INSPE ANGERS - DIU/FSTG LETTRES

Demi-journées mutualisées 3/4

Didactique de l'écriture

9h30-10h55 : La correction des copies

11h05-12h30 : Une brève histoire de l'enseignement de l'écriture

13h30-14h55 : Les brouillons

15h05-16h30 : Les réécritures

Café didactique

Prenons un instant pour discuter... Au cours des semaines précédentes, qu'avez-vous expérimenté ? Discutez avec vos collègues, et remplissez la grille proposée.

Une question professionnelle

Autre habitus, le "discours de la méthode" : si le professeur de littérature se montre rarement professeur d'écriture c'est que celle-ci est souvent reléguée en fin de séquence ou en devoir-maison. Pourquoi écrivent-ils si peu ? Même lorsqu'elle fait partie des tâches prévues, le professeur conduit essentiellement l'apprentissage des préalables à l'écriture (règles et méthode). Outre l'abondance de fiches méthodologiques nourrissant les classeurs, traces du travail considérable de l'enseignant, l'initiation à l'écriture suit un parcours méthodique guidé : après l'analyse du sujet le professeur propose un plan formellement logique, ou un schéma de discours, puis le fait compléter par les exemples, avant de faire rédiger, ce qui reporte l'écriture au mieux en fin de séance, sinon à la maison.

Jurado, M. (2010). Un autre regard sur la classe de français. Le français aujourd'hui, 171, 61-74. https://doi.org/10.3917/lfa.171.0061

Commission d'harmonisation

Corrigez et notez, comme vous avez l'habitude de la faire, les textes proposés (6e, 2016), issus du projet ECRISCOL.

Un constat déjà ancien...

Les annotations portent significativement plus sur "la forme" que sur "le fond". Plus de 60 % des items en effet portent sur la narration — la langue, te code, le style, la syntaxe... Moins de 40 % des items ont trait à la fiction — l'histoire, la logique des actions, le contenu... Le privilège important accordé à la manière d'écrire au détriment de ce qui est écrit, l'attention focalisée sur le comment plutôt que sur le quoi, témoignent tout d'abord d'une bonne intégration des données de l'institution. Pour celle-ci en effet, la rédaction, ex composition française, est le couronnement des activités de français. Toutes les matières, grammaire, orthographe, vocabulaire, lecture même (et surtout), trouvent en la rédaction leur aboutissement "naturel" : la rédaction est l'exercice où tous les apprentissages s'investissent. C'est là, sans doute, l'explication principale: annotant plutôt la manière, les correcteurs retrouvent spontanément ce qu'ils ont pour métier d'enseigner. De façon spéculaire, la rédaction justifie que l'on fasse de la grammaire, de l'orthographe, du vocabulaire.

Halté, J. (1984). L'annotation des copies, variété ou base du dialogue pédagogique. Pratiques, 44(1), 61‑69. https://doi.org/10.3406/prati.1984.2463

...mais toujours d'actualité

Halté (1989) avait constaté dans les annotations des enseignants "l'attention portée sur les écarts à la norme (6 sur 10) au détriment de l'invention, la prédominance des commentaires négatifs (9 sur 10), la rareté des phrases complètes (1 sur 10) au profit des expressions, abréviations et signes divers", comme "autant de signes d'une posture de lecture dans laquelle le texte d'élève est confronté à un texte mental qui serait conforme à une norme partagée et aisée à réactiver" (Elalouf, 2016 : 2). Elalouf (2016) obtient des résultats très semblables, y compris chez les enseignants débutants, qui "semblent reproduire les pratiques qu'ils ont connues comme élèves puis comme étudiants de Lettres" (Elalouf, 2016 : 5) : "la structure du texte est appréhendée au fil de la lecture" par des indications locales portant massivement sur la narration et très rarement sur la fiction, de sorte que la dynamique de l'écriture n'est pas prise en compte.

Garcia-Debanc, C. (2018). Comment évaluer les écrits et les écrits de travail ? in Cnesco. Écrire et rédiger : comment guider les élèves dans leurs apprentissages. Notes des experts. https://www.cnesco.fr/fr/ecrire-et-rediger/

Un témoignage d'élève

Marie-Lou, vous êtes, je le rappelle, en terminale. Que pensez-vous de l'IA ?

