquels sont des phrases ? Pourquoi ?
La tradition pédagogique a coutume de caractériser la phrase par une série de critères hétérogènes qu'il est bien difficile d'appliquer de manière rigoureuse sans devoir remettre en cause tout ou partie de leur bien-fondé. Ils sont essentiellement de trois ordres : orthographique, phonétique, sémantique. (a) Sur le plan graphique, la phrase est délimitée, à son début, par une majuscule à l'initiale du premier mot et, à sa fin, par un point. (b) Sur le plan phonétique, elle est marquée par une intonation caractéristique (en général, montante puis descendante) et limitée par deux pauses importantes de la voix. Sur le plan sémantique, elle se présente comme une "unité de pensée" ou encore comme un assemblage de mots ayant un "sens complet".
En fait, si (a) permet d'isoler correctement certains segments de la chaine écrite (par exemple les "phrases" d'un texte), son application conjointe avec (b) et/ou avec (c) devient rapidement problématique. [...]. Ensuite, la prise en charge du critère (c) est, pour le moins, problématique : que faut-il entendre par "unité de pensée" ou "sens complet" ? Soient les deux phrases consécutives: Paul sortit. Il pleuvait. Comment expliquer que ces deux unités de pensée puissent n'en faire qu'une dans il pleuvait lorsque Paul sortit, ou encore dans Paul sortit sous la pluie. ?
Arrivé, M., Gadet, F., & Galmiche, M. (1986). La grammaire d'aujourd'hui : guide alphabétique de linguistique française.
Au cœur de la syntaxe se situe la notion de phrase. Or, dans les descriptions grammaticales actuelles, il existe plusieurs "phrases" (Boivin et Pinsonneault, 2008 ; Riegel et al., 2004) : la phrase syntaxique, qui est constituée d'un sujet, d'un prédicat et, facultativement, d'un ou de plusieurs compléments de phrase ; la phrase de base, phrase syntaxique modèle dont les constituants sont placés dans l'ordre canonique (sujet, verbe, complément(s) du verbe, attribut, complément(s) de phrase) ; la phrase syntaxique subordonnée, une phrase syntaxique qui dépend d'une autre et y joue presque toujours une fonction grammaticale ; la phrase syntaxique autonome, phrase syntaxique qui ne dépend d'aucune autre et n'a pas de fonction grammaticale ; la phrase graphique, qui est comprise entre une majuscule et un signe de ponctuation forte.
Lefrançois, P. (2021). Enseigner et apprendre la notion de phrase pour améliorer la compétence à écrire des élèves du primaire à l'aide de la littérature de jeunesse. Rapport de recherche. Disponible à : https://frq.gouv.qc.ca/app/uploads/2021/06/pt_lefrancoisp_rapport-2014_enseigner-notion-phrase.pdf
La phrase est l'unité fondamentale de la langue dans laquelle s'organisent les relations entre les mots. On peut la définir de trois points de vue.
Du point de vue syntaxique : la phrase est une structure complète et autonome. Elle n'est ni un "tas de mots", ni une simple suite linéaire de mots, mais un ensemble hiérarchisé de constituants de natures diverses. On analyse généralement la phrase en deux groupes: le Groupe Nominal (GN) et le Groupe Verbal (GV).
[L'année] [poursuivait son cours]. (M. Yourcenar, Quoi ? L'Éternité)
Du point de vue sémantique : la phrase canonique (phrase modèle) est constituée d'un thème et d'un prédicat Le prédicat apporte une information, "dit quelque chose" du thème.
[L'écrivain] [regarde son jardin clos]. (M. Cordier, Dans le secret des Dix)
Le thème correspond souvent au sujet de la phrase, mais ce n'est pas toujours le cas.
Du point de vue pragmatique : toute phrase sert à accomplir un acte de langage, qui correspond aux trois comportements communicatifs fondamentaux.
- La phrase déclarative sert à accomplir un acte de déclaration (ou fondamentaux. d'assertion).
La guerre fait partie de l'histoire de cet univers. (G. Klein)
- La phrase interrogative sert à accomplir un acte d'interrogation, de questionnement.
[...] quand donc disparaîtra ce nuage, que le soleil puisse nous chauffer nous aussi ? (B.-M. Koltès, Le Récit d'Alboury)
- La phrase injonctive sert à demander la réalisation ou la non-réalisation d'un acte (ordre, demande, conseil, prière).
Sois sage, Ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille. (Baudelaire)
Pellat, Jean-Christophe, et al. Le Grevisse de l'enseignant : grammaire de référence notions pour l'analyse grammaticale, du son au texte. Nouvelle éd, Magnard, 2022. Grevisse.
Soit les exercices suivants.
1. Construisez quatre phrases à partir des éléments suivants (vous n'ếtes pas obligé de tout utiliser).
2. Combien de phrase(s) comporte cet énoncé ? Justifiez votre réponse.
Que désigne, pour vous, le mot 'proposition' ?
Dans l'analyse grammaticale de la phrase en propositions, on distingue la phrase simple, à une proposition, et la phrase complexe, qui comporte au moins deux propositions. [...]