C'est une très bonne chose et je l'utilise au quotidien avec Siri ou ChatGPT, je ne sais pas si je dois dire cela ici mais pour moi c'est plus simple d'apprendre avec l'IA qu'avec des professeurs, il n'y a pas de jugement ni de remarque désagréable mais une réponse factuelle et adaptée. [...] De nombreux programmes sont disponibles en mathématiques, en anglais et en SVT, ces programmes s'adaptent à mon niveau et me permettent de progresser à mon rythme ; je comprends qu'il est impossible de le faire pour un professeur dans une classe avec 35 élèves, mais j'apprécie aussi le fait d'avoir des réponses factuelles sans jugement, sans parfois ces petites remarques que nous interprétons mal.

Biset, É., Boudeau, D., Sfihi, M. et Sultan, I. (2024) . De l'usage de l'intelligence artificielle chez les jeunes aujourd'hui, et des conséquences de cet usage sur l'évolution des métiers de l'éducation. Administration & Éducation, N° 183(3), 13-18. https://doi.org/10.3917/admed.183.0013.

Le rapport à l'écriture

L'écriture scolaire leur apparaît en partie étrangère à leur univers. Comme s'ils n'étaient pas tout à fait eux-mêmes, comme s'ils écrivaient sous la plume d'un autre qu'eux-mêmes, lorsqu'ils écrivent selon les règles et les usages scolaires. Écrire sous la plume d'un autre : l'enjeu est de taille. En effet, peut-on progresser en écriture, peut-on s'approprier celle-ci à des fins non seulement de transcription mais aussi d'élaboration des savoirs tant que l'on n'est pas tout à fait soi-même lorsqu'on écrit, tant que ce sentiment d'extériorité ne permet pas de s'impliquer réellement dans les écrits scolaires ?

Barré-De-Miniac C. (2012). Le rapport à l'écriture. In Les concepts et les méthodes en didactique du français. Presses Universitaires de Namur.

L'impuissance apprise

(Ré)apprendre à lire

Si l'élève ne rencontre pas de lecteur, il ne peut être auteur. Or quelles sont les principales caractéristiques de cette lecture ? Elle est d'abord l'expression d'une subjectivité et n'est pas compatible avec des grilles d'évaluation couramment utilisées dans les classes. Elle est globale et non pointilliste ou pointilleuse, elle cherche à rendre compte d'une impression produite par le texte lu ; elle propose à l'auteur d'explorer une ou plusieurs voies que le texte aurait en germe et que l'enseignant, lecteur et scripteur professionnel, perçoit alors que l'auteur ne les voit pas.

Besnard, M. & Elalouf, M. (2018). (Ré)apprendre à lire des textes de jeunes scripteurs ?. Le français aujourd'hui, 203, 73-86.

Quel enseignement de l'écriture ?

Je vous propose de répondre à un bref sondage sur vos pratiques : https://digistorm.app/p/1110039

Les modèles d'enseignement de l'écriture

Nos manières d'organiser les activités d'écriture en classe, de proposer des tâches d'entrainement et d'évaluation, de lire et d'évaluer les copies, d'organiser corrections et remédiations, révèlent un ensemble de choix théoriques, de démarches et de valeurs, le plus souvent tacites, qu'on peut appeler un modèle didactique. Celui-ci est construit par le jeu de plusieurs acteurs : l'institution d'abord, par ses instructions et textes officiels ; la recherche pédagogique, elle même contrastée, fournissant des modèles et des critiques ; les enseignants enfin, par leurs pratiques réelles dans les classes.

Bucheton, D., Chabanne, J.-C. (2002). Écrire en Zep : Un autre regard sur les écrits des élèves. Delagrave, CRDP.

Un peu d'archéologie

Soit les extraits de manuels suivants :

a. Thoraval, J. (dir.) (1978) Les Jokers Bordas. Expression et rédaction. 6e 5e.. pp. 78-80.

b. Cadet, C. (dir.) (1997). Français 5e Textes et Méthodes. Nathan. pp. 4, 6, 122-123.

c. Bertagna, C. (dir.) (2022). Fleurs d'encre 5e. Hachette. pp. 206, 226, 227.

Faites toutes les remarques qui vous paraissent utiles sur l'enseignement de l'écriture tel qu'il est présent dans ces extraits de manuels.

La rédaction

Parmi les nombreuses critiques portées à rencontre de la rédaction, nous en rappellerons sept qui nous semblent particulièrement importantes : la situation de communication est artificielle (absence de socialisation ; [...] calculs de communication complexes...) ; le statut du texte reste très ambigu voire contradictoire (trop réduit ; purement scolaire mais devant se garder d'un excès de "scolarisme" ; sans travail sur sa fonctionnalité...) ; [...] le réfèrent quasi-exclusif de la rédaction est le récit littéraire (voir la place des textes à imiter ou dont il faut "s'inspirer") : l'accent est mis conséquemment sur la "légitimité" (non expliquée) du dit et du dire ; les stratégies d'apprentissage se réduisent bien souvent à l'imitation et à la répétition (une rédaction tous les quinze jours) ; de même les stratégies d'amélioration se limitent fréquemment à des renvois psychologisants ("Faites attention...", "Réfléchissez...") ou au retour du même (on va retravailler tel sous-système puisqu'il ne semble pas avoir été intégré).