Le terme de proposition remonte aux grammaires logiques (XVIe et XVIIe siècles). La proposition La terre est ronde exprime un jugement: le prédicat est ronde dit quelque chose du sujet la terre. Progressivement, la notion de proposition a perdu sa valeur logique et s'est confondue avec celle de phrase (dont le sens moderne date de la fin du XVIIIe siècle) pour désigner l'unité syntaxique combinant un sujet grammatical et un groupe verbal. Le terme proposition est employé depuis la fin du xixe siècle pour désigner les sous-parties d'une phrase complexe.
Pellat, Jean-Christophe, et al. Le Grevisse de l'enseignant : grammaire de référence notions pour l'analyse grammaticale, du son au texte. Nouvelle éd, Magnard, 2022. Grevisse.
Proposition fait double emploi avec phrase. On n'a pas plus besoin de ce terme emprunté à la logique et popularisé par l'analyse logique i.e. l'analyse des phrases, au sens étroit d'analyse = 'découpage', que la loi Guizot de 1833 avait imposée aux instituteurs français en complément de l'analyse grammaticale i.e. au sens large d'analyse = 'examen', l'étude des mots : natures et fonctions-que de son cortège d'épithètes : proposition "indépendante" ou "absolue" (= la phrase simple); propositions "principale" et " subordonnée" (= une phrase intégrante et une phrase intégrée formant ensemble une phrase complexe). [...]
La phrase intégrante peut être dite phrase matrice et la phrase intégrée sous-phrase (elle-même susceptible d'intégrer à la façon des poupées russes de nouvelles sous-phrases).
Wilmet, M. (2007). Grammaire rénovée du français. De Boeck.
Proposées depuis les années 1960 aux États-Unis, les activités de combinaison de phrases « [permettent] la pratique dirigée et réfléchie de manipulation et de réécriture de phrases simples en phrases syntaxiquement plus matures et variées » (Saddler, 2005). Ainsi, l’enseignant propose à l’élève ou à l’étudiant de construire une ou plusieurs phrases syntaxiquement riches à partir d’un ensemble de phrases simples et courtes. Contrairement aux exercices grammaticaux traditionnels, la combinaison de phrases met l’accent non pas sur le respect de règles ni sur les erreurs, mais plutôt sur la liberté de construire des phrases riches et variées en combinant des phrases simples. [...]
Les résultats de plusieurs recherches américaines depuis les années 1970 montrent que la pratique régulière d’activités de combinaison de phrases a un effet positif sur le développement de pratiques d’écriture efficaces, et ce, à tout âge. [...] Précisons que les chercheurs des études les plus récentes sur cette pratique insistent sur l’importance de la discussion grammaticale autour du choix de procédés de combinaison plutôt que sur la recherche d’une bonne réponse (Graham et Perin, 2007; Saddler, 2005), et sur le réinvestissement explicite des habiletés développées au moment de la révision de texte (Andrews et autres, 2006).
Giguère, M.-H., Nadeau, M., Quevillon Lacasse, C. (2018). La combinaison de phrases : un dispositif stimulant et efficace pour développer la créativité syntaxique. Disponible à : https://correspo.ccdmd.qc.ca/document/la-combinaison-de-phrases-un-dispositif-stimulant-et-efficace-pour-developper-la-creativite-syntaxique/
On distingue plusieurs types de phrases complexes selon leur mode de composition, c'est-à-dire selon les relations entre les propositions qui les constituent.
1. La juxtaposition. La phrase complexe est formée de deux ou plusieurs propositions qui sont autonomes, et n'ont aucun rapport de dépendance entre elles. Elles sont généralement séparées à l'oral par une pause et à l'écrit par un signe de ponctuation, mais leur rapport sémantique n'est pas explicitement marqué par un mot de relation.
[Le vent souffle fort], [les chars à voile roulent à toute vitesse sur la plage].
2. La coordination. La phrase complexe est formée de deux ou plusieurs propositions autonomes dont la dernière au moins est reliée aux autres par un mot de liaison: une conjonction de coordination ou un adverbe de liaison.
[Les chars à voile roulent à toute vitesse sur la plage] car [le vent souffle fort].
3. La subordination. La phrase complexe est formée de deux propositions qui sont en relation de dépendance: une proposition dite subordonnée dépend d'une proposition dite principale (la subordonnée dépend d'un constituant de la proposition principale ou de la principale entière).
[Comme le vent souffle fort], [les chars à voile roulent à toute vitesse sur la plage].
proposition subordonnée proposition principale
Les propositions subordonnées sont généralement introduites par des conjonctions de subordination (que, quand, pour que, comme, etc.), des pronoms relatifs ou des mots interrogatifs. Mais il existe des subordonnées sans terme introducteur.
[Les cuisines mêlant leurs odeurs], on mangeait à la fois son propre repas et celui du voisin. (Troyat)
proposition subordonnée participiale
Pellat, Jean-Christophe, et al. Le Grevisse de l'enseignant : grammaire de référence notions pour l'analyse grammaticale, du son au texte. Nouvelle éd, Magnard, 2022. Grevisse.