Reuter, Y. (1989). L'enseignement de l'écriture. Histoire et problématique. Pratiques, 61(1), 68‑90. https://doi.org/10.3406/prati.1989.1503

Les types de texte

Très techniciste, très outillé, ce modèle travaillait en cohérence lecture, écriture et travail sur la langue. Les pratiques qui s'en sont inspirées ont beaucoup fait progresser les enseignants dans leur compréhension de ce qu'était la variété des types de textes, en leur permettant de mieux repérer certaines lacunes et difficultés des élèves ou des textes. [...] L'élève écrit, révise son propre texte à l'aide de la grille de critères ; l'enseignant à son tour évalue toutes les copies et peut ainsi proposer aux élèves des enseignements ponctuels et ciblés de langue, avant de demander une réécriture du texte pour "l'améliorer". Celle-ci pourra être recorrigée et notée (principe de la deuxième chance). Ceci évidemment demande à l'enseignant beaucoup de temps et de travail d'évaluation.

Bucheton D. (2014). Refonder l'enseignement de l'écriture. Retz.

Le sujet écrivant

Raconter une histoire (qu'elle soit conte ou nouvelle, ou épopée…) ce n'est pas seulement obéir aux formes canoniques des genres (dont d'ailleurs on ne saisit au mieux que les stéréotypes), c'est donner du sens au monde, en organiser les significations par le biais de la métaphore narrative. Mettre en ordre un monde intérieur, ou bien justement se l'approprier, tisser des liens entre ce que je suis et ce que je sais, élaborer l'émotion, mettre au jour ce qui me tient à cœur. Ainsi, on passe parfois des heures et des heures depuis les petites classes à mettre en tableau et en fiches situation initiale, objet magique, adjuvants, opposants et autres complications, et on garde peu de temps pour mettre au travail par l'écriture ce qui est au centre même des récits et qui en constitue le fondement anthropologique : les grandes angoisses, les désirs, révoltes, quêtes ambigües, contradictoires, toujours entravées, du bonheur et du pouvoir, de la fraternité et de l'obéissance filiale, de l'aventure et du besoin de sécurité, thèmes où toujours s'enchevêtrent ceux, puissants, de la vie et de la mort.

Bucheton, D., Chabanne, J.-C. (2002). Écrire en Zep : Un autre regard sur les écrits des élèves. Delagrave, CRDP.

Et demain ?

Selon vous, quelles évolutions vont apparaître dans les conceptions et les pratiques de l'écriture ?

Quelle place pour l'IA ?

(s.d.) Intelligence artificielle : une (r)évolution ? - Bénédicte (Suisse / Switzerland). Trouvé sur : https://www.cartooningforpeace.org

"Prendre du temps..."

Génération de lignes de code, de textes, de synthèses, d'images, de vidéos, production de contenus divers, traductions, manipulation de bases de données, etc., les IA génératives nous fascinent tous pour une raison principale : leur extrême rapidité. De fait, notre rapport aux IA génératives est en partie conditionné par notre rapport au temps. Le déploiement des IA génératives et leur adoption pour une diversité de pratiques se font dans une époque dont les structures sont placées sous le signe de l'accélération. Ce trait fondamental de notre temps a notamment été analysé par le sociologue et philosophe allemand Hartmut Rosa. Dans Accélération. Une critique sociale du temps, il expose le "gigantesque paradoxe du monde moderne" : "nous n'avons pas le temps, alors même que nous en gagnons toujours plus". Autrement dit, le temps que l'on gagne techniquement ne se traduit jamais en temps gagné personnellement. [...] Ce constat pose une question fondamentale aux systèmes éducatifs : qu'est-ce qui doit prendre du temps ? Dans l'apprentissage, parmi les compétences et les connaissances que les élèves doivent maîtriser et parmi les tâches complexes qu'ils doivent savoir réaliser, à quoi considérons-nous comme fondamental que du temps soit consacré ?

Cagé, A. (2024) . Allier exigence et audace pour faire des intelligences artificielles génératives des outils au service des enseignants et des apprentissages des élèves. Administration & Éducation, N° 183(3), 55-62. https://doi.org/10.3917/admed.183.0055

Pause

À suivre